mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200119 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DEYGAS PERRACHON & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2022, la SCI Toti, représentée par Me Arnaud, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Bollène à lui verser la somme de 177 200 euros, somme " à parfaire le jour du jugement le cas échéant ", en réparation des préjudices subis du fait du changement intervenu dans les dispositions du plan local d'urbanisme applicables à sa propriété ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bollène la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'application des dispositions de l'article UE2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) restreint significativement les possibilités d'exploitation de son bien ;
- l'institution de cette servitude d'urbanisme engage la responsabilité sans faute de la commune au titre de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme ;
- elle engage la responsabilité sans faute de la commune au titre de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les dispositions de l'article UE2 du règlement du PLU sont illégales au regard de l'article R. 151-30 du code de l'urbanisme et engagent la responsabilité pour faute de la commune.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, la commune de Bollène, représentée par la SARL Cazin Marceau Avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence de démonstration de l'existence juridique de la SCI Toti et de la capacité à agir en justice de son représentant ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment l'article 1er du protocole additionnel ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Me Berset pour la SCI Toti et celles de Me Dubois pour la commune de Bollène.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Toti est propriétaire, sur le territoire de la commune de Bollène, d'une parcelle cadastrée section A n° 1 491 sur laquelle est édifiée un bâtiment à usage commercial. Elle demande au tribunal de condamner la commune à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'approbation, le 26 septembre 2017, des dispositions de l'article UE2 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à son terrain, aux termes desquelles sont admis en zone UE : " - les commerces, locaux artisanaux si la capacité d'accueil des établissements recevant du public non sensibilisés au risque nucléaire n'excède pas 20 personnes ; - l'extension et l'aménagement des ERP existants non sensibilisés au risque nucléaire, dont la capacité d'accueil excède 20 personnes, sous réserve de ne pas augmenter cette capacité d'accueil".
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
2. En premier lieu, en application de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme : " N'ouvrent droit à aucune indemnité les servitudes instituées par application du présent code en matière de voirie, d'hygiène et d'esthétique ou pour d'autres objets et concernant, notamment, l'utilisation du sol, la hauteur des constructions, la proportion des surfaces bâties et non bâties dans chaque propriété, l'interdiction de construire dans certaines zones et en bordure de certaines voies, la répartition des immeubles entre diverses zones. Toutefois, une indemnité est due s'il résulte de ces servitudes une atteinte à des droits acquis ou une modification à l'état antérieur des lieux déterminant un dommage direct, matériel et certain. Cette indemnité, à défaut d'accord amiable, est fixée par le tribunal administratif, qui tient compte de la plus-value donnée aux immeubles par la réalisation du plan local d'urbanisme approuvé ou du document en tenant lieu. ".
3. Ces dispositions instituent un régime spécial d'indemnisation exclusif de l'application du régime de droit commun de la responsabilité sans faute de l'administration pour rupture de l'égalité devant les charges publiques. Elles ne font toutefois pas obstacle à ce que le propriétaire dont le bien est frappé d'une servitude prétende à une indemnisation dans le cas exceptionnel où il résulte de l'ensemble des conditions et circonstances dans lesquelles la servitude a été instituée et mise en œuvre, ainsi que de son contenu, que ce propriétaire supporte une charge spéciale et exorbitante, hors de proportion avec l'objectif d'intérêt général poursuivi.
4. Il résulte de l'instruction que l'activité de restauration qui était exercée au sein du bâtiment appartenant à la SCI Toti a cessé dès février 2017, antérieurement à l'adoption, le 26 septembre suivant, des dispositions de l'article UE2 qui ne saurait donc en être la cause. En outre, en interdisant l'accueil de plus de 20 personnes au sein des établissements recevant du public, l'application de ces dispositions ne prive pas la SCI Toti de la jouissance de son bien et notamment de son droit d'utiliser, d'exploiter ou de louer ce bâtiment, situé au sein de la zone d'activité du Sactar, à d'autres fins, telles qu'y accueillir des activités commerciales, artisanales ou de stockage répondant à ses caractéristiques. La société requérante ne produit, au demeurant, aucun élément établissant qu'elle aurait subi, du fait de l'entrée en vigueur de cette disposition, un quelconque préjudice financier. Au vu de ces éléments, il n'apparait pas que la mesure en cause fasse supporter à la SCI Toti une charge disproportionnée au regard de l'objectif d'intérêt général poursuivi de limitation du nombre de personnes exposées aux risques engendrés par la proximité de la centrale nucléaire de Tricastin. Par ailleurs, dès lors qu'elle s'applique à l'ensemble des terrains classés en zone UE, cette servitude ne saurait davantage être regardée comme créant pour elle une charge spéciale au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme. La responsabilité sans faute de la commune de Bollène ne saurait donc être engagée sur leur fondement.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. () / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général () ".
6. Les stipulations ci-dessus reproduites du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui ont pour objet d'assurer un juste équilibre entre l'intérêt général et les impératifs de sauvegarde du droit de propriété, laissent au législateur une marge d'appréciation étendue, en particulier pour mener une politique d'urbanisme, tant pour choisir les modalités de mise en œuvre d'une telle politique que pour juger si leurs conséquences se trouvent légitimées, dans l'intérêt général, par le souci d'atteindre les objectifs poursuivis par la loi. Eu égard, au caractère limité de la restriction au droit de propriété qu'entraine l'application des dispositions en cause de l'article UE2, de leur caractère proportionné à l'objectif d'intérêt général de préservation de la sécurité publique qu'elles poursuivent en visant à limiter l'exposition des personnes aux risques liés à la présence de la centrale nucléaire de Tricastin auquel cette zone est exposée et au droit à indemnisation qu'ouvrent les dispositions de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme au propriétaire, dans le cas exceptionnel où il résulte de l'ensemble des conditions et circonstances dans lesquelles la servitude a été instituée et mise en œuvre, ainsi que de son contenu, qu'il supporte une charge spéciale et exorbitante, hors de proportion avec l'objectif général poursuivi, l'entrée en vigueur des dispositions de l'article UE2 ne porte pas une atteinte au droit de propriété contraire aux stipulations de l'article 1er du 1er protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
7. Aux termes de l'article R. 151-30 du code de l'urbanisme : " Pour des raisons de sécurité ou salubrité ou en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, le règlement peut, dans le respect de la vocation générale des zones, interdire : 1° Certains usages et affectations des sols ainsi que certains types d'activités qu'il définit ; 2° Les constructions ayant certaines destinations ou sous-destinations. "
8. Contrairement à ce qui est soutenu, la limitation de la capacité d'accueil des établissements recevant du public instituée par l'article UE2 du règlement du PLU conduit à interdire certains types d'activités et entre ainsi dans le champ du 1° de l'article précité. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité pour faute de la commune est engagée en raison de l'illégalité de ces dispositions.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'indemnisation de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Bollène, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI Toti une somme à verser à la commune de Bollène.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Toti est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bollène sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Toti et à la commune de Bollène.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 où siégeaient :
- M. Roux, président,
- Mme Lahmar, conseillère,
- M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La rapporteure,
L. LAHMAR
Le président,
G. ROUXLa greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026