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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103892

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103892

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103892
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Herisson, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018,

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société Villeneuve Voyages a produit un certain nombre de justificatifs démontrant qu'aucun désinvestissement n'a été réalisé au profit de la gérante ; la gérante a fait l'avance de frais pour le compte de la société Villeneuve Voyages et cette dernière n'a fait que la rembourser au moyen de chèques ;

- il convient de prendre en considération les charges de la SCI Aurix ; c'est à tort que le service vérificateur a rejeté la déduction des charges de loyer relatives à la location du local occupé par la société Villeneuve Voyages, alors même qu'il s'agit d'un bail verbal ; le service a remis en cause les sommes avancées par Mme B sans évoquer la possibilité d'apports en compte-courant d'associé ou autre de la part de l'associé unique de la société ; à défaut de démonstration de la part du service de l'absence d'intérêt dans ses agissements, ceux-ci doivent être considérés pris dans les intérêts de la société Villeneuve Voyages ;

- les immobilisations acquises par la société Athena sont réelles et c'est bien elle qui a réglé les sommes pour le compte de la société Villeneuve Voyages ; le "désinvestissement" mis en avant par le service a été fait au profit de la société Athena dans le sens où celle-ci, en liquidation, a pu profiter de trésorerie pour remplir les droits des créanciers ainsi qu'au profit de la société Villeneuve Voyages qui a bénéficié d'un local conforme et adapté à la réception de la clientèle ; lesdites sommes n'ont pas été désinvesties, ni bénéficié à Mme B ;

- les dépenses de repérage sont déductibles ; en effet, le cadre juridique des agences de voyage est très restrictif et ne laisse que peu de place à l'interprétation, d'où la nécessité de prospecter, d'essayer les potentiels de nouveaux partenaires ; ainsi, les dépenses de repérages au Japon d'un montant de 5 400 euros ne sont pas constitutives de dépenses personnelles ;

- elle conteste l'application de la majoration pour manquement délibéré dès lors qu'elle n'a jamais entendu procéder intentionnellement à un quelconque désinvestissement à son profit, et qu'elle n'a jamais bénéficié à titre personnel desdites sommes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D Parisien ;

- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de la SARL Villeneuve Voyages, devenue SARL Athena, qui exerce l'activité d'agence de voyages et dont Mme B est la gérante et associée, la requérante a été destinataire d'une proposition de rectification en date du 19 décembre 2019, concernant les années 2016, 2017 et 2018, afin de tirer les conséquences sur son imposition personnelle du contrôle dont la société avait fait l'objet. Certaines sommes que la société avait versé à Mme B ont été regardées comme des revenus distribués en application de l'article 111 c. du code général des impôts. Les impositions supplémentaires concernant l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux afférents aux années 2016, 2017 et 2018 ont été mises en recouvrement par avis complémentaire le 31 janvier 2021. La réclamation préalable présentée par Mme B ayant fait l'objet d'une décision de rejet le 1er septembre 2021, la requérante demande la décharge des sommes correspondantes à hauteur de 2 616,80 euros pour l'année 2016, 9 336,16 euros pour l'année 2017 et 5 400 euros pour l'année 2018.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

En ce qui concerne les charges locatives :

3. Il résulte de l'instruction que la SARL Villeneuve Voyages a déduit à titre de charges locatives concernant la SCI Aurix la somme de 4 230,16 euros au titre de l'exercice clos en décembre 2017. Mme B soutient qu'il s'agit de charges de loyer relatives à la location du local occupé par la société Villeneuve Voyages, en exécution d'un bail verbal conclu avec la SCI Aurix dès lors qu'elle avait repris les locaux occupés par la SARL Magellan, cette dernière étant empêchée d'exercer son activité suite à un jugement du mois de décembre 2016. Elle produit à l'appui de ses allégations une facture de la SCI Aurix, non datée et partiellement raturée avec la mention " quittance février 2017, mars 2017, avril 2017, mai 2017, Facturation occupation du local au centre commercial ". Mme B soutient que l'entrée dans ce local était motivée par la nécessité du développement de la société Villeneuve Voyages et que plusieurs factures d'achat, d'EDF et d'Orange, attestent de son occupation effective de ces locaux installés au sein d'un centre commercial. Toutefois, la SCI Aurix, interrogée par le service dans le cadre du droit de communication le 29 juillet 2019, n'a pas confirmé qu'elle avait demandé et perçu un loyer de la société de Mme B. L'intéressée ne produit de son côté aucune pièce en ce sens et n'a jamais déclaré d'établissement à cette adresse. Par ailleurs, l'administration fiscale relève que si les flux financiers montrent une sortie d'argent de 4 230,16 euros le 5 mai 2017, le bénéficiaire du chèque est Mme B. Les deux chèques de 800 euros émis, en juillet et août 2016, au nom de la gérante de la SCI Aurix (Mme C) ne justifient pas de la réalité d'une avance sur loyer concernant l'exercice de l'année 2017 et la facture raturée précédemment citée, qui n'est ni datée, ni signée, ne présente pas de caractère probant. Enfin, diverses les factures produites ne sont pas établies à l'ordre de la société Villeneuve Voyages. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que les sommes en cause, figurant au compte courant de l'intéressée, ont été reversées à Mme B, le service, au vu de ce qui vient d'être dit, apporte la preuve qui lui incombe des avantages occultes consentis à cette dernière, et Mme B n'est pas fondée à contester les rehaussements effectués à ce titre.

En ce qui concerne les immobilisations :

4. Il résulte de l'instruction que Mme B a encaissé un chèque d'un montant de 2 616,80 euros le 13 décembre 2016 et un chèque de 5 106 euros le 2 février 2017. Mme B soutient que dans le cadre des opérations de liquidation de la société Magellan, la société Villeneuve Voyages a fait l'acquisition, auprès de cette première, d'immobilisations. La requérante expose avoir fait l'avance pour le compte de la société Villeneuve Voyages de ces acquisitions de 2 616,80 euros et de 5 106 euros, correspondant à la cession d'immobilisations de la SARL Magellan au bénéfice de la société Villeneuve Voyages. Elle expose que ces dépenses ont été exposées au profit de la société Athena dans la mesure où celle-ci, en liquidation, a pu profiter de trésorerie pour remplir les droits des créanciers, ainsi qu'au profit de la société Villeneuve Voyages qui a bénéficié d'un local conforme et adapté à la réception de la clientèle. Mme B produit des relevés bancaires débités ainsi que les ordres de virement des montants de 7 106,64 euros, 5 438,50 euros et 17 000 euros du compte de Mme B vers la société Magellan.

5. Toutefois, aucun des relevés et ordres de virement produits ne correspondent dans leur date et dans leur montant aux acquisitions en litige. Par ailleurs, les factures de pose et de dépose du climatiseur sont libellées à l'ordre de la SCI Pa.Za et à une adresse qui ne correspond ni au siège social, ni au local commercial qui aurait été exploité. En outre, la facture de matériel informatique éditée par la société Magellan est postérieure à sa cessation d'activité. Enfin, la copie de chèque produite pour un montant de 5 106 euros mentionne une somme différente en chiffres et en lettres et n'est pas étayée par le relevé bancaire correspondant. Il résulte de ce qui précède qu'aucun lien probant ne peut être fait entre les dépenses mentionnées et l'activité de la société Villeneuve Voyages. Par conséquent, le service établit que les sommes remboursées à Mme B à ce titre constituent des revenus distribués à son nom.

En ce qui concerne les dépenses de repérage :

6. Il résulte de l'instruction que le vérificateur a remis en cause la déduction effectuée par la société au titre de " dépenses de repérage " pour les voyages de ses clients, notamment des dépenses de repérages au Japon d'un montant de 5 400 euros, constitutives selon l'administration fiscale de dépenses personnelles. Le vérificateur a considéré qu'il n'existait aucun échange avec le voyagiste pour un éventuel partenariat, qu'il n'était pas établi que la société " Vivre le Japon " qui est déjà une agence de voyages signe des partenariats avec des agences généralistes de Province et que les échanges de mails avec le guide communiqués dans le cadre du recours hiérarchique étaient représentatifs d'échanges d'un client qui prépare son voyage et non d'une gérante qui voudrait commercialiser un produit spécifique. Le service ajoute que la SARL Villeneuve Voyages n'est pas une agence de voyage spécialiste du Japon et qu'au surplus, il n'y a pas eu de suite commerciale à ce voyage. Il en conclut que la facture correspond à un voyage d'agrément d'une durée de 2 semaines et non à un repérage à des fins professionnelles.

7. Mme B expose de son côté que le cadre juridique des agences de voyage est très restrictif et ne laisse que peu de place à l'interprétation, d'où la nécessité de prospecter et d'essayer les potentiels de nouveaux partenaires. Elle soutient qu'elle devait réaliser deux voyages au Japon et que le premier ayant été reporté, elle a effectivement réalisé un voyage au Japon au mois de juillet 2017, qui s'est déroulé lors de la saison des pluies au Japon. Mme B précise qu'elle est partie seule, à la suite d'échanges effectués avec son adresse professionnelle, avec un guide situé au Japon et ajoute sans être contredite qu'elle a procédé à l'issue de ce voyage à la création d'un programme " Temples et Sanctuaires ". Dans ces conditions, eu égard à l'activité professionnelle de la requérante, la dépense litigieuse doit être regardée comme engagée dans l'intérêt de l'exploitation. Mme B est fondée à obtenir la décharge en droits et pénalités correspondante.

Sur les majorations pour manquement délibéré

8. Aux termes de l'article 1729 a. du code général des impôts " les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de 40 % en cas de manquement délibéré ".

9. Le service relève que Mme B étant gérante de la société Villeneuve Voyages, elle ne pouvait ignorer avoir encaissé sur ses comptes personnels les sommes en cause, que ces sommes ont été comptabilisées par la société au débit de compte de charges ou de comptes de fournisseurs, ce qui montre la volonté de la société et donc de sa gérante de cacher le désinvestissement à son profit que seuls l'obtention recto-verso du chèque émis a permis de déceler. L'administration ajoute que Mme B ne pouvait ignorer que ces sommes qu'elle s'attribuait en tant que gérante de la société Villeneuve Voyages constituaient un revenu. Eu égard notamment à la nature des sommes éludées, le service établit que les droits rappelés y afférents ont été majorés de 40 % conformément aux dispositions précitées de l'article 1729 a. du code général des impôts.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est déchargée en droits, intérêts de retard et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu résultant du rehaussement relatif à la somme de 5 400 euros effectué au titre de l'année 2018.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°210389

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