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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200169

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200169

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200169
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 janvier 2022, le 4 décembre 2023 et le 25 juin 2024, la société en nom collectif Eiffage Route Grand Sud, représentée par la SELARL Blum - Engelhard - de Cazalet, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Santerne Camargue à lui verser la somme totale de 27 345,54 euros toutes taxes comprises en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

2°) de mettre à la charge de la société Santerne Camargue la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le présent litige relève de la compétence de la juridiction administrative ;

- la société Santerne Camargue, exerçant sous l'enseigne Citeos, a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité à son égard lors de la réalisation de travaux d'installation de réseaux secs sur le territoire de la commune de Garons ;

- elle a subi un préjudice qui devra être réparé à hauteur de 27 345,54 euros toutes taxes comprises, cette somme correspondant aux frais de réparation, d'un montant de 26 145,24 euros, mis à sa charge par un titre exécutoire émis par le président de la communauté d'agglomération de Nîmes Métropole, ainsi qu'à la somme de 1 200 euros mise à sa charge par le jugement du tribunal administratif de Nîmes rejetant sa requête dirigée contre ce titre exécutoire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 novembre 2023 et le 4 juin 2024, la société par actions simplifiée Santerne Camargue, représentée par l'AARPI BLC avocats, conclut, à titre principal, à l'incompétence de la juridiction administrative, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la compétence de la juridiction administrative devra être confirmée par le tribunal ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la société requérante a commis une faute, la fibre ayant été endommagée en deux points distincts, dont l'un sur le réseau existant en dépit de l'existence des plans sur lesquels les réseaux étaient apparents ;

- la société requérante ne s'est pas tenue informée des modifications apportées au projet en cours de chantier et n'a pas sollicité les plans de récolement ;

- le sinistre est imputable au maître d'œuvre ainsi qu'à la société requérante ;

- le montant du préjudice allégué n'est pas justifié et le lien de causalité n'est pas établi ;

- la société requérante a, en tout état de cause, contribué à la réalisation de la majeure partie de son propre préjudice en raison de sa présence préalable sur le chantier et de sa négligence à contester le quantum de la créance objet du titre exécutoire émis à son encontre ;

- la société requérante a omis de faire valoir la part de responsabilité imputable au maître d'œuvre et au conducteur de travaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public,

- et les observations de Me Bouillon, représentant la société Eiffage Route Grand Sud.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de l'aménagement du giratoire de l'entrée nord de la commune de Garons sur la route départementale 442, la société Eiffage Route Méditerranée, chargée par cette commune de la réalisation des travaux du lot n° 1 - voirie et réseaux divers -, a, au cours du mois de juillet 2018, accidentellement endommagé trois fourreaux en polychlorure de vinyle installés par la société Santerne Camargue, exerçant sous l'enseigne Citeos, titulaire du lot n° 2 - réseaux secs -, dont un fourreau contenant un câble de fibre optique qui venait d'y être inséré pour le compte de la communauté d'agglomération de Nîmes Métropole. Le 29 mars 2019, le président de cet établissement public de coopération intercommunale a émis à l'encontre de la société Eiffage Route Méditerranée un titre exécutoire d'un montant de 26 145,24 euros, correspondant aux frais de réparation du réseau de fibre optique ainsi endommagé. Par un jugement du 4 juin 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté la requête de la société Eiffage Route Méditerranée tendant à l'annulation de ce titre exécutoire et a mis à la charge de cette société une somme de 1 200 euros au titre des frais d'instance. La société Eiffage Route Grand Sud, venue aux droits de la société Eiffage Route Méditerranée, demande au tribunal de condamner la société Santerne Camargue à lui verser la somme de 27 345,54 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes qui auraient été commises par cette société participant à l'exécution de cette opération de travaux publics.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, quel que soit le fondement juridique de l'action engagée, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé et que le litige concerne l'exécution de ce contrat.

3. La société Eiffage Route Grand Sud recherche la responsabilité de la société Santerne Camargue, à laquelle elle n'est pas liée par un contrat de droit privé, en raison des fautes commises par elle à l'occasion de la réalisation de l'opération de travaux publics mentionnée au point 1 réalisée sous la maîtrise d'ouvrage de la commune de Garons. Le présent litige opposant des participants à l'exécution de travaux publics, les conclusions indemnitaires de la société requérante relèvent de la compétence de la juridiction administrative.

Sur la responsabilité :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du plan d'exécution établi le 6 juin 2018 par la société Santerne Camargue, exerçant sous l'enseigne Citeos, que la portion litigieuse du réseau sec contenant la fibre optique devait être implantée sous l'accotement de la route départementale 442. Le procès-verbal de constat établi le 20 juillet 2018 par un huissier de justice et le constat contradictoire de dommage daté du même jour font apparaître que les trois fourreaux et le câble de fibre optique qui ont été sectionnés accidentellement se trouvaient sous la chaussée de cette voie publique et non sous son accotement. Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas des comptes rendus de travaux versés aux débats, qu'une modification du lieu d'implantation du réseau sec contenant la fibre optique aurait été décidée au cours du chantier. Dans ces conditions, en modifiant le lieu d'implantation de la portion litigieuse de ce réseau sec sans en avoir informé préalablement les autres participants à l'exécution de l'opération de travaux publics en cause, la société Santerne Camargue a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de la société Eiffage Route Grand Sud venue aux droits de la société Eiffage Route Méditerranée.

5. En second lieu, le présent litige indemnitaire portant uniquement sur le sinistre mentionné dans le procès-verbal de constat du 20 juillet 2018, la société Santerne Camargue ne peut utilement soutenir, pour se dégager de sa responsabilité à l'égard de la société requérante, de la circonstance que la société Eiffage Route Méditerranée aurait accidentellement endommagé, outre les fourreaux et le câble de fibre optique mentionnés dans ce procès-verbal, une section existante du réseau de fibre optique. La société défenderesse ne peut davantage utilement se prévaloir, dans le cadre de la présente instance, de la circonstance que la société aux droits de laquelle est venue la société Eiffage Route Grand Sud n'aurait pas contesté, dans le cadre de l'instance relative au titre exécutoire émis le 29 mars 2019 par le président de la communauté d'agglomération de Nîmes Métropole, le montant de la créance mise à sa charge par ce titre exécutoire. Enfin, la seule présence d'un regard à proximité du lieu du sinistre et celle d'un grillage avertisseur installé au-dessus des fourreaux endommagés ne permettaient pas, eu égard à la nature et à l'ampleur des travaux de terrassement alors exécutés par la société Eiffage Route Méditerranée, d'avertir cette dernière de la présence du réseau sec en cause sous la chaussée. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que cette société aux droits de laquelle est venue la société Eiffage Route Grand Sud aurait commis une faute susceptible d'exonérer la société Santerne Camargue de tout ou partie de sa responsabilité.

6. Eu égard à ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre faute invoquée qui n'est à l'origine d'aucun préjudice distinct, la société Eiffage Route Grand Sud a droit à la réparation intégrale de ses préjudices avec lesquels la faute retenue au point 4 présente un lien direct de causalité.

Sur les préjudices :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la somme de 26 145,24 euros, dont la société requérante sollicite le remboursement, correspond au montant des frais de réparation mis à sa charge par le titre exécutoire mentionné au point 1, lequel reprend le montant figurant sur la facture établie par la société Circet - en charge de la réalisation des travaux de réparation du réseau de fibre optique endommagé - et détaillé dans le bon de commande versé aux débats. Il n'apparaît pas que les travaux de réparation facturés par la société Circet concerneraient, outre le sinistre mentionné dans le procès-verbal de constat du 20 juillet 2018, une autre accroche du réseau de fibre optique. Par ailleurs, la société défenderesse ne fait état d'aucun élément probant de nature à établir que certaines des prestations facturées par la société Circet, et notamment celle correspondant aux frais de constat d'huissier, seraient dépourvues de lien avec les travaux de réparation requis et leur bonne exécution. Par suite, et en l'absence de partage de responsabilité, il y a lieu de condamner la société Santerne Camargue à verser à la société requérante l'intégralité de la somme réclamée au titre des frais de réparation mis à sa charge.

8. En second lieu, la société requérante ne peut solliciter l'indemnisation des frais de justice mis à sa charge par le jugement, devenu définitif, du tribunal administratif de Nîmes du

4 juin 2021 rejetant sa requête tendant à l'annulation du titre exécutoire mentionné au point 1, ces frais d'instance n'ayant pas été exposés en conséquence d'une faute de l'administration. Dans ces conditions, et alors que la société Santerne Camargue n'était pas partie à cette précédente instance, cette demande d'indemnisation ne peut qu'être rejetée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Santerne Camargue doit être condamnée à verser à la société Eiffage Route Grand Sud la somme de 26 145,24 euros toutes taxes comprises.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La société Santerne Camargue est condamnée à verser à la société Eiffage Route Grand Sud la somme de 26 145,24 euros toutes taxes comprises.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société en nom collectif Eiffage Route Grand Sud et à la société par actions simplifiée Santerne Camargue.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

P. PERETTI

La greffière,

I. MASSOT

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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