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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200083

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200083

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200083
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantANDJERAKIAN NOTARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2022, la société civile immobilière 4 les Jardins de la Croix blanche et M. A, représentés par Me Andjerakian-Notari, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de rétablir les résultats que cette société a déclarés au titre de ses exercices clos en 2014 et 2015 ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités correspondantes qui ont été assignées à M. A au titre de l'année 2014 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les ventes en l'état de futur achèvement (VEFA) ont la nature de contrats à long terme dont le plan comptable général autorise la comptabilisation soit selon la méthode de l'achèvement, soit selon la méthode de l'avancement ;

- la société a appliqué à l'opération " Le Clos Bastien " la méthode de comptabilisation à l'avancement dont elle a fait une exacte application ;

- dès lors, le service ne pouvait lui faire application de la méthode à l'achèvement ;

- les déclarations correspondantes ont été établies par un comptable qui avait seul la compétence pour imputer les opérations au bon exercice ; ainsi l'administration n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère délibéré du manquement.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête de la SCI 4 les Jardins de la Croix blanche et de M. A.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est le gérant et l'associé, à la hauteur de 90 %, de la SCI 4 les Jardins de la Croix blanche qui exerce une activité de construction-vente. Cette société a acquis le 1er mars 2013, sur le territoire de la commune de Meyrargues, un bien immobilier constitué d'une maison d'habitation édifiée sur un terrain. Elle a procédé à une division cadastrale, cédé la maison d'habitation et réalisé un ensemble immobilier dénommé " Le Clos Bastien ". Cet ensemble a été vendu en 5 lots, en l'état de futur achèvement (VEFA), entre le 25 novembre 2013 et le 9 janvier 2015, puis livré au mois de juin 2015. La société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au terme de laquelle le service a estimé notamment qu'elle avait méconnu les règles d'annualité applicables à la détermination de l'assiette d'imposition des bénéfices industriels et commerciaux. Il en a déduit pour la société un rehaussement des bases d'imposition au titre de l'année 2014, le résultat devenant bénéficiaire, et une diminution au titre de l'année 2015, le résultat devenant déficitaire. Puis il a tiré les conséquence de ses constatations en assignant à M. A une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014. La SCI 4 les Jardins de la Croix blanche et M. A doivent être regardés comme demandant au tribunal, respectivement, de rétablir les résultats qu'elle a déclarés au titre de ses exercices clos en 2014 et 2015, et de le décharger de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de la pénalité correspondante qui lui a été assignée au titre de l'année 2014.

Sur le bien-fondé :

2. D'une part, aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ( ) ". Selon le 2 bis du même article : " Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. Toutefois, ces produits doivent être pris en compte : a. Pour les prestations continues rémunérées notamment par des intérêts ou des loyers et pour les prestations discontinues mais à échéances successives échelonnées sur plusieurs exercices, au fur et à mesure de l'exécution ; b. Pour les travaux d'entreprise donnant lieu à réception complète ou partielle, à la date de cette réception, même si elle est seulement provisoire ou faite avec réserves, ou à celle de la mise à la disposition du maître de l'ouvrage si elle est antérieure. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 38 quater de l'annexe III au code général des impôts : " Les entreprises doivent respecter les définitions édictées par le plan comptable général, sous réserve que celles-ci ne soient pas incompatibles avec les règles applicables pour l'assiette de l'impôt ".

4. L'article 622-1 du plan comptable général accorde aux entreprises, pour les contrats de longue durée, la faculté de choisir entre, d'une part, une comptabilisation des produits à l'achèvement de la prestation, et, d'autre part, la méthode comptable dite " à l'avancement ", permettant un rattachement des produits au fur et à mesure de l'exécution de la prestation. Toutefois, cette seconde possibilité n'est pas compatible avec la règle fiscale prévue par le 2 bis de l'article 38 du code général des impôts. Ces dispositions prévoient le rattachement des produits à l'exercice de la livraison, sous la seule réserve des exceptions qu'elle prévoit. Il ne résulte pas de l'instruction que la société entrerait dans ces exceptions, ce qui n'est d'ailleurs pas soutenu par les requérants. Dès lors, ceux-ci ne peuvent utilement soutenir qu'il a été fait une exacte application de la règle comptable de l'avancement.

5. Il s'en déduit que la SCI 4 les Jardins de la Croix blanche et M. A ne sont pas fondés à demander, respectivement, de rétablir les résultats qu'elle a déclarés au titre de ses exercices clos en 2014 et 2015, et la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu qui lui a été assignée au titre de l'année 2014.

Sur les pénalités :

6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

7. Pour infliger à M. A la pénalité prévue par ces dispositions, la vérificatrice a relevé que l'intéressé, professionnel de l'immobilier, ne pouvait ignorer les règles de rattachement prévues par les dispositions précitées dont il est fait application par un professionnel normalement avisé . Elle a relevé en outre que la méconnaissance de ces règles a permis à M. A d'éluder l'impôt sur le revenu dont il était redevable. Ce faisant, et sans que l'intéressé puisse utilement invoquer les insuffisances du cabinet comptable de la société, le service doit être regardé comme apportant la preuve qui lui incombe du manquement et de son caractère délibéré. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de la SCI 4 les Jardins de la Croix blanche et de M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de la SCI 4 les Jardins de la Croix blanche et de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière 4 les Jardins de la Croix blanche, à M. A, et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller,

Mme Achour, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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