mardi 27 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2104233 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DELAVALLADE - RAIMBAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 décembre 2021 et 17 avril 2023, la société La ferme du Pezet, représentée par Me Delavallade, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions par lesquelles la direction départementale des finances publiques de Vaucluse a refusé de lui accorder le bénéfice de l'aide aux entreprises, prévue par le fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, au titre des mois de décembre 2020 à juin 2021 ;
2°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse de lui allouer cette aide aux entreprises au titre des mois concernés ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle exploite un restaurant, situé sur le territoire de la commune de Villes-sur-Auzon, qui a dû cesser toute activité en application du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- le motif du refus d'octroi de l'aide en cause est illégal car le transfert universel de patrimoine de la SARL La ferme du Pezet, intervenu au bénéfice de la société holding La ferme du Pezet, en application de l'article 1844-5 alinéa 3 du code civil, ne se confond pas avec une cession de fonds de commerce et a entrainé la transmission de l'ensemble de ses droits et obligations au 31 mars 2020, de sorte que le chiffre d'affaire de la société confondue devait être pris en compte pour le calcul de l'aide à allouer à la société confondante qui s'y est entièrement substituée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 29 mars 2022 et 15 mai 2023, la direction départementale des finances publiques de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
- les deux sociétés ont bénéficié à tort d'une aide du fonds de solidarité.
Un mémoire présenté pour la SARL La ferme du Pezet a été enregistré le 7 février 2024 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de commerce ;
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- le décret n° 2021-624 du 20 mai 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Roux,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, représentant la société requérante.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL La ferme du Pezet, qui exploitait un restaurant à Villes-sur-Auzon, dans le département de Vaucluse, a fait l'objet, le 31 mars 2020, d'une transmission universelle de patrimoine (TUP) au profit de la société de holding requérante dénommée La ferme du Pezet, sur le fondement des dispositions de l'article 1844-5 du code civil. Ce restaurant ayant été contraint d'interrompre son activité le 29 octobre 2020 en application du décret susvisé du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, cette holding a déposé auprès de l'Etat, à compter du 20 janvier 2021, dix demandes d'aide aux entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, pour les mois de la période allant de décembre 2020 à mai 2021, sur le fondement du décret susvisé du 30 mars 2020. Par les décisions successives dont la société requérante demande l'annulation, la direction départementale des finances publiques de Vaucluse a rejeté chacune de ces demandes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est institué, jusqu'au 31 août 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation () ". L'article 3 de la même ordonnance dispose : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds () ". Les articles 3-17, 3-19, 3-22, 3-24 et 3-26 du décret du 30 mars 2020 fixent les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides ainsi que leur montant selon la perte de chiffre d'affaires définie comme la différence entre le chiffre d'affaires au cours du mois pour lequel l'aide est sollicitée et le chiffre d'affaires de référence défini comme le chiffre d'affaires réalisé durant le mois de l'année 2019 correspondant au mois pour lequel l'aide est sollicitée, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019, si cette option est plus favorable à l'entreprise.
3. D'autre part, aux termes de l'article 1844-4 du code civil : " Une société, même en liquidation, peut être absorbée par une autre société ou participer à la constitution d'une société nouvelle, par voie de fusion () ". Selon l'article L. 236-3 du code de commerce, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - La fusion ou la scission entraîne la dissolution sans liquidation des sociétés qui disparaissent et la transmission universelle de leur patrimoine aux sociétés bénéficiaires, dans l'état où il se trouve à la date de réalisation définitive de l'opération. Elle entraîne simultanément l'acquisition, par les associés des sociétés qui disparaissent, de la qualité d'associés des sociétés bénéficiaires, dans les conditions déterminées par le contrat de fusion ou de scission () ".
4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'absorption d'une société par voie de fusion entraîne la dissolution sans liquidation de la société absorbée ainsi que le transfert de l'ensemble des éléments composant l'actif et le passif de cette dernière vers la société absorbante, les deux sociétés fusionnées ne formant alors qu'une seule et même personne morale.
5. Pour rejeter les demandes d'aide en litige, la direction départementale des finances publiques de Vaucluse s'est fondée sur la circonstance que la société holding requérante, qui a absorbé le 31 mars 2020 la SARL La ferme de Pezet qui exploitait précédemment le restaurant situé à Villes-sur-Auzon, selon la procédure de dissolution-confusion régie par l'article 1844-5 du code civil, ne pouvait pas se prévaloir du chiffre d'affaires réalisé par cette SARL absorbée au cours de la période de référence de l'année 2019 pour déterminer sa perte de chiffre d'affaires au titre des mois pour lesquels elle sollicitait l'aide prévue par le décret du
30 mars 2020 modifié et n'était pas, elle-même, éligible à ce dispositif d'aide, faute de constituer une société nouvellement créée.
6. Toutefois, compte tenu des effets d'une transmission universelle de patrimoine, opération qui n'entraîne pas la liquidation de la société absorbée, la société de holding requérante, en tant que société absorbante qui ne peut être considérée comme distincte de la société absorbée, doit être regardée comme ayant poursuivi l'exploitation de cette dernière. Dans ces conditions, et eu égard à l'objectif du décret susvisé du 30 mars 2020, qui institue un fonds de solidarité destiné aux entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, la société requérante était fondée à retenir comme chiffre d'affaires de référence, au sens des articles 3-17, 3-19, 3-22, 3-24 et 3-26 de ce décret applicables à l'aide sollicitée au titre des mois de décembre 2020 à mai 2021, le chiffre d'affaires mensuel moyen ou au titre du mois pertinent réalisé en 2019 par la SARL absorbée La ferme du Pezet.
7. La circonstance avancée par l'Etat en défense, selon laquelle la SARL absorbée, pour les mois d'avril, mai et juin 2020, et la société de holding requérante, au titre des mois d'octobre et novembre 2020, auraient indûment perçu respectivement les sommes de 4 500 et 11 500 euros, si elle est susceptible de fonder une répétition de celles-ci ou leur déduction du montant des aides qui leur sont effectivement dues, demeure sans incidence sur la légalité du motif fondant les décisions de refus en litige relatives à une autre période.
8. Il résulte de ce qui précède que la société de holding La ferme du Pezet est fondée à demander l'annulation des refus que l'Etat a opposés à ses demandes d'aide aux entreprises pour les mois de décembre 2020 à mai 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement qui annule les décisions de refus d'octroi de l'aide en cause pour les mois de décembre 2020 à mai 2021 en raison de l'illégalité du motif qui les fonde, sans se prononcer sur les droits de la requérante à bénéficier de cette aide ni le calcul du montant de celle-ci devant être arrêté après déduction, le cas échéant, des aides précédemment indument allouées, implique seulement qu'il soit enjoint au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse de procéder à un nouvel examen des demandes présentées par la société requérante au titre de ces différents mois, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme au titre des frais exposés par la société requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions par lesquelles la direction départementale des finances publiques de Vaucluse a refusé d'octroyer à la SARL La ferme du Pezet le bénéfice de l'aide prévue par le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 au titre des mois de décembre 2020 à mai 2021 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse de procéder à un nouvel examen des demandes de la SARL La ferme du Pezet dans un délai de deux mois à compter la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la SARL La ferme du Pezet est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL La ferme du Pezet et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 13 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.
Le président-rapporteur,
G. ROUX L'assesseur le plus ancien,
R. MOURET
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026