LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200397

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200397

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200397
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBERGER

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cambrezy,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- et les observations de Me Knispel, représentant les consorts B, et de Me Berger, représentant le CHU de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 août 2019, M. B, alors âgé de quarante-sept ans, a été admis au service des urgences du CHU de Nîmes pour des céphalées intenses et inhabituelles survenues la veille et un déséquilibre à la position debout sans signe de détresse vitale. Il a été examiné dans la soirée par un interne en médecine puis par un neurologue, lequel a préconisé la réalisation d'un scanner cérébral injecté. Dans la nuit du 30 au 31 août 2019, le patient a présenté une aggravation soudaine de son état avec une hémiplégie du côté gauche et une déviation des yeux vers la droite. Une imagerie par résonance magnétique a révélé un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique nécessitant une thrombolyse intraveineuse avant son transfert dans la nuit pour pratiquer une thrombectomie au CHU de Montpellier, où il est décédé le 7 septembre 2019. Imputant son décès à l'absence de diagnostic précoce d'AVC, sa veuve, Mme D B et sa fille, Mme A B, ont demandé l'indemnisation des conséquences dommageables liées au décès de leur mari et père auprès de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de Lyon Sud.

2. Les deux experts désignés par la commission, l'un neurologue, l'autre médecin-urgentiste, ont remis leur rapport le 12 mai 2020. Une seconde expertise a été ordonnée par la présidente de la CCI et confiée à deux autres spécialistes, lesquels ont déposé leur rapport le 12 avril 2021. Dans un avis du 8 octobre 2021, la CCI a retenu une faute du CHU de Nîmes engageant sa responsabilité à hauteur de 50 % des préjudices subis. Le 25 novembre 2021, les consorts B ont mis en demeure le CHU de Nîmes de formuler une proposition d'indemnisation à laquelle l'hôpital n'a pas répondu. Par la présente, Mmes B, agissant en qualité d'ayants droit de la victime et en leur nom propre, recherchent la responsabilité pour faute du CHU de Nîmes et demandent au tribunal la condamnation de l'établissement à réparer l'ensemble des préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports convergents des experts désignés par la CCI, qu'à la suite de l'examen de M. B à son arrivée au service des urgences le 30 août 2019 à 18h34, la conclusion de l'examen et du tri par l'infirmière organisatrice de l'accueil n'était pas adaptée, ce qui a conduit à un niveau de priorisation du patient insuffisant retardant son examen par un médecin et un neurologue. Les experts relèvent également que le neurologue n'a pas semblé porter une attention particulière aux troubles de la sensibilité de la main gauche, régressives en quelques minutes, pouvant correspondre à des phénomènes cérébro-vasculaires lesquels, en raison des céphalées inhabituelles et du caractère très rapidement progressif, auraient dû le conduire à évoquer un certain nombre de diagnostics et à demander une imagerie cérébrale en urgence. Cette prise en charge inadaptée a entraîné un retard au diagnostic de la dissection artérielle carotidienne. Les experts en concluent que la prise en charge de la victime tant par le service des urgences que par le neurologue n'étaient pas conformes aux règles de l'art. Dans ces conditions, en procédant à une priorisation insuffisante de l'état de santé du patient et à un examen neurologique incomplet retardant la réalisation d'une imagerie cérébrale décisive dans l'établissement du diagnostic d'AVC ischémique sous forme d'occlusion artérielle carotido-sylvienne, le CHU de Nîmes a commis deux fautes dans la prise en charge de M. B et la mise en œuvre des moyens de diagnostic engageant sa responsabilité.

En ce qui concerne le lien de causalité et la nature du préjudice indemnisable :

5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise, que la prise en charge inadaptée par le service des urgences a retardé de cent-vingt à cent-cinquante minutes l'auscultation du patient par un médecin et un neurologue, puis que l'absence de mise en œuvre de moyens suffisants de diagnostic par ce dernier a conduit à la réalisation de l'imagerie cérébrale six heures après l'admission du patient à l'hôpital. S'il n'est pas certain que l'infarctus sylvien malin droit n'était pas déjà en constitution lors de l'arrivée aux urgences, il ne peut pas davantage être exclu qu'une prise en charge diagnostique et thérapeutique adaptée et plus précoce aurait permis de modifier l'évolution naturelle de la dissection carotidienne vers l'AVC ischémique à l'origine du décès. En considération, d'une part, du taux de mortalité élevé associé à ce type d'accident cérébral et, d'autre part, de la rareté des cas de dissections artérielles carotidienne diagnostiquées avant la survenance d'un AVC ischémique, il y a lieu, compte tenu du fait que l'administration plus précoce d'une thrombolyse intraveineuse aurait en partie réduit le taux de morbidité et que la pratique d'une thrombectomie mécanique aurait permis une évolution clinique favorable, de fixer à 50 % le taux de perte de chance d'éviter le décès.

7. En second lieu, si le CHU de Nîmes fait valoir que même en cas de survie du patient celui-ci aurait conservé des séquelles l'empêchant de reprendre son travail dans les mêmes conditions et de conserver une rémunération identique, ces allégations ne reposent sur aucune étude scientifique mais sur les seules déclarations du conseil médical de l'assureur du centre hospitalier lequel, au demeurant, évalue entre 30 et 50 % le taux de chance que M. B ne conserve aucune séquelle ou des séquelles minimes. Il résulte en outre de l'avis de la CCI qu'une prise en charge plus précoce de la dissection carotidienne, soit avant la constitution d'un AVC ischémique massif, aurait augmenté les chances de survie de M. B avec des séquelles neurologiques qualifiées d'acceptables. Il n'y a pas lieu, dès lors, de retenir un taux de perte de chance de subir une incapacité de travail et un préjudice économique distinct du taux de perte de chance d'éviter le décès.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices indemnisables :

S'agissant des préjudices de la victime directe :

8. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a souffert dans la nuit du 30 au 31 août 2019, du fait des retards de diagnostic et de prise en charge adaptée, d'une intensification de ses céphalées puis d'une hémiplégie du côté gauche et d'une déviation des yeux vers la droite et enfin de tentatives de réanimation. Les douleurs physiques et morales en ayant résulté feront l'objet d'une juste appréciation en fixant à 10 000 euros la somme destinée à les réparer sans qu'il y ait lieu d'appliquer le taux de perte de chance mentionné au point 6 qui concerne la seule survenance du décès.

10. En second lieu, il résulte de ce qui précède ainsi que du rapport d'expertise du 12 avril 2021 qu'avant de sombrer dans le coma, M. B a souffert d'une hémiplégie du côté gauche et d'une déviation des yeux vers la droite. Une craniectomie a par ailleurs dû être pratiquée. Il en a résulté un préjudice esthétique temporaire dont il sera fait une juste appréciation en indemnisant les consorts B à hauteur de 1 000 euros.

11. Il résulte de ce qui précède que Mmes D et A B, dont l'action doit être regardée comme étant conduite au bénéfice de la succession de M. B, sont fondées à demander la condamnation du CHU de Nîmes à leur payer la somme globale de 11 000 euros en leur qualité d'ayants droit de M. B ayant saisi le tribunal administratif.

S'agissant des préjudices des victimes indirectes :

Quant aux préjudices à caractère patrimonial :

Sur les frais d'obsèques :

12. Mme D B justifie avoir exposé la somme de 4 491 euros au titre des frais d'obsèques, qu'il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Nîmes à hauteur de 2 245 euros après application du taux de perte de chance.

Sur le préjudice économique subi par Mme D B et A B :

13. Le préjudice économique subi, du fait du décès d'un patient, par les ayants droit appartenant au foyer de celui-ci, est constitué par la perte des revenus de la victime qui étaient consacrés à l'entretien de chacun d'eux, en tenant compte, d'une part et si la demande en est faite, de l'évolution générale des salaires et de leurs augmentations liées à l'ancienneté et aux chances de promotion de la victime jusqu'à l'âge auquel elle aurait été admise à la retraite puis, le cas échéant, du montant attendu des revenus issus de la pension de retraite, d'autre part, du montant, évalué à la date du décès, de leurs propres revenus éventuels, à moins que l'exercice de l'activité professionnelle dont ils proviennent ne soit la conséquence de cet événement, et, enfin, des prestations à caractère indemnitaire susceptibles d'avoir été perçues par les membres survivants du foyer en compensation du préjudice économique qu'ils subissent. En outre, l'indemnité allouée aux enfants de la victime décédée est déterminée en tenant compte de la perte de la fraction des revenus de leur parent décédé qui aurait été consacrée à leur entretien jusqu'à ce qu'ils aient atteint au plus l'âge de vingt-cinq ans.

S'agissant du préjudice économique pour la période comprise entre le 7 septembre 2019, date du décès de M. B, et le 1er avril 2023, date d'octroi d'une pension de réversion :

14. Il résulte de l'instruction, et notamment des avis d'imposition des époux B des années 2017 à 2019 que les revenus du foyer s'élevaient en moyenne à 65 532 euros pour M. B et à 12 801 euros pour Mme D B. Le revenu annuel de référence du foyer s'élevait ainsi à 78 333 euros.

15. A la date du décès le 7 septembre 2019, le foyer familial était composé de M. B, âgé de quarante-sept ans, son épouse, Mme D B, âgée de cinquante-et-un an, ainsi que leur fille, A B, alors âgée de dix-sept ans. Il convient de déduire du revenu annuel de référence 30 % correspondant à la part des dépenses personnelles de la victime, soit la somme de 23 500 euros. Le revenu annuel disponible pour la famille s'élevait ainsi à 54 833 euros. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, le revenu de la conjointe survivante doit être arrêté à la somme de 12 801 euros. Dès lors, le préjudice économique annuel du foyer s'établit à la différence entre les sommes de 54 833 et 12 801 euros, soit 42 032 euros. Pour la période de trois ans, six mois et vingt-cinq jours comprise entre le 7 septembre 2019, date du décès de M. B, et le 1er avril 2023, date d'octroi de la pension de réversion, la perte cumulée s'établit donc à 150 030 euros. Cette perte est partiellement compensée par le versement d'un capital décès par l'AGIRC-ARRCO d'un montant de 9 631 euros et par l'assurance maladie d'un montant de 3 461 euros. Il s'ensuit que le préjudice indemnisable du foyer s'élève à 136 938 euros. Sur cette somme, la part de l'enfant doit être fixée à 30% et celle de la veuve à 70%, soit un préjudice indemnisable, après application du taux de perte de chance, de 20 541 euros pour Mme A B et 47 928 euros pour Mme D B.

S'agissant du préjudice économique pour la période comprise entre le 1er avril 2023, date d'octroi d'une pension de réversion, et le 9 novembre 2026, date de départ du foyer de Mme A B :

16. Il résulte de l'instruction qu'à compter du 1er avril 2023, Mme B perçoit une pension de réversion versée par l'assurance retraite d'un montant mensuel de 443,68 euros ainsi qu'une pension de réversion au titre d'une retraite complémentaire servie par l'AGIRC-ARRCO à hauteur de 802,61 euros par mois, soit un montant annuel cumulé de 14 955 euros. Par suite, le préjudice annuel indemnisable du foyer s'établit à la différence entre le montant de 42 032 euros mentionné au point 15 et cette somme de 14 955 euros, soit 27 077 euros. Il y a lieu en outre de tenir compte de la présence au foyer jusqu'à ses 25 ans de Mme A B qui justifie suivre des études supérieures. Pour cette période de 3 ans, 7 mois et 8 jours, la perte cumulée pour le foyer s'établit ainsi à 97 625 euros. Sur cette somme, la part de l'enfant doit être fixée à 30% et celle de la veuve à 70%, soit un préjudice indemnisable, après application du taux de perte de chance, de 14 644 euros pour Mme A B et de 34 169 euros pour Mme D B.

S'agissant du préjudice économique subi par Mme D B pour la période comprise entre le 10 novembre 2026 et le 9 mars 2036, date théorique de départ à la retraite de M. B :

17. Eu égard à l'âge de E B, né le 9 mars 1972, il y a lieu de considérer qu'il aurait pu légalement prétendre à une pension de retraite à l'âge de 64 ans, c'est-à-dire à compter du 9 mars 2036. Pour la période comprise entre le 10 novembre 2026 et le 9 mars 2036, il convient, pour évaluer la perte de revenus du foyer, composé du seul couple, de déduire du revenu annuel de référence de 78 333 euros mentionné au point 14 une part d'autoconsommation de la victime portée à 35 %, soit 27 417 euros. Le revenu annuel disponible pour la famille s'élève ainsi à un montant de 50 916 euros duquel il convient de déduire, d'une part, le revenu annuel de Mme B d'un montant de 12 801 euros et, d'autre part, le montant des pensions de réversion versées sur cette période par la CARSAT et par l'AGIRC-ARRCO sans enfant à charge, soit 14 215 euros par an. Il en résulte un préjudice annuel indemnisable de 23 900 euros auquel il convient d'appliquer un coefficient de capitalisation temporaire de 9,612 tel qu'il est fixé dans le barème publié par la Gazette du Palais 2022 (taux 0) pour un homme âgé de 54 ans à la date de la liquidation de cette période et de 64 ans à la date du dernier terme échu. La perte de revenus dont peut se prévaloir Mme D B est donc de 114 864 euros après application du taux de perte de chance.

S'agissant du préjudice économique postérieur au 9 mars 2036 :

18. Contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier, la survenance de l'âge de la retraite ne constitue pas, par elle-même, un motif de nature à mettre fin à la réparation du préjudice économique du foyer. Sur cette période, il y a lieu d'estimer les pensions de retraite escomptées par M. et Mme B, tous deux parvenus à l'âge de la retraite, à 50% de leur revenu annuel de référence mentionné au point 13, soit 32 766 euros pour M. B et 6 401 euros pour Mme D B, soit pour le foyer un revenu annuel de 39 167 euros et sur lequel la part d'autoconsommation par M. B peut être fixée à 35%, soit 13 708 euros. La perte de ressources disponibles subie par sa veuve, s'établit donc, après prise en compte de sa propre retraite, à 19 058 euros par an. Après déduction des pensions de retraite de réversion d'un montant annuel cumulé qu'il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de maintenir à 14 215 euros, le préjudice annuel indemnisable peut être estimé à 4 843 euros. En appliquant un euro de rente de capitalisation viagère pour un homme âgé de 64 ans, soit 19,7 selon le barème de capitalisation pour 2022 publié à la Gazette du Palais (taux 0), le préjudice économique futur de Mme D B sur cette dernière période peut être évalué à la somme de 95 407 euros, soit 47 703 euros après application du taux de perte de chance.

19. Il s'ensuit que Mme A B est fondée à obtenir la somme de 35 185 euros et Mme D B la somme de 244 664 euros au titre du préjudice économique.

Quant aux préjudices à caractère extrapatrimonial :

20. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme D B et de Mme A B en l'évaluant respectivement à 25 000 et 20 000 euros chacune, soit 12 500 et 10 000 euros après application du taux de perte de chance.

21. En deuxième lieu, il résulte des pièces du dossier et notamment du certificat établit le 3 octobre 2021 qu'à la suite du décès, Mmes D et A B ont suivi une psychothérapie à raison respectivement de 14 et 8 séances facturées chacune 80 euros. Il y a dès lors lieu de mettre à la charge du CHU de Nîmes les sommes de 560 euros pour Mme D B et de 320 euros pour Mme A B après application du taux de perte de chance.

22. En troisième lieu, Mme D B justifie avoir engagé des frais divers pour participer aux expertises organisées le 12 mars 2020 à Aix-en-Provence et le 8 mars 2021 à Lyon puis pour assister à la séance de la CCI le 8 octobre 2021. Sur la base des trajets effectués, non contestés, de la puissance de son véhicule et du barème fiscal applicable à son véhicule, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Nîmes la somme de 290 euros après application du taux de perte de chance de 50 %. En revanche, s'il résulte de ce qui précède au point précédent que la requérante et sa fille ont suivi une psychothérapie, elles ne justifient pas de la nécessité de consulter une praticienne située à Aix-en-Provence alors qu'elles vivent à Salinelles, commune située à 145 kilomètres. Par suite, Mme D B n'est pas fondée à demander l'indemnisation des frais de déplacement effectués à ce titre.

23. En quatrième et dernier lieu, Mme D B sollicite le remboursement des frais d'assistance de son conseil juridique qu'elle a exposés dans le cadre de la procédure engagée devant la CCI, notamment dans le cadre des expertises ordonnées, puis dans le cadre de sa demande indemnitaire préalable. Elle produit à cet égard l'ensemble des factures d'honoraires de son conseil. Ces frais étant distincts de ceux exposés dans le cadre de la présente procédure et dont elle demande également le remboursement, Mme B peut donc prétendre à la condamnation du CHU de Nîmes à lui verser la somme de 1 850 euros sans qu'il y ait lieu d'appliquer le taux de perte de chance.

24. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 23 que le droit à indemnisation des consorts B en qualité d'ayants droit de M. B s'élève à 11 000 euros, celui de Mme A B au titre des préjudices personnellement subis à la somme de 45 505 euros et celui de Mme D B au titre des préjudices personnellement subis à la somme de 262 109 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

25. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". L'article 1343-2 du même code dispose que : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".

26. Les consorts B demandent que les indemnités allouées soient assorties des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 25 novembre 2021, date de réception de la demande préalable. Les requérantes demandent également la capitalisation des intérêts. Il y a lieu de faire droit à cette demande à la date de chaque échéance annuelle à compter 25 novembre 2022, date à laquelle cette demande a été présentée, s'agissant d'intérêts échus depuis au moins un an.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

27. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

28. En l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions précitées et de mettre à la charge du CHU de Nîmes la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :Le centre hospitalier universitaire de Nîmes est condamné à payer la somme globale de 11 000 euros à Mmes D et A B en leur qualité d'ayants droit de M. E B.

Article 2 :Le centre hospitalier universitaire de Nîmes est condamné à payer la somme de 262 109 euros à Mme D B en réparation des préjudices personnellement subis.

Article 3 :Le centre hospitalier universitaire de Nîmes est condamné à payer la somme de 45 505 euros à Mme A B en réparation des préjudices personnellement subis

Article 4 :Les sommes mentionnées aux articles 1 à 3 sont assorties des intérêts au taux légal à compter du 25 novembre 2021. Les intérêts échus seront capitalisés à compter du 25 novembre 2022 puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 5 :Le centre hospitalier universitaire de Nîmes versera à Mmes D et A B la somme globale de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 :Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Nîmes et à la société hospitalière d'assurances mutuelles.

Copie en sera adressée pour information aux Drs. Di Legge, Kiegel, Bagou et Boulliat et à

Mme Joscht, présidente de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux Lyon-Sud.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

M. Cambrezy, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le rapporteur,

G. CAMBREZY

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions