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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103542

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103542

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103542
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELAS BAHEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Le Renaissance, représentée par Me Ferrandi-Acquaviva, demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui lui ont été assignées, respectivement, au titre de la période du 1er mars 2007 au 31 octobre 2009 et de ses exercices clos les 31 octobre 2008 et 2009.

Elle soutient que :

- l'administration n'apporte pas de précisions suffisantes pour justifier le rejet de sa comptabilité ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- alors que l'administration a accepté de prendre en considération certaines des écritures portées au crédit du compte de courant d'associé ouvert au nom de M. A, qui correspondaient à des paiements de loyers, les rehaussements ne sont pas justifiés.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête de la SARL Le Renaissance.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Le Renaissance, qui exploite un hôtel-restaurant sur le territoire de la commune de Gordes, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au terme de laquelle le service a, notamment, d'une part, reconstitué ses chiffres d'affaires et ses résultats, et, d'autre part, regardé comme un passif injustifié des sommes inscrites en compte courant d'associé. La société Le Renaissance conteste les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui lui ont été assignées à la suite de cette vérification de comptabilité.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une notification de redressement doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

3. La proposition de rectification, adressée le 31 août 2011 à la SARL Le Renaissance, désigne les impositions concernées, qui sont l'impôt sur les sociétés et la taxe sur la valeur ajoutée, ainsi que la période et les exercices sur lesquelles elle porte. Elle fait état, notamment, des raisons pour lesquelles le service a rejeté la comptabilité qui lui était présentée, de la méthode suivie pour reconstituer les bases d'imposition à partir des tickets Z qui ont été présentés au vérificateur, des raisons pour lesquelles un élément du passif a été regardé comme n'étant pas justifié, et du fondement retenu pour asseoir les rehaussements. Ainsi cette proposition était suffisamment motivée pour permettre à la société de formuler ses observations de façon entièrement utile, ce qu'elle a d'ailleurs fait par des observations du 29 septembre et du 7 novembre 2011. Son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales sera donc être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les rehaussements de chiffres d'affaires :

S'agissant du rejet de la comptabilité :

4. Pour estimer que la comptabilité qui lui était présentée était irrégulière et non probante, la vérificatrice a relevé que les recettes étaient globalisées, mensuellement ou quotidiennement, que les tickets Z ne détaillaient pas les produits vendus, qu'ils étaient en partie manquants et qu'ils indiquaient des règlements en espèce alors que les encaissements étaient pour une part importante réalisés par chèque ou carte bancaire. Elle a en outre relevé que les chiffres d'affaires étaient comptabilisés à partir des sommes en caisse, et non à partir des montants retracés par les tickets Z, que des comptes de fournisseurs avaient été débités par des crédits du compte courant de l'associé-gérant, sans justification, et, après l'exercice du droit de communication, que treize de ces comptes présentaient des soldes différents de ceux communiqués par les fournisseurs. Ces éléments, circonstanciés et détaillés par la vérificatrice sur près de quatre pages de la proposition de rectification, sont de nature à faire regarder la comptabilité comme présentant de graves irrégularités et comme étant dépourvue de caractère probant. Ils ne sont pas sérieusement contestés par la société Le Renaissance qui se borne à faire valoir que le service " n'apporte pas de précisions suffisantes pour qu'il puisse être considéré qu'il n'était pas possible pour le vérificateur d'identifier, à partir des éléments puisés dans la comptabilité les marchandises vendues et, partant, de vérifier plus sérieusement la concordance ou l'absence de concordance des ventes déclarées avec les achats comptabilisés ". Dans ces conditions, c'est à bon droit que la vérificatrice a écarté la comptabilité comme présentant un caractère irrégulier et non probant, et qu'elle a reconstitué les chiffres d'affaires et les résultats. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

S'agissant de la charge de la preuve :

5. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " () la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ". Il résulte de ces dispositions que le contribuable supporte la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition retenues par l'administration lorsque, d'une part, la comptabilité comporte de graves irrégularités et, d'autre part, l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.

6. En l'espèce, et d'une part, comme il vient d'être dit la comptabilité présentait de graves irrégularités. D'autre part, il n'est pas contesté que les impositions ont été établies conformément à l'avis rendu le 28 novembre 2014 par la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Il incombe donc à la société Le Renaissance de prouver l'exagération des bases d'imposition.

S'agissant de la méthode de reconstitution :

7. Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de ses recettes peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie, en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, non seulement apporter tous éléments de preuve comptables ou extracomptables, mais aussi se fonder sur des faits reconnus exacts par l'administration, ou dont le juge serait amené, en cas de contestation, à reconnaître l'exactitude.

8. Pour reconstituer les chiffres d'affaires et les résultats réalisés par la société requérante, la vérificatrice a pris en compte les chiffres d'affaires comptabilisés, lorsqu'ils concordaient avec les montants figurant sur les tickets Z. En cas de discordance, elle a retenu le montant révélé par les tickets Z. Et dans les cas où ce ticket Z était manquant, elle a retenu, au titre du jour considéré, un chiffre d'affaires correspondant à la moyenne quotidienne réalisée au cours du même mois. Pour critiquer la méthode ainsi mise en œuvre, la société requérante se borne à faire valoir que l'administration a admis, en réponse à ses observations présentées sur un autre chef de redressement, une partie des écritures réalisées au crédit du compte courant d'associé. Ce faisant, la société ne fait valoir aucun élément de nature à critiquer utilement la méthode de reconstitution ainsi retenue, ou à permettre de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure.

En ce qui concerne le passif injustifié :

9. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ". Il appartient au contribuable, pour l'application de ces dispositions, de justifier, par la production de tous éléments suffisamment précis, l'inscription d'une dette au passif du bilan de son entreprise.

10. Il résulte de l'instruction, et notamment des énonciations de la proposition de rectification du 31 août 2011, qu'au cours des opérations de vérification il a été constaté que des sommes avaient été portées au crédit des comptes courants d'associé n° 45520000 " compte M. A B ", n° 455100 " C/C MARC A " et n° 455000 " C/C CB A ", pour des montants totaux de 144 379 euros au titre de l'exercice clos le 31 octobre 2008, et de 237 826 euros au titre de l'exercice clos le 31 octobre 2009. En l'absence de toute justification apportée par la société au cours des opérations de vérification, ces sommes ont été rapportées aux résultats. Pour tenir compte des justifications apportées par la contribuable les 13 et 20 mars 2012, le service a accepté, le 2 septembre 2021 en réponse à la réclamation, de ramener les rehaussements, respectivement, à 77 133 euros et à 236 168 euros. En se bornant à se prévaloir ce cette décision d'acceptation partielle de sa réclamation, le contribuable ne fait valoir aucun élément de nature à contester le bien-fondé des rehaussements laissés à sa charge.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de la SARL Le Renaissance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de la SARL Le Renaissance est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Le Renaissance et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller,

Mme Achour, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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