vendredi 5 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2103519 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | AVRIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2021, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 9 novembre 2021 et 18 mai 2022, la Société civile d'exploitation agricole (SCEA) Domaine Tourbillon demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur départemental des finances publiques de Vaucluse a rejeté sa réclamation tendant à la décharge partielle de la taxe d'aménagement majorée d'une amende de 80% ;
2°) d'ordonner la décharge partielle de la somme mise à sa charge par le titre de perception émis le 18 décembre 2020, en tant que celle-ci tient compte d'un nombre de places de stationnement supérieur à 57 et applique une majoration de 80% ;
3°) d'ordonner la restitution partielle des sommes acquittées au titre de la taxe d'aménagement majorée d'une amende de 80% ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la taxe d'aménagement mise à sa charge est surévaluée et sans commune mesure avec le titre de perception émis le 3 juillet 2019 ;
- par l'émission de son titre le 3 juillet 2019, l'administration fiscale a pris une position claire, au sens de l'article L.80 B du livre des procédures fiscales, sur le montant de la taxe d'aménagement ;
- le procès-verbal d'infraction a constaté, à tort, l'existence de 110 places de stationnement, alors qu'en réalité, seules 57 places ont été créées ;
- elle n'a cessé de tenter de régulariser sa situation, de sorte qu'une pénalité de 80% ne saurait s'appliquer.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mars et le 25 mai 2022, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le maire de la commune de Lagnes conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SCEA Domaine Tourbillon n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- les observations de Me d'Audigier pour la commune de Lagnes.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 23 juin 2014, le maire de Lagnes a délivré à la SCEA le Domaine Tourbillon un permis de construire en vue de créer un siège social agricole avec un espace de vente et de stockage de 690 m², outre 243 m² de surface de stationnement comportant 15 emplacements, pour cultiver 32 hectares de vignes et 12 hectares de cerisiers sur un terrain situé lieu-dit Le Riotor, en zone agricole du plan local d'urbanisme de la commune. Le 10 octobre 2016, un procès-verbal d'infraction a été établi et a constaté que les travaux réalisés n'avaient pas été conformes à la déclaration préalable. Le 18 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de Vaucluse a émis à l'encontre de la SCEA Domaine Tourbillon, un titre de perception d'un montant de 45 768 euros au titre de la taxe d'aménagement majorée d'une amende de 80%. Par un courrier en date du 10 mars 2021, la société requérante a adressé une réclamation au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née. La SCEA Domaine Tourbillon demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet, la décharge partielle de la taxe d'aménagement mise à sa charge par le titre de perception émis le 18 décembre 2020, en tant que celle-ci tient compte d'un nombre de places de stationnement supérieur à 57 et applique une majoration de 80%, et la restitution de la somme correspondante.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Les opérations d'aménagement et les opérations de construction, de reconstruction et d'agrandissement des bâtiments, installations ou aménagements de toute nature soumises à un régime d'autorisation en vertu du présent code donnent lieu au paiement d'une taxe d'aménagement ()./ Les redevables de la taxe sont les personnes bénéficiaires des autorisations mentionnées au premier alinéa du présent article ou, en cas de construction sans autorisation ou en infraction aux obligations résultant de l'autorisation de construire ou d'aménager, les personnes responsables de la construction. Le fait générateur de la taxe est, selon les cas, la date de délivrance de l'autorisation de construire ou d'aménager () ou, en cas de constructions ou d'aménagements sans autorisation ou en infraction aux obligations résultant de l'autorisation de construire ou d'aménager, celle du procès-verbal constatant l'achèvement des constructions ou des aménagements en cause. ". Aux termes de l'article L. 331-23 du même code : " En cas de construction ou d'aménagement sans autorisation ou en infraction aux obligations résultant de l'autorisation de construire ou d'aménager, le montant de la taxe ou du complément de taxe due est assorti d'une pénalité de 80 % du montant de la taxe ". Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire () ".
3. Il résulte des dispositions précitées du code de l'urbanisme qu'en cas de construction sans autorisation ou en infraction aux obligations résultant de l'autorisation de construire, le fait générateur de la taxe d'aménagement est le procès-verbal constatant l'absence d'autorisation ou l'infraction, la taxe étant dans ce cas assortie d'une pénalité correspondant à 80 % de son montant.
4. Selon les mentions du procès-verbal d'infraction établi le 10 octobre 2016 à l'encontre de la société requérante par un agent assermenté de la direction départementale des territoires de Vaucluse, il a été constaté que les surfaces de parking ne correspondaient pas à celles déclarées, la capacité de stationnement ayant notamment été portée à 110 véhicules alors que les plans du permis de construire n'en déclaraient que 15. Si la société requérante conteste les mentions du procès-verbal et soutient qu'il n'existe en réalité que 57 places de stationnement, les seules photos produites au dossier, issues de Google Maps, sont insuffisantes pour infirmer les constats effectués sur le procès-verbal précité, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, la SCEA Domaine Tourbillon n'est pas fondée à soutenir que les places de stationnement taxées doivent être réduites au nombre de 57, et le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la taxe d'aménagement mise à la charge de la SCEA Domaine Tourbillon par le titre de perception en litige, émis le 18 décembre 2020, se fonde sur le procès-verbal d'infraction réalisé le 10 octobre 2016, lequel amende le permis de construire délivré à la société requérante le 23 juin 2014. La taxe d'aménagement mise à la charge de la société requérante par le titre de perception émis le 3 juillet 2019, lequel a été retiré, était en revanche relative au permis de construire délivré le 25 mai 2018 par le maire de Lagnes, lequel a également été retiré par lui le 6 aout 2018, et ne tenait pas compte du procès-verbal d'infraction réalisé le 10 octobre 2016. Les faits générateurs des taxes d'aménagement mises à la charge de la société requérante par les deux titres émis le 18 décembre 2020 et le 3 juillet 2019 n'étant ainsi pas les mêmes, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que la taxe d'aménagement mise à sa charge par le titre de perception du 18 décembre 2020 serait surévaluée en comparaison à la somme mise à sa charge par le titre du 3 juillet 2019. Le moyen sera donc écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 80 A du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration./ Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80.A est applicable : 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. ()".
7. Les contribuables ne sont en droit de contester, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ou de l'article L. 80 B du même livre, lequel renvoie au premier alinéa de l'article L. 80 A, que les rehaussements d'impositions antérieures. Par suite et dès lors que le litige porte sur la décharge d'une imposition primitive et non sur le rehaussement d'une imposition antérieure, la SCEA Domaine Tourbillon ne peut s'en prévaloir pour soutenir que l'administration fiscale aurait adopté une prise de position sur sa situation de fait en émettant un titre de perception le 3 juillet 2019. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
8. En dernier lieu, si la société requérante se prévaut du fait qu'elle a tenté à de multiples reprises de régulariser sa situation, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces tentatives auraient abouti, d'autre part, et en tout état de cause, cela est sans incidence sur l'application de la pénalité de 80 % de la taxe d'aménagement prévue par les dispositions de l'article L. 331-23 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen soulevé par la société requérante et selon lequel l'administration aurait dû réduire le taux de la pénalité appliquée à la taxe d'aménagement en raison des tentatives de régularisation qu'elle a effectuées, ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, ainsi que celles à fin de décharge et de restitution des sommes déjà versées au titre de la taxe d'aménagement, présentées par la SCEA Domaine Tourbillon, doivent être rejetées.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Lagnes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCEA Domaine Tourbillon est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lagnes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Société Domaine Tourbillon, au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et à la commune de Lagnes.
Copie pour information en sera transmise à la préfète de Vaucluse et au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.
Le magistrat désigné,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026