vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2104057 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP LEMOINE CLABEAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 novembre 2021, Mme C A, représentée par la SCP Lemoine Clabeaut, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes à lui verser une somme de 108 987 euros en réparation de ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge de cet établissement de santé la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de rejet de sa demande préalable est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié de la délégation consentie à son auteur ;
- la faute dans l'organisation ou le fonctionnement du service est présumée lorsque surviennent des conséquences graves et anormales à la suite de soins courants ;
- l'établissement a commis une faute de diagnostic, en outre tardif ;
- ses préjudices s'élèvent à 637 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 2 000 euros au titre des souffrances endurées, 6 350 euros au titre de déficit fonctionnel permanent et 100 000 euros au titre du préjudice moral soit au total 108 987 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le CHU de Nîmes, représenté par Me Berger, conclut au rejet de la requête de Mme A et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le moyen d'incompétence, dirigé contre la décision de rejet de la réclamation préalable, est inopérant ;
- les actes en cause n'ont pas la nature d'actes de soins courant ou bénins, qui entraînant l'application d'un régime de faute présumée ;
- l'établissement n'a commis aucune faute, de nature à engager sa responsabilité ;
- il n'est démontré aucun lien de causalité, ni aucun préjudice ;
- les préjudices invoqués sont excessifs.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- les observations de Me Lorion, représentant Mme A,
- et les observations de Me Gaborit, représentant le CHU de Nîmes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, qui était âgée de 46 ans et exerçait la profession d'aide-soignante au CH d'Uzès, a été victime le 23 novembre 2008 d'un accident de service, alors qu'elle cherchait à éviter la chute d'une patiente au cours d'un transfert. Dans les suites immédiates de cet accident, elle a présenté des nausées et vomissements et s'est vu prescrire, par un médecin généraliste, un traitement médical à base notamment d'antalgiques et de décontracturants. Le 28 novembre 2008, ses symptômes s'intensifiant, elle a été admise au service des urgences du CHU de Nîmes où elle a été successivement reçue par un externe de garde et par un interne spécialisé en oto-rhino-laryngologie (ORL) avant de se voir prescrire un traitement symptomatique, une consultation spécialisée et un arrêt de travail de huit jours. Le 14 mars 2009, elle a été à nouveau hospitalisée au CHU de Nîmes, après avoir appelé le centre 15 pour des vertiges, un déficit brachial droit et une sensation d'engourdissement. D'abord admise au service des urgences elle a été transférée le jour même dans le secteur neurovasculaire du service de neurologie, où un examen par angioscanner a révélé, le 18 mars suivant, que la patiente présentait une dissection de la carotide gauche en extra-cérébral. S'estimant victime de dommages qu'elle impute au CHU de Nîmes, elle a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) qui a rejeté sa demande dans un avis du 16 octobre 2017. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de réparer les dommages qu'elle estime avoir subis du fait de sa prise en charge par le CHU de Nîmes.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. En premier lieu, la décision de rejet de la réclamation préalable du 30 septembre 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de l'intéressée qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa demande le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit d'un demandeur à percevoir la somme qu'il réclame, le vice propre dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux à raison de l'incompétence de l'auteur de l'acte, est sans incidence sur la solution du litige. Ce moyen est donc inopérant.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise réalisée à la demande de la CCI, que Mme A a été admise le 28 novembre 2008 au CHU de Nîmes, alors qu'elle présentait des vertiges. Elle a fait l'objet d'examens cliniques complets successivement réalisés par l'externe de garde puis par l'interne ORL. Contrairement à ce qu'elle soutient, ni ces actes, ni ceux réalisés au cours de sa nouvelle hospitalisation à partir du 14 mars 2009, ne sauraient être assimilés à des actes de soins courants, révélant en principe une faute de nature à engager la responsabilité du service public hospitalier.
5. En troisième lieu, les soins dispensés par le CHU de Nîmes à Mme A lors de l'hospitalisation du 28 novembre 2008 ont été conformes aux règles de l'art, avec, comme il a été dit, un examen complet et une consultation ORL. Si le traumatisme subi le 23 novembre 2008 a pu fragiliser la paroi artérielle, ainsi que l'expert le précise, la réalisation d'une imagerie supplémentaire n'était pas médicalement justifiée, en l'absence de signe neurologique central et, quoi qu'il en soit, cette imagerie n'aurait pas permis de déceler une quelconque lésion. En outre, lors de l'hospitalisation du 14 mars 2009, consécutive à son accident vasculaire cérébral, la patiente a été correctement prise en charge, avec un bilan cardiologique et biologique, et un traitement médical adapté. Si Mme A se prévaut d'une erreur et d'un retard de diagnostic, elle ne fait valoir aucun élément médical ni aucune autre précision au soutien de ces allégations. Dans ces conditions, elle n'établit aucune faute, de nature à engager la responsabilité de l'établissement.
6. Il se déduit de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité du CHU de Nîmes. Les conclusions indemnitaires de sa requête doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les disposition de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge du CHU de Nîmes.
8. En revanche il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros à verser au CHU de Nîmes.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera une somme de 1 500 euros au CHU de Nîmes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au centre hospitalier universitaire de Nîmes, au pôle inter-caisses de l'Hérault et au centre hospitalier d'Uzès.
Une copie pour information sera adressée au Dr B, expert.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Baccati, premier conseiller.
M. Parisien, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026