vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2103819 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TOURNIER BARNIER & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler le titre de recettes d'un montant de 196,98 euros qui lui a été adressé le 30 juin 2021 à raison de travaux de débroussaillage.
Elle soutient que :
- en raison du busage abusif, en 1985, d'un fossé qui délimitait sa propriété, les limites de celle-ci ne sont plus déterminées avec précision ;
- elle n'a pas à porter le coût du débroussaillage des surfaces appartenant à la commune ;
- elle n'a sollicité aucune prestation de débroussaillage et ne peut se voir réclamer cette somme.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, la commune de Manduel, représentée par Me Tournier-Barnier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 ou de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de caractère décisoire de l'acte attaqué du 28 juin 2021, de respect du délai de recours contentieux, et d'exposé de moyens au soutien de la requête ;
- en outre la demande n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- les observations de Me Angot, pour Mme A,
- et les observations de Me Tournier-Barnier, pour la commune de Manduel.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, qui est propriétaire d'un terrain sur le territoire de la commune de Manduel, doit être regardée, afin de donner une portée utile à ses écritures, comme demandant l'annulation du titre de recettes émis à son encontre le 30 juin 2021.
Sur le titre de recettes émis le 30 juin 2021 :
En ce qui concerne la recevabilité :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. "
3. Contrairement à ce qui est soutenu par la commune de Manduel, la requête de Mme A, qui fait référence à sa demande du 9 juillet 2021 devant s'analyser comme un recours gracieux, expose les raisons pour lesquelles l'intéressée estime que la commune n'est pas fondée à lui réclamer le remboursement de frais de débroussaillage ne lui incombant pas. Dès lors la fin de non-recevoir, tirée du défaut d'exposé de moyens, doit être écartée.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai () ". Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / () Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision () ".
5. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
6. La présentation, dans le délai imparti pour introduire un recours contentieux contre une décision administrative, d'un recours administratif, gracieux ou hiérarchique, contre cette décision a pour effet d'interrompre ce délai. Il en va notamment ainsi lorsque, faute de respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, le délai dont dispose le destinataire de la décision pour exercer le recours juridictionnel est le délai découlant de la règle énoncée au point 3. Lorsque le recours administratif fait l'objet d'une décision explicite de rejet, un nouveau délai de recours commence à courir à compter de la date de notification de cette décision. Si la notification de la décision de rejet du recours administratif n'est pas elle-même assortie d'une information sur les voies et délais de recours, l'intéressé dispose de nouveau, à compter de cette notification, du délai découlant de la règle énoncée au point 3 pour saisir le juge. En cas de silence gardé par l'administration sur le recours administratif, le délai de recours contentieux de droit commun contre la décision administrative contestée recommence à courir dès la naissance d'une décision implicite de rejet du recours administratif lorsque l'autorité administrative a accusé réception de ce dernier recours et que l'accusé de réception comporte les indications prévues à l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. A défaut, l'intéressé dispose, pour introduire son recours contentieux contre la décision administrative qu'il conteste, à compter du jour où il a eu connaissance de la décision implicite de rejet de son recours administratif, du délai raisonnable découlant de la règle énoncée au point 6.
7. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui est soutenu en défense, Mme A a déposé son recours gracieux du 9 juillet 2021, le lendemain 10 juillet 2021 contre signature à la mairie de Manduel. Ainsi ce recours gracieux formé à l'intérieur du délai de recours contentieux de deux mois, imparti à l'intéressée pour contester le titre reçu au plus tôt le 30 juin 2021, a interrompu ce délai de recours. Dans le silence gardé par l'administration sur ce recours administratif, et en l'absence d'un accusé de réception comportant les indications prévues à l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration, Mme A doit être regardée comme ayant eu connaissance de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, au plus tôt, à l'expiration du délai de deux mois qui a suivi. La présente requête a été introduite devant le tribunal le 8 novembre 2021, à l'intérieur du délai raisonnable d'un an. La fin de non-recevoir, opposée pour tardiveté, doit donc être écartée.
En ce qui concerne le bien-fondé :
8. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour but d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser () les accidents et les fléaux calamiteux () ou autres accidents naturels () ". Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, tels que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances () ". Si, sur le fondement de ces dispositions le maire peut ordonner, en cas de danger grave ou imminent, la réalisation par la commune de travaux sur une propriété privée, le coût de ces travaux incombe toutefois à la commune, sans préjudice de la possibilité pour elle d'exercer devant le juge civil une action récursoire à l'encontre du propriétaire si elle estime que l'origine des désordres réside dans un manquement de celui-ci à ses obligations. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2213-25 du même code, dans sa rédaction applicable : " Faute pour le propriétaire ou ses ayants droit d'entretenir un terrain non bâti situé à l'intérieur d'une zone d'habitation ou à une distance maximum de 50 mètres des habitations, dépendances, chantiers, ateliers ou usines lui appartenant, le maire peut, pour des motifs d'environnement, lui notifier par arrêté l'obligation d'exécuter, à ses frais, les travaux de remise en état de ce terrain après mise en demeure. Si, au jour indiqué par l'arrêté de mise en demeure, les travaux de remise en état du terrain prescrits n'ont pas été effectués, le maire peut faire procéder d'office à leur exécution aux frais du propriétaire ou de ses ayants droit. () ".
9. Mme A fait valoir d'une part, elle n'a pas à supporter le coût du débroussaillage des surfaces appartenant à la commune et, d'autre part, que depuis le comblement en 1985 du fossé qui séparait sa propriété de celle de la commune, la limite entre les deux propriétés reste indéterminée. En l'état des pièces du dossier, eu égard au caractère forfaitaire de la somme mise à la charge de Mme A et en l'absence de toute indication par la commune relative aux surfaces concernées, celle-ci n'établit pas le bien-fondé de sa créance. Mme A est donc fondée à demander l'annulation du titre de recettes émis à son encontre le 30 juin 2021 pour le montant de 196,98 euros. Il y a lui de lui accorder, par voie de conséquence, la décharge de cette somme.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme A.
D E C I D E :
Article 1 er : Le titre de recettes du 30 juin 2021, émis à l'encontre de Mme A pour le montant de 196,98 euros, est annulé et Mme A est déchargée de la somme à payer.
Article 2 : Les conclusions que la commune de Manduel présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Manduel.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026