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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103454

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103454

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103454
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2021 et le 2 juin 2023, l'association Maison de retraite protestante, représentée par Me Tardivel, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 553 352,40 euros, subsidiairement une somme de 244 942,20 euros, en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en faisant preuve d'un manque de diligence dans l'instruction de ses demandes de subvention, en excluant certains travaux et en ne respectant pas ses promesses de subvention, l'Etat a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité ;

- ses préjudices s'établissent à 553 352,40 euros, ou, subsidiairement, 244 942,20 euros, soit respectivement 40 % et 20 % du surcoût de l'opération déduction faite de la subvention allouée.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, le préfet de la région Occitanie conclut au rejet de la requête de l'association Maison de retraite protestante.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations

- le décret n° 2016-1971 du 28 décembre 2016 précisant les caractéristiques du formulaire unique de demande de subvention des associations ;

- de décret n° 2018-514 du 25 juin 2018 relatif aux subventions de l'Etat pour des projets d'investissement ;

- l'arrêté du 21 août 2018 pris en application de l'article 3 du décret n° 2018-514 du 25 juin 2018 relatif aux subventions de l'Etat pour des projets d'investissement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rouault, pour l'association Maison de retraite protestante.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Maison de retraite protestante exploite plusieurs établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. Elle a acquis en 2013, rue de la Faïence sur le territoire de la commune de Nîmes, l'ancien couvent des Sœurs de Besançon avec le projet d'y construire un pôle gérontologique sous l'appellation " Clair Soleil ". Par un arrêté du 13 mai 2015, le préfet de région a inscrit au titre des monuments historiques plusieurs éléments de cet ensemble immobilier incluant la chapelle, la demeure avec le pavillon aux coquillages et le jardin, et des façades, des toitures ainsi qu'une travée du cloître. Par une décision du 30 novembre 2020, le préfet de la région Occitanie a accordé à l'association une subvention d'un montant de 63 468 euros. Estimant que l'Etat a commis des fautes dans l'instruction de ses demandes et dans l'attribution de cette subvention, l'association Maison de retraite protestante demande au tribunal d'en réparer les conséquences dommageables.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Selon l'association requérante, l'Etat a commis trois fautes, d'abord en faisant preuve d'un manque de diligence dans l'examen de ses demandes de subvention, ensuite en excluant certains travaux de l'assiette subventionnable, enfin en ne respectant pas sa promesse quant au subventionnement.

En ce qui concerne le manque de diligence dans l'instruction de la demande :

3. D'une part, aux termes du troisième alinéa de l'article 10 de la loi n° n° 2000-321 du 12 avril 2000 : " Les demandes de subvention présentées par les associations auprès d'une autorité administrative () sont établies selon un formulaire unique dont les caractéristiques sont précisées par décret. ". Selon le décret n° 2016-1971 du 28 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le formulaire unique de demande de subvention présenté par une association, mentionné à l'article 10 de la loi du 12 avril 2000 susvisée, comporte six premières rubriques contenant les informations suivantes : 1° Au titre de l'identité de l'association, sa dénomination sociale, ses numéros d'identification au répertoire national des associations et au répertoire national tenu par l'institut national de la statistique et des études économiques en application de l'article R. 123-220 du code de commerce, l'adresse de son siège, l'identification de son représentant légal ainsi que de la personne chargée de la demande et, pour l'association inscrite au registre prévu par l'article 55 du code civil local, tout autre numéro d'inscription utile ;2° Au titre de ses relations avec l'administration au sens de l'article 9-1 de la loi du 12 avril 2000 susvisée, ses agréments, habilitations et reconnaissances, délivrés par une autorité publique, sa qualité d'assujettie aux impôts commerciaux le cas échéant, ainsi que le montant cumulé d'aides publiques sur les trois derniers exercices, dont l'exercice en cours, le cas échéant, par régime juridique européen applicable ;3° Au titre de ses relations avec d'autres associations, son affiliation à un réseau, une union ou une fédération ainsi que le nombre de personnes morales de droit privé adhérentes ;4° Au titre de personnes physiques qui concourent à son action ou en bénéficient, le nombre de bénévoles, de volontaires, de salariés, d'adhérents et, le cas échéant, de licenciés ;5° Au titre de ses prévisions budgétaires, son budget prévisionnel, le cas échéant conforme au plan comptable des associations prévu par l'arrêté du 8 avril 1999 portant homologation du règlement n° 99-01 du 16 février 1999 du comité de la réglementation comptable relatif aux modalités d'établissement des comptes annuels des associations et fondations ; 6° Au titre de chacun de ses projets, l'intitulé, l'objectif, la description, les bénéficiaires, le territoire de réalisation, les moyens matériels et humains et le budget prévisionnel correspondant, la date ou la période de mise en œuvre et les moyens de son évaluation, à l'exception d'une demande de contribution au financement global de l'activité. ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " Est joint au formulaire le relevé d'identité bancaire de l'association sur lequel figure le numéro de compte bancaire international ainsi que l'identifiant international de la banque. En l'absence de disposition légale ou réglementaire obligeant une association à assurer la publicité de ses comptes annuels, elle fournit à l'administration ses états financiers approuvés du dernier exercice clos à défaut des comptes annuels qu'elle est tenue d'établir en vertu d'une obligation légale ou réglementaire. L'association qui n'est pas inscrite au répertoire national des associations fournit à l'administration ses derniers statuts et la liste des personnes chargées de l'administration ou de la direction déclarés. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 3 du décret n° 2018-514 du 25 juin 2018 relatif aux subventions de l'Etat pour des projets d'investissement : " I. Sauf dispositions particulières prévues dans la réglementation européenne relative aux fonds structurels et d'investissement, la demande de subvention comprend les informations relatives au demandeur et à la subvention demandée, précisées par arrêté du ministre chargé du budget. () ". Selon l'arrêté du 21 août 2018, pris en application de ces dernières dispositions : " La demande de subvention () comporte deux rubriques contenant les informations suivantes : 1° Au titre de l'identité du demandeur :- son nom et prénom ou sa dénomination sociale ;- son numéro SIRET (système d'identification du répertoire des établissements) ou équivalent ;- son adresse ;- la taille de l'organisme le cas échéant ;- pour une personne morale, l'identification de son représentant légal ainsi que de la personne mandatée pour déposer la demande de subvention. 2° Au titre de la demande de subvention :- l'intitulé du projet ;- la description sommaire du projet ;- la localisation du projet ;- les dates prévisionnelles de début et de fin de réalisation du projet ;- la liste des différents coûts prévisionnels du projet (avec l'indication hors taxe ou TTC) ;- le montant du financement public demandé nécessaire pour le projet et, le cas échéant, sa répartition entre les différents bénéficiaires lorsque le demandeur agit en qualité de mandataire. ".

5. Il résulte de l'instruction qu'aucune des correspondances, adressées par l'association requérante aux services de l'Etat le 13 octobre 2018, le 28 février 2019, le 3 mai 2020 et le 7 juillet 2020, ne peut s'analyser comme une demande de subvention qui aurait répondu à l'ensemble des exigences posées par les dispositions précitées. Si la demande a été regardée recevable à la date du 3 mai 2020, ainsi que le préfet le fait valoir en défense cette demande n'a été complète que le 2 octobre 2020 après qu'il a été demandé à l'association, le 1er septembre 2020, de produire notamment ses statuts, ses états financiers et un plan de financement. En se prononçant le 30 novembre 2020 sur une demande que l'association avait rendue complète le 2 octobre 2020, l'Etat n'a pas manqué de diligence dans l'instruction de la demande qui lui était présentée.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions applicables :

6. Aux termes de l'article L. 621-29 code du patrimoine : " L'autorité administrative est autorisée à subventionner dans la limite de 40 % de la dépense effective les travaux d'entretien et de réparation que nécessite la conservation des immeubles ou parties d'immeubles inscrits au titre des monuments historiques. ". Selon l'article R. 621-82 du même code : " Lorsque l'Etat participe financièrement à des travaux d'entretien, de réparation ou de restauration d'un immeuble classé ou inscrit, l'importance de son concours est fixée en tenant compte des caractéristiques particulières de cet immeuble, de son état actuel, de la nature des travaux projetés et, enfin, des efforts consentis par le propriétaire ou toute autre personne intéressée à la conservation du monument. ". Par ailleurs, aux termes du II de l'article 5 du décret précité n° 2018-514 du 25 juin 2018, " Aucun commencement d'exécution du projet ne peut être opéré avant la date de réception de la demande de subvention. ".

7. Il résulte de ces dispositions de l'article L. 621-29 du code du patrimoine que l'attribution de la subvention ne constitue pas un droit pour les personnes qui remplissent les conditions définies. Lorsque ces conditions sont remplies, il appartient à l'Etat de décider d'attribuer ou non la subvention, dans la limite de ses ressources budgétaires, en tenant compte des caractéristiques du projet précisées telles que précisées par l'article R. 621-82.

8. Comme il a été dit au point 1, la décision du 30 novembre 2020 accorde à l'association requérante une subvention d'un montant de 63 468 euros qui procède d'une assiette de travaux, reconnus éligibles, d'un montant de 296 586 euros. Ainsi que le préfet de région le fait valoir en défense, sans être contesté sur ces points, il a été tenu compte pour déterminer cette assiette, d'une part, de la circonstance que d'autres aides financières cofinançaient le projet, portant le total des aides à 1 050 982 euros, et, d'autre part, de ce que l'article 5 du décret n° 2018-514 du 25 juin 2018 faisait obstacle à la prise en compte en compte des travaux entrepris antérieurement à la réception de la demande de subvention. Il ne résulte pas de l'instruction qu'en décidant de ne subventionner que les travaux concernant la restauration de la toiture et des façades, le préfet aurait fait une inexacte application de ces dispositions. Dans l'ensemble de ces conditions le préfet de région n'a commis aucune faute dans la détermination des travaux subventionnables. L'étude d'un cabinet d'architecte, évaluant le surcoût engendré par le classement de l'immeuble, est à cet égard dépourvue d'incidence.

En ce qui concerne la promesse sur l'assiette et le taux du subventionnement :

9. Pour que la méconnaissance d'un engagement puisse constituer une faute de nature à engager la collectivité, celui-ci doit avoir le caractère d'une promesse formelle, inconditionnelle et illimitée dans le temps.

10. En troisième et dernier lieu, la subvention accordée le 30 novembre 2020 représente un taux de subventionnement de 21,4 % environ des travaux reconnus éligibles. Le courriel du 30 juillet 2018, adressé à l'association requérante par un ingénieur du patrimoine, se borne à indiquer que l'Etat envisage un subventionnement de l'opération à la hauteur de 20 % pour une assiette limitée aux travaux qu'il énumère, tout en subordonnant explicitement cette éventualité aux disponibilités budgétaires de l'année 2019. Par ailleurs, si l'association fait valoir que l'autrice de ce courriel a verbalement " avancé à plusieurs reprises un taux de subvention de l'ordre de 40 % " elle ne l'établit pas. Dans l'ensemble de ces conditions, l'association ne peut se prévaloir d'une promesse formelle, inconditionnelle et illimitée dans le temps sur l'assiette ou le taux du subventionnement de l'opération. A surplus, elle ne saurait se prévaloir du préjudice lié à une décision prise sur la foi d'une telle promesse, dès lors qu'elle avait pris antérieurement la décision de réaliser les travaux.

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 qui précèdent que l'Etat n'a commis aucune des trois fautes qui lui sont reprochées par l'association requérante. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'ordonner un supplément d'instruction, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de l'association Maison de retraite protestante est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Maison de retraite protestante et au préfet de la région Occitanie.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller.

M. Parisien, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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