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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103844

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103844

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103844
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 novembre 2021, le 15 novembre 2022, le 5 décembre 2023 et le 11 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Calafell, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Montpezat (Gard) à lui verser, en réparation de l'occupation illicite d'une partie de parcelle lui appartenant, une indemnité de 500 euros par mois à compter du 17 mars 2020 et jusqu'à la libération des lieux et la remise en état du terrain ;

2°) de mettre à la charge de cette commune la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif de Nîmes a ordonné par un jugement du 17 mars 2020 la démolition d'un ouvrage public implanté sur une partie de la parcelle lui appartenant ;

- la commune qui disposait d'un délai de six mois ne s'est pas exécutée ;

- il y a donc lieu de la condamner à verser une indemnité d'occupation de 500 euros par mois calculée depuis la date du jugement jusqu'à la date de libération et de remise en état du terrain.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 octobre 2022 et le 16 mai 2023, la commune de Montpezat, représentée par Me Bocognano, demande au tribunal :

1°) de rejeter le requête de Mme A ;

2°) subsidiairement, de désigner un expert ou de sursoir à statuer dans l'attente d'un avis du service des domaines, en vue de déterminer le montant de l'indemnité d'occupation ;

3°) de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable au regard des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, en l'absence de tout moyen au soutien de ses prétentions ;

- Mme A est à l'origine de la situation dont elle se prévaut, caractérisant une faute de la victime ;

- la commune n'est pas demeurée inactive et a pris toutes les mesures de son ressort pour remédier à cette situation ;

- il n'est justifié en rien du préjudice invoqué à la hauteur de 500 euros par mois ;

- les travaux de démolition sont prévus au mois de juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- et les observations de Me Soulier, représentant la commune de Montpezat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, qui est propriétaire indivise avec sa mère et son frère d'une parcelle cadastrée n° 1151 sur le territoire de la commune de Montpezat, a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'ordonner à la commune de libérer une partie de cette parcelle, d'une surface de 98 mètres carrés, aménagée à usage d'aires de stationnement en bordure de la rue de Sommières. Par un jugement n° 1801132 du 17 mars 2020, après avoir regardé cette emprise comme ayant un caractère irrégulier, et avoir estimé que la démolition de l'ouvrage public ne porterait pas une atteinte excessive à l'intérêt général, le tribunal a enjoint à la commune de le démolir et de remettre le terrain en état dans un délai de six mois. La commune a successivement demandé à la cour administrative d'appel de Marseille, le 20 mai 2020, d'annuler ce jugement, et, le 13 juillet 2020, d'ordonner qu'il soit sursis à son exécution. Par un arrêt n° 20MA01852, 20MA02259 du 3 novembre 2020, la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté ces deux demandes. Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nîmes le 8 décembre 2020 et transmise à la cour administrative d'appel de Marseille le 11 décembre 2020, Mme A a demandé que soit assurée l'exécution de l'injonction de démolition prononcée par le jugement du 17 mars 2020 confirmé par l'arrêt d'appel du 3 novembre 2020. Par une ordonnance du 22 novembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Marseille a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle en vue de prescrire ces mesures d'exécution. Par un arrêt n° 22MA02926 du 19 septembre 2023, la cour administrative d'appel de Marseille a, d'une part, constaté que les travaux assurant l'exécution du jugement avaient été exécutés au plus tard le 16 juin 2023 et, par suite, jugé qu'il n'y avait pas lieu de prononcer une astreinte, et, d'autre part, rejeté les conclusions indemnitaires qui lui étaient présentées. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant la réparation du préjudice qu'elle a subi du fait de cette inexécution.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

3. La requête de Mme A contient, notamment, la relation du précédent jugement et de ses suites, fait état de son défaut d'exécution, et demande la condamnation de la commune de Montpezat au versement d'une indemnité d'occupation. Ainsi, contrairement à ce qui est opposé en défense, cette requête contient l'exposé des faits et moyens ainsi que des conclusions soumises au tribunal. La fin de non-recevoir, tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, doit donc être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Pour remettre en état la parcelle litigieuse, la commune de Montpezat disposait d'un délai de six mois à compter de la notification du jugement précédemment mentionné n° 1801132 du 17 mars 2020. Comme la cour administrative d'appel de Marseille l'a relevé dans son arrêt n°22MA02926 du 19 septembre 2023, cette remise en état a été réalisée au plus tard le 16 juin 2023. L'inexécution du jugement du 17 mars 2020, entre le mois de septembre 2020 et le mois de juin 2023, soit durant 33 mois, et sans qu'aucune considération d'intérêt général puisse expliquer cette inaction prolongée durant une longue période, est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune. Il résulte de l'instruction que la partie de parcelle litigieuse était en état de terrain nu avant son occupation irrégulière par la collectivité et qu'elle a depuis été remise dans cet état. Mme A ne peut donc être regardée comme établissant un préjudice correspondant au loyer de cinq places de stationnement pour 100 euros chacune soit 500 euros par mois. Il sera toutefois fait une juste appréciation du préjudice lié à la privation de jouissance de son terrain en raison de l'inexécution fautive du jugement du tribunal administratif de Nîmes du 17 mars 2020 durant une période de 2 ans et 9 mois, en allouant à Mme A une somme de 1 650 euros. La commune de Montpezat ne saurait s'affranchir de son obligation de réparer le préjudice causé à la requérante par l'inexécution de la décision du tribunal, en faisant valoir que Mme A avait donné son accord pour une cession de la parcelle mais qu'elle s'est ensuite abstenue de signer l'acte authentique.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme A qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Sur le fondement de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Montpezat une somme de 1 200 euros à verser à Mme A.

D E C I D E :

Article 1 er : La commune de Montpezat versera à Mme A une somme de 1 650 euros en réparation de son préjudice.

Article 2 : La commune de Montpezat versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Montpezat présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la commune de Montpezat et au préfet du Gard.

Copie sera adressée, par le conseil de Mme A, aux deux co-propriétaires indivis de la parcelle cadastrée n° 1151 sur le territoire de la commune de Montpezat.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ciréfice, président,

M. Baccati, premier conseiller,

M. Parisien, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

C. CIREFICELe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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