mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2104250 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ROCHETEAU UZAN-SARANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2021, la Fédération départementale des chasseurs du Gard, représentée par la SCP Rocheteau, Uzan-Sarano et Goulet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 539 459,12 euros en réparation des préjudices subis correspondant à l'ensemble des indemnisations acquittées depuis l'exercice 2015-2016 sur la base de la grille d'indemnisation qu'elle estime être illégale, assortie des intérêts de retard au taux légal et des intérêts capitalisés et, à défaut, à lui verser la somme de 609 989,04 euros en réparation des préjudices subis correspondant à l'écart observé entre les indemnisations effectivement acquittées et les indemnisations qui auraient dû être acquittées sur la base d'un taux de réduction de 80%, assortie des intérêts de retard au taux légal et des intérêts capitalisés ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est fondée à engager la responsabilité de l'Etat en raison, d'une part, de l'application illégale de la grille d'indemnisation arrêtée le 10 mars 2015, laquelle n'était pas valablement entrée en vigueur et, d'autre part, de l'illégalité intrinsèque de cette grille, qui est contestable d'un point de vue statutaire, légal et financier et entachée d'imprécision ;
- à ce titre, elle est fondée à réclamer la somme de 2 539 459,12 euros correspondant aux indemnisations qu'elle a dû acquitter en application de la grille d'indemnisation en litige et, à défaut, la somme de 609 989,04 euros en tenant compte du taux de réduction de 80%.
Par un mémoire, enregistré le 14 décembre 2023, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
La procédure a été communiquée au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision n° 2021-963 QPC du Conseil constitutionnel du 20 janvier 2022 ;
- le code de l'environnement ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aymard,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux courriers en date du 20 août 2020 adressés respectivement au ministre de la transition écologique et au ministre de l'agriculture, la Fédération départementale des chasseurs du Gard a sollicité de l'Etat une indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait, d'une part, de l'application de la grille d'indemnisation arrêtée le 10 mars 2015 par la commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier, laquelle n'était pas valablement entrée en vigueur selon la requérante, et, d'autre part, de l'illégalité intrinsèque de cette grille. Par ces courriers, la Fédération départementale des chasseurs du Gard a demandé à l'Etat de lui verser une indemnisation d'un montant de 2 539 459,12 euros ramené, à défaut, à 609 989,04 euros. En l'absence de réponse à ces courriers, la Fédération départementale des chasseurs du Gard demande au tribunal de faire droit à sa demande indemnitaire.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 426-1 du code de l'environnement : " En cas de dégâts causés aux cultures, aux inter-bandes des cultures pérennes, aux filets de récoltes agricoles ou aux récoltes agricoles soit par les sangliers, soit par les autres espèces de grand gibier soumises à plan de chasse, l'exploitant qui a subi un dommage nécessitant une remise en état, une remise en place des filets de récolte ou entraînant un préjudice de perte de récolte peut réclamer une indemnisation sur la base de barèmes départementaux à la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs ". Aux termes de l'article L. 426-3 de ce code : " L'indemnisation mentionnée à l'article L. 426-1 pour une parcelle culturale n'est due que lorsque les dégâts sont supérieurs à un seuil minimal. () / En tout état de cause, l'indemnité fait l'objet d'un abattement proportionnel. / En outre, cette indemnité peut être réduite s'il est constaté que la victime des dégâts a une part de responsabilité dans la commission des dégâts. La Commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier, visée à l'article L. 426-5, détermine les principales règles à appliquer en la matière. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 426-5 du même code : " () La fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs prend à sa charge les dépenses liées à l'indemnisation et à la prévention des dégâts de grand gibier. () ".
3. La grille nationale de réduction de l'indemnisation établie le 10 mars 2015 par la Commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier prévoit les cas justifiant une réduction de l'indemnisation des dégâts de gibier, en application des articles L. 426-3 et R. 426-5 du code de l'environnement. Au nombre de ces cas figure celui tenant au " refus du réclamant de faciliter et de participer à la mise en place d'une prévention dans le respect des dispositions du schéma départemental de gestion cynégétique en dehors des zones présentant les dégâts significativement les plus importants du département " (cas n° 5). Au titre des " observations " mentionnées en marge de ces dispositions, la commission précise que : " () La prévention, mise en œuvre dans les zones présentant les dégâts significativement les plus importants du département, est entièrement à la charge de la Fédération ou des chasseurs sauf contractualisation particulière avec le réclamant. Dans ce cas de figure, aucune réduction ne pourra être appliquée sur ce fondement ".
4. D'une part, contrairement à ce que soutient la requérante, les mentions relatives au cas n° 5 de la grille du 10 mars 2015 citées au point 3, qui se bornent à déterminer, selon les termes de l'article L. 426-3 du code de l'environnement, les principales règles à appliquer pour la réduction de l'indemnité, sont suffisamment claires et précises. Par suite, le moyen tiré de leur inintelligibilité doit être écarté.
5. D'autre part, si la requérante critique les observations mentionnées en marge des mentions du cas n° 5 citées au point 3, celles-ci ne sauraient avoir ni pour objet ni pour effet de créer des obligations nouvelles à la charge des fédérations départementales de chasseurs. Par suite, les moyens tirés de ce qu'il résulterait de ces mentions des sujétions mises à la charge des fédérations départementales excédant celles prévues par la loi, en méconnaissance de leurs statuts ainsi que du code de l'environnement, du code du travail et du code rural et de la pêche maritime, qui par leur caractère injustifié et exorbitant porteraient atteinte à la liberté d'association, au principe d'égalité devant les charges publiques et au droit de propriété garantis par la Constitution et par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent, en tout état de cause, qu'être écartés.
6. Il résulte de ce qui précède que la Fédération départementale des chasseurs du Gard n'est pas fondée à soutenir que la grille nationale de réduction de l'indemnisation établie le 10 mars 2015 par la Commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier serait illégale et à rechercher la responsabilité de l'Etat à ce titre.
7. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 426-5 du code de l'environnement, relatif à la procédure non contentieuse d'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier aux cultures et aux récoltes agricoles : " La fédération départementale des chasseurs instruit les demandes d'indemnisation et propose une indemnité aux réclamants selon un barème départemental d'indemnisation. Ce barème est fixé par la commission départementale compétente en matière de chasse et de faune sauvage qui fixe également le montant de l'indemnité en cas de désaccord entre le réclamant et la fédération départementale des chasseurs. Une Commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier fixe chaque année, pour les principales denrées, les valeurs minimale et maximale des prix à prendre en compte pour l'établissement des barèmes départementaux. Elle fixe également, chaque année, aux mêmes fins, les valeurs minimale et maximale des frais de remise en état. Lorsque le barème adopté par une commission départementale ne respecte pas les valeurs ainsi fixées, la Commission nationale d'indemnisation en est saisie et statue en dernier ressort. Elle peut être saisie en appel des décisions des commissions départementales. ".
8. La requérante se prévaut de l'illégalité de la lettre du 21 juillet 2015 par laquelle le président de la Fédération nationale des chasseurs a transmis aux Fédérations départementales des chasseurs la délibération de la Commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier du 10 mars 2015 adoptant la grille nationale de référence fixant les motifs et les taux applicables à la procédure de réduction des indemnisations des dégâts commis aux cultures par le grand gibier s'il est constaté que la victime des dégâts a une part de responsabilité dans la commission de ceux-ci. Si la lettre précitée, qui avait non seulement pour objet de transmettre aux Fédérations départementales des chasseurs la grille adoptée par la Commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier, dont la charge financière relève de ces fédérations, mais également de préciser la date de l'entrée en vigueur de cette grille, a été annulée par la décision n° 431832 du Conseil d'Etat en date du 14 juin 2021 et si la requérante fait valoir, en outre, qu'aucune date d'entrée en vigueur n'avait été expressément prévue par la Commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier, de telles circonstances sont toutefois, en elles-mêmes, sans incidence sur la légalité et l'entrée en vigueur de la grille arrêtée le 10 mars 2015. En tout état de cause, dès lors que, comme il a été dit précédemment, les dispositions contestées par la requérante ne sauraient avoir ni pour objet ni pour effet de créer des obligations nouvelles à la charge des fédérations départementales de chasseurs, l'absence d'entrée en vigueur régulière de la grille arrêté le 10 mars 2015 qu'elle invoque n'a pu avoir d'incidence sur les indemnisations que la Fédération départementale des chasseurs du Gard était tenue de verser. Au demeurant, alors qu'en application des dispositions précitées au point 7 les indemnisations acquittées par la Fédération départementale des chasseurs du Gard ont été déterminées en fonction du barème départemental d'indemnisation instauré par la commission départementale compétente en matière de chasse et de faune sauvage dans le département du Gard, la requérante n'établit, ni même n'allègue, que ce barème départemental du Gard serait illégal ou ne serait pas valablement entré en vigueur, de sorte que, en l'absence de lien direct établi entre le fait générateur de responsabilité invoqué par la requérante et le préjudice dont elle se prévaut, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée à ce titre.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la Fédération départementale des chasseurs du Gard doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la Fédération départementale des chasseurs du Gard est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Fédération départementale des chasseurs du Gard, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
Le rapporteur,
F. AYMARD
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026