lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200144 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 janvier 2022 et 24 mars 2022, M. A B doit être regardé comme demandant exclusivement au tribunal d'annuler la décision du 20 décembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental du Vaucluse a rejeté le recours qu'il a formé contre la décision mettant à sa charge une dette de 11 004,36 euros contractée au titre du revenu de solidarité active pour la période du 1er décembre 2019 au 31 octobre 2021 et a laissé à sa charge l'indu correspondant
Il soutient que :
- il n'a pu revenir sur le territoire français en raison de la fermeture des frontières résultant des mesures prises par les Etats pour lutter contre la propagation du virus covid-19 et son absence relève d'un cas de force majeure ;
- l'adresse mentionnée en Algérie dans le jugement de divorce a pour seule finalité de faciliter la procédure de divorce ;
- il réside en France et ne se rend en Algérie qu'occasionnellement.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, le conseil départemental de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le département n'est pas compétent en matière de prime exceptionnelle de fin d'année ;
- M. B a dissimulé ses sorties du territoire français, dès lors que, d'une part, il n'a effectué aucun retrait ou paiement utilisant son compte bancaire en France, d'autre part, qu'il avait connaissance de son obligation de résidence en France pour bénéficier du revenu de solidarité active mais a sciemment dissimulé sa résidence hors de France pour pouvoir subvenir à ses besoins en Algérie.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle n'est pas compétente s'agissant du revenu de solidarité active,
- M. B n'étant pas bénéficiaire du revenu de solidarité active en conséquence de la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, le requérant ne pouvait bénéficier en tout état de cause de la prime exceptionnelle de fin d'année subordonnée au bénéfice du revenu de solidarité active pour le mois de novembre ou décembre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique
le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 4 juillet 2022.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 22 novembre 2021, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de M. B une dette de 11 004,36 euros contractée au titre du revenu de solidarité active pour la période du 1er décembre 2019 au 31 octobre 2021. Par deux courriers du 1er décembre 2021, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire pour contester le bienfondé de l'indu. Par un courrier du 20 décembre 2021, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a rejeté sa demande. Par le présent recours, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur le bienfondé de l'indu de revenu de solidarité active :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ".
3. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu et qu'il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
5. Il résulte de ces dispositions que pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête émis le 26 octobre 2021 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, et des photocopies des pages du passeport de M. B produit par la caisse d'allocations familiales de Vaucluse, que l'intéressé a séjourné en dehors du territoire français du 31 octobre 2019 au 19 décembre 2019 et du 28 décembre 2019 au 14 octobre 2021 soit 288 jours. Il ne remplissait pas dès lors les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active au cours de la période en cause. Si M. B justifie la durée de son séjour en Algérie par la longueur des procédures civiles de divorce dans ce pays et par la fermeture des frontières, ces circonstances sont sans incidence sur l'obligation pesant sur lui de justifier d'une résidence en France pour bénéficier du revenu de solidarité active, obligation à laquelle il ne peut échapper en se prévalant de la force majeure. Au surplus, il apparaît que l'absence de déclaration aux services de la caisse d'allocations familiales, réitérée dans le temps, par M. B de ses nombreux séjours à l'étranger caractérise un manquement à ses obligations déclaratives. Dans ces conditions, c'est à bon droit que président du conseil départemental du Gard a rejeté sa contestation de l'indu.
Sur la remise de l'indu de revenu de solidarité active :
7. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
8. A supposer même que M. B ait entendu également se placer sur le terrain de la remise gracieuse, la procédure de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ne crée aucun droit à remise de dette au profit des attributaires du revenu de solidarité active qui sont débiteurs de sommes qui leur ont été indûment versées. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
9. Il résulte de l'instruction que M. B a commis des fausses déclarations en omettant de déclarer son absence prolongée hors de France. Eu égard à la finalité de la condition de résidence et l'impossibilité dans laquelle était le requérant de l'ignorer, aucune une remise gracieuse ne pouvait lui être accordée. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département de Vaucluse et à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le président,
J. C
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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