vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2104212 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MICHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 décembre 2021 et le 16 avril 2022, la société anonyme (SA) Assurances du crédit mutuel IARD, représentée par Me Michel, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 23 897,79 euros, avec intérêts, du fait de la dégradation le 12 janvier 2019 de l'agence bancaire CIC Nîmes Questel, dont elle est l'assureur ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a qualité pour agir, étant subrogée dans les droits de son assurée en vertu de l'article L. 121-12 du code des assurances ;
- la dégradation volontaire de l'agence bancaire commise avec usage de la violence et de la force présente un caractère délictuel ; les dégradations n'ont pas été le fait d'un groupe organisé constitué dans le seul but de les commettre ; constitutives de délits commis par les attroupements ou rassemblements, elles engagent la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- à cet égard il n'est pas possible de faire la distinction entre les " gilets jaunes " et les casseurs ;
- le lien de causalité est suffisamment établi ;
- elle justifie suffisamment de ses préjudices, évalués par un rapport d'expertise amiable et auxquels il convient d'ajouter les frais de cette expertise, respectivement pour les montants de 22 592,79 et de 1 305 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 mars et le 17 juin 2022, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête de SA Assurances du Crédit mutuel IARD.
Il soutient que :
- les dégradations commises à l'encontre de l'agence bancaire CIC Nîmes Questel ne résultent pas d'un attroupement mais de l'action délictuelle d'un groupe d'individus qui s'est spécialement regroupé et organisé à seule fin de saccager des biens publics et privés ; les dégradations en cause n'ont pas été le fait de manifestants mais de casseurs, ayant préalablement rejoint la manifestation afin de mieux s'en détacher pour mener des actions rapides et préméditées en vue de la destruction de biens ; ainsi que l'ont jugé plusieurs tribunaux, un tel comportement doit s'interpréter comme une rupture avec la manifestation initiale faisant obstacle à la qualification d'attroupement au sens de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- en outre, le lien de causalité n'est pas établi dès lors que la requérante n'est pas en mesure de déterminer précisément l'heure des dégradations ;
- subsidiairement, sur les préjudices, il n'y a pas lieu de retenir les frais d'expertise, qui n'étaient pas nécessaires, ni les factures liées à la pose provisoire de panneaux de bois ; seules les factures S2MR d'un montant de 7 796,40 euros et Portalp d'un montant de 11 874 euros devraient être retenues.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :
- le rapport de M. Baccati,
- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Lyonnaise de banque exploite sur le territoire de la commune de Nîmes une agence bancaire à l'enseigne " CIC Nîmes Questel ". Elle a reçu de son assureur, la société Assurances du Crédit mutuel IARD, une somme de 22 592,79 euros en réparation des dommages subis lors de la dégradation de cette agence bancaire survenue le 12 janvier 2019. Subrogée dans les droits de son assurée, et estimant que la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, la société Assurances du Crédit mutuel IARD demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 23 897,79 euros.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens () ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de ces dispositions les actes délictuels commis sur des biens privés alors qu'ils ne procédaient pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée, organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment des énonciations du procès-verbal de dépôt de la plainte réalisée le 16 janvier 2019 par le directeur de l'agence bancaire, que celui-ci a été informé le 12 janvier 2019 vers 20 heures, par une collaboratrice elle-même prévenue par une cliente, que cette agence avait subi des dégradations. Ces dégradations ont principalement porté sur des vitres au rez-de-chaussée et sur un distributeur automatique de billets. Il résulte également de l'instruction, et en particulier du télégramme d'information rédigé le 12 janvier 2019 par la direction départementale de la sécurité publique, ainsi que du compte-rendu de l'évènement établi le 25 mars 2019 par le directeur départemental de la sécurité publique à destination du préfet du Gard, que la manifestation de membres du mouvement " gilets jaunes ", qui s'est déroulée à Nîmes ce 12 janvier 2019, a débuté le matin vers 9 heures par un rassemblement au stade des Costières, suivi d'une déambulation dans le centre-ville, avec au plus fort 1 250 manifestants dont 250 motards. Le compte-rendu fait état d'incidents survenus vers 12 heures à proximité de la préfecture, du fait " des individus faisant partie de la frange la plus violente et radicalisée du mouvement ", les policiers s'étant trouvés confrontés à des jets de projectiles tels que balles de golf, pierres et écrous, parfois au moyen d'une fronde, mais également à des artifices de détresse, des bombes artisanales ou du mobilier urbain. Il est également fait état des moyens, gaz lacrymogènes et LBD, utilisés à plusieurs reprises dans le secteur compris entre la préfecture et les arènes pour repousser les casseurs. Enfin, le compte-rendu fait état d'un déplacement des manifestants sur le boulevard Victor Hugo, vers 17 heures 30 dans le sens montant, et de dégradations commises sur une dizaine d'établissements bancaires, dont l'agence en cause qui se trouve située à l'angle du boulevard Victor Hugo et de la place Questel. Il est précisé que d'autres incidents ont émaillé cette manifestation jusque 19 heures 30. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments précis et circonstanciés de nature à établir que les dommages auraient été le fait de groupes isolés constitués et organisés dans le seul but de commettre des délits, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'heure des dégradations ne peut être précisément établie, les dommages en cause doivent être regardés comme ayant été causés par les participants à la manifestation du 12 janvier 2019, dans le cadre de celle-ci ou dans son prolongement immédiat. Par suite, ces dégradations, qui revêtent le caractère de dommages résultant de crimes ou délits commis à force ouverte et par violence par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, sont de nature à engager la responsabilité sans faute de l'État sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
En ce qui concerne les préjudices :
4. La société requérante a indemnisé son assurée à la hauteur de 22 592,79 euros. Elle justifie suffisamment de cette dépense, en lien direct et certain avec les dégradations mentionnées au point 3, en produisant la transaction du 30 juin 2020, le rapport d'expertise amiable ainsi que huit des factures correspondantes supportées par son assurée, quand bien même l'une, d'un montant de 936 euros, n'a pas été conservée. En outre, la dépense d'expertise amiable, justifiée pour le montant de 1 305 euros, a été utile à la résolution du litige et doit être retenue.
5. Il s'en déduit que l'Etat doit être condamné à verser à la société Assurances du crédit mutuel IARD la somme qu'elle demande de 23 897,79 euros.
Sur les intérêts :
6. La société Assurances du crédit mutuel IARD a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité mentionnée au point précédent, à compter du 13 octobre 2021, date de réception de sa demande préalable.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 er : L'Etat est condamné à verser à la société Assurances du crédit mutuel IARD une indemnité d'un montant de 23 897,79 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 13 octobre 2021.
Article 2 : L'Etat versera à la société Assurances du crédit mutuel IARD une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à société anonyme Assurances du crédit mutuel IARD, et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Baccati, premier conseiller.
M. Parisien, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026