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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200208

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200208

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200208
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBETOE BI EVIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 janvier et 9 mai 2022, Mme A C épouse B, représentée par Me Betoe Bi Evie, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis à son encontre, le 26 novembre 2021, par le directeur départemental des finances publiques du Gard, d'un montant de 29 323 euros correspondant au trop-perçu d'aide allouée, sur les périodes allant de mars à mai et de juillet à novembre 2020, en application du décret n° 2020-371 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

2°) d'enjoindre à l'administration compétente de procéder à un nouvel examen de sa demande d'aide formulée le 5 novembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, en l'état de ses dernières écritures, que :

- elle justifie d'un chiffre d'affaires total de 35 002,47 euros réalisé sur l'année 2019 par la production du Grand livre des comptes généraux, l'avis d'imposition sur les revenus de l'année 2020 et le bilan des comptes annuels qui démontrent sa bonne foi et lui permettent de bénéficier d'un droit à l'erreur ;

- le titre exécutoire et le refus de faire droit à sa demande d'aide sont donc illégaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que Mme B ne démontre, par les pièces qu'elle a produites, ni la réalité des chiffres d'affaires déclarés ni son éligibilité au dispositif d'aide aux entreprises ni sa bonne foi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-37 du 30 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'était ni présentes, ni représentées, ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roux,

- et les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a créé, le 20 mars 2009, une entreprise individuelle qui exerce une activité de restauration traditionnelle établie sur le territoire de la commune d'Alès depuis le 10 mai 2019. A compter du 9 avril 2020, elle a déposé en ligne, pour les périodes allant de mars à mai et de juillet à novembre 2020, dix demandes d'aide aux entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans le cadre du dispositif prévu par le décret susvisé du 30 mars 2020, et a perçu sur son fondement la somme totale de 29 323 euros. A la suite du contrôle effectué en application de l'article 3-1 de l'ordonnance susvisée n° 2020-317 du 25 mars 2020, le directeur départemental des finances publiques du Gard a émis à l'encontre de Mme B un titre exécutoire d'un montant de 29 323 euros correspondant au montant qu'elle aurait indûment perçu au titre de cette aide à laquelle elle n'aurait pas été éligible. Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation de ce titre exécutoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il résulte des termes de l'article 2 du décret du 30 mars 2020 modifié relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation que, pour bénéficier de l'aide qu'il prévoit, qui prend la forme de subventions attribuées par décision du ministre de l'action et des comptes publics, les entreprises doivent avoir fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public ou avoir subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période considérée. L'article 5 de ce décret confie au directeur général des finances publiques, outre la gestion du fonds et l'ordonnancement des aides financières, la définition des modalités de contrôle de l'exactitude des déclarations des demandeurs.

3. Aux termes de l'article 3-1 de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret. () II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. / Les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le bénéficiaire dispose d'un délai d'un mois pour produire ces justifications à compter de la date de la demande. En cas d'irrégularités constatées, d'absence de réponse ou de réponse incomplète à la demande prévue au premier alinéa, les sommes indûment perçues font l'objet d'une récupération selon les règles et procédures applicables en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. La procédure prévue au présent II ne constitue pas une procédure de contrôle de l'impôt. III. - Les organismes et services chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ainsi que les organismes chargés du recouvrement de leurs ressources communiquent à la direction générale des finances publiques, spontanément ou à sa demande, tous les renseignements et documents nécessaires à l'instruction des demandes tendant à l'obtention des aides financières prévues par la présente ordonnance ainsi qu'au contrôle des aides octroyées. ". Les services de l'Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics mentionnés à l'article 2 procèdent aux échanges de données strictement nécessaires à l'instruction des demandes d'aides financières, au contrôle de celles-ci, à la gestion du fonds et au suivi du dispositif () ".

4. Il résulte de l'instruction que, conformément aux dispositions précitées de l'article 3-1 de l'ordonnance du 25 mars 2020, l'éligibilité des dix demandes d'aide financière présentées par Mme B pour les périodes en cause de l'année 2020 ont fait l'objet d'une vérification de la part des services de la direction générale des finances publiques qui a révélé de nombreuses discordances entre les chiffres d'affaires de référence et réalisés qu'elle a déclarés dans le formulaire de demande en ligne d'aide aux entreprises touchées par la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour la limiter et les déclarations fiscales de l'intéressée. Les diverses demandes qui lui ont été adressées et les échanges entretenus sur ces points avec l'administration, tel que l'admet la requérante dans ses dernières écritures, permettent de constater que les chiffres d'affaires qu'elle a déclarés étaient erronés et notamment que le chiffre d'affaires déclaré pour chacun des mois d'octobre, novembre et décembre 2019 correspondait en réalité au chiffre d'affaires de l'ensemble de l'année 2019 et ne lui ouvrait pas droit aux aides qu'elle a perçues. Si Mme B invoque sa bonne foi et son droit à l'erreur, ces considérations demeurent sans incidence sur le caractère indu de la somme de 29 323 euros qui lui a été versée pour la période considérée. C'est donc à bon droit que le directeur départemental des finances publiques du Gard a établi à son encontre le titre exécutoire en litige de ce montant.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation du titre exécutoire émis le 26 novembre 2021. Les conclusions qu'elle a présentées à fin d'annulation de ce titre doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme B, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions qu'elle a présentées à fin qu'il soit enjoint au directeur général des finances publiques de procéder à un nouvel examen de sa demande d'aide aux entreprises ne peuvent ainsi qu'être également rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans le dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le président-rapporteur,

G. ROUX L'assesseur le plus ancien,

R. MOURET

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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