vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200041 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ABEILLE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 7 janvier 2022 ainsi que les 28 avril, 10 mai et 3 août 2023, M. A B et Mme F C épouse B, agissant en leur nom propre et au nom de leur fille alors mineure D B, représentés par Me Bertuzzi, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier (CH) d'Orange à leur verser une somme totale de 549'371,84 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis à la suite de la prise en charge de M. B par cet établissement ;
2°) de mettre à la charge de cet établissement la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- dans la prise en charge de M. B, l'établissement de santé a commis plusieurs fautes, de nature à engager sa responsabilité ;
- le retard dans la prise en charge constitue la cause exclusive des séquelles dont il est affecté ; ainsi la responsabilité de l'établissement est pleinement engagée ;
- les préjudices subis par la victime directe s'établissent comme suit : frais divers 27'091,40 euros, déficit fonctionnel temporaire 15'150 euros, souffrances endurées 21'000 euros, préjudice esthétique temporaire 5'000 euros, frais de logement adapté 9'856,22 euros, assistance par tierce personne 259'524,22 euros, déficit fonctionnel permanent 96'750 euros, préjudice d'agrément 20'000,00 euros, préjudice esthétique permanent 10'000 euros, et préjudice sexuel 20'000 euros, soit au total 484'371,84 euros ;
- les préjudices subis par son épouse s'établissent comme suit : préjudice sexuel : 20 000 euros, et préjudice d'affection 30 000 euros, soit au total 50 000 euros ;
- le préjudice subi par leur fille D s'établit à 15 000 euros.
Par des mémoires enregistrés le 29 juillet 2022 et le 3 avril 2023, la Caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, représentée par Me Kostova, demande au tribunal :
1°) de condamner le CH d'Orange et le Dr E ou tout succombant à lui verser la somme de 163 619,39 euros, avec intérêts, au titre de ses débours ;
2°) de mettre à la charge de cet établissement une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 septembre 2022, et les 20 avril et 3 août 2023, le CH d'Orange, représenté par Me Zandotti, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête des consorts B et la demande de la Caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes ;
2°) subsidiairement, de limiter sa responsabilité à une perte de chance mineure en ordonnant une expertise pour déterminer les préjudices qui lui sont imputables ;
3°) subsidiairement encore, de ramener la réparation des préjudices à de plus justes proportions.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2022.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaitre des conclusions de la Caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes dirigées contre le docteur E, médecin exerçant dans un établissement privé de santé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- et les observations de Me Laroque, pour le CH d'Orange.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été hospitalisé au CH d'Orange du 7 au 8 juin 2018, pour une symptomatologie douloureuse aigue précordiale à type d'oppression. Le 14 juin, il a été réhospitalisé dans cet établissement pour des céphalées et un déficit sensitivo-moteur des membres inférieurs, après avoir présenté, la nuit précédente, des algies dorsales interscapulaires. Une imagerie par résonance magnétique a conclu à un hématome intrarachidien et une intervention chirurgicale et été réalisée le jour même en urgence, dans un établissement privé, pour évacuer cet hématome. L'hospitalisation de M. B s'est poursuivie jusqu'à la fin du mois de février 2019, avant qu'il réalise plusieurs séjours en soins de suite et de réadaptation. Le 12 janvier 2021, M. B a été victime d'un accident vasculaire cérébral ischémique qui a nécessité une nouvelle hospitalisation au CH d'Orange, jusqu'au 8 février 2021. Il présente désormais une paraplégie incomplète avec des troubles sphinctériens. S'estimant victime de préjudices qu'il impute aux soins reçus dans sa première prise en charge par le CH d'Orange, M. B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI). Cette commission a demandé une expertise, dont le rapport lui a été remis le 30 avril 2021. Elle a rejeté le 22 novembre 2021 la demande présentée par M. B. Par la présente requête M. B, son épouse et leur fille mineure demandent au tribunal de condamner le CH d'Orange à réparer les préjudices qu'ils estiment avoir subis à la suite de la prise en charge de M. B par cet établissement.
Sur la recevabilité :
2. Les conclusions de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes dirigées contre le docteur E, médecin libéral exerçant dans un établissement de santé privé, ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative. Il y a lieu, par suite, de rejeter ces conclusions comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.
Sur la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise réalisée à la demande de la CCI, que M. B s'est présenté le 7 juin 2018 au service d'accueil des urgences du CH d'Orange pour une douleur précordiale à type d'oppression, apparue la veille vers 15 heures. Alors âgé de 69 ans, il présentait des antécédents de fibrillation auriculaire, d'hypertension artérielle, d'épilepsie et d'infarctus rénal, et il suivait un traitement oral anticoagulant. Hospitalisé pendant 24 heures en unité de soins de très courte durée, M. B a bénéficié d'un bilan cardiaque et d'un scanner cérébral, interprétés comme normaux, d'examens neurologiques et d'une consultation cardio-pulmonaire, dont les résultats ont été normaux également. Il a été placé sous Paracétamol et son état général s'est amélioré, avec une diminution des douleurs malgré la persistance des douleurs de la nuque. Un diagnostic de probable syndrome viral a alors été posé, et M. B a été invité le 8 juin 2018 à regagner son domicile, avec la consigne de consulter à nouveau en cas d'absence d'amélioration. Six jours plus tard, le 14 juin 2018, il s'est à nouveau présenté au CH d'Orange pour des céphalées et un déficit sensitivo-moteur des membres inférieurs, après avoir présenté, dans la nuit précédente, des algies dorsales interscapulaires. Un avis neurologique a été demandé et une imagerie par résonnance magnétique (IRM) médullaire a été réalisée. Cet examen a conclu à un hématome intrarachidien de C5 à T5, prédominant en C7T1. Le jour même, M. B a été opéré en urgence dans un établissement privé, pour évacuer cet hématome, et l'intervention a permis de mettre à jour un cavernome, par la suite confirmé histologiquement.
5. Il résulte également de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise, que le saignement du cavernome médullaire, favorisé par le traitement anticoagulant au long cours, est à l'origine de l'hématome sous-dural cervico-dorsal. La pathologie s'est révélée en deux temps, d'abord avec le saignement, responsable du tableau algique sans déficit neurologique apparu dès le 6 juin 2018, puis avec la compression médullaire, à l'origine de la paraplégie apparue le 14 juin suivant.
6. Lors de sa première hospitalisation du 7 juin 2018, M. B a bénéficié comme il a été dit d'un bilan cardiaque et d'un scanner cérébral, d'examens neurologiques et d'une consultation cardio-pulmonaire, dont les résultats ont été normaux. L'expert souligne avec insistance que les cavernomes médullaires et les hématomes intrarachidiens sont des pathologies rares, d'un diagnostic qu'il qualifie de " particulièrement difficile ". Il précise après une revue de la littérature médicale, parue entre 1980 et 2021, que toutes les publications qualifient la survenue de tels hématomes, en présence d'un traitement anticoagulant, de très rare, extrêmement rare ou peu commune. L'expert précise que le diagnostic de " probable syndrome viral " posé le 7 juin 2018 ne reposait sur aucun argument médical, et que le contexte d'un patient sous anticoagulants, avec des antécédents de phlébite et dont la douleur thoracique migre vers le dos, devait inciter à prolonger l'hospitalisation afin de réaliser un scanner à la recherche d'une dissection aortique ou d'une embolie. Toutefois, s'il ajoute qu'un tel examen par scanner " aurait pu " faire découvrir l'hématome, et faire compléter le bilan par une IRM médullaire, c'est à titre totalement hypothétique. Enfin, le 13 juin 2018, veille de l'apparition de la paraplégie, M. B a consulté un médecin de ville, qui n'a constaté aucun déficit de cette nature.
7. Dans ces conditions, la circonstance que le centre hospitalier d'Orange n'a décelé que le 14 juin 2018 la présence de l'hématome sous-dural, à l'origine des dommages subis par M. B, ne peut être regardée comme un retard de diagnostic, constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête de M. B doivent être rejetées.
8. Doit également être rejeté, pour le même motif, le surplus des conclusions de la Caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes dirigé contre cet établissement et tendant au remboursement de ses débours, en ce comprises celles tendant au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge du CH d'Orange.
D E C I D E :
Article 1 er : Les conclusions de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes dirigées contre le docteur E sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, premier requérant désigné, à Me Bertuzzi, au centre hospitalier d'Orange, à la Caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes et au Dr E.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Baccati, premier conseiller.
M. Parisien, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026