vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200545 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TURRIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, Mme D A, représentée par Me Turrin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ainsi que de la majoration qui lui a été appliquée ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les recettes non comptabilisées :
- l'administration fiscale a procédé à des traitements informatiques à partir des fichiers des écritures comptables (FEC) et des tableaux de gestion communiqués par la société ; or, un fichier Excel, à usage interne, ne saurait avoir une valeur probante supérieure à celle du FEC, notamment lorsqu'il souffre d'anomalies ;
- elle s'est rapprochée du franchiseur afin d'obtenir la communication, par années, des recettes encaissées ; il convient de tenir compte du chiffre d'affaires déclaré et confirmé par ce dernier.
En ce qui concerne les dépenses en équipements divers de sport et d'abonnement TV :
- la société conteste la remise en cause du caractère professionnel de ces dépenses, dès lors que l'activité de la société est étroitement liée à l'exercice d'une activité sportive et qu'elle diffuse des émissions télévisuelles en rapport avec le sport et a équipé son local d'articles et d'équipements en lien direct avec le sport.
En ce qui concerne les frais de salles de sport et de repas :
- ces dépenses sont déductibles, dès lors que les clients potentiels de la société fréquentant les salles de sport, M. C profite du temps méridien pour s'entraîner à la salle de sport et démarcher ainsi de nouveaux clients ; les frais de repas le week-end correspondent à l'invitation de clients par M. C.
En ce qui concerne les prélèvements sociaux :
- le principe de solidarité prévu à l'article 6-1 du CGI n'est pas applicable aux rappels de prélèvements sociaux.
En ce qui concerne les pénalités pour manquement délibéré :
- elles sont injustifiées, dès lors que les chiffres d'affaires des exercices vérifiées correspondent aux livres du franchiseur, ce qui montre qu'elle n'a jamais eu l'intention d'omettre la comptabilisation des sommes en litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B Parisien ;
- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Diet Sport 84 a pour activité l'exploitation d'un fonds de commerce de vente de compléments alimentaires et de matériel de fitness. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 19 novembre 2018 au 28 mars 2019, concernant l'ensemble des déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées pour la période allant du 1er juillet 2014 au 30 juin 2018. A l'issue des opérations de contrôle sur place, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des rehaussements à l'impôt sur les sociétés ont été notifiés à la société Diet Sport 84 au titre des exercices 2015, 2016, 2017 et 2018, ainsi que l'application de la majoration pour manquement délibéré et des amendes prévues aux articles 1729 D et H du code général des impôts. La SARL Diet Sport 84 a demandé au Tribunal administratif de Nîmes la décharge en droits et pénalités des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle avait été assujettie au titre de la période courant du 1er juillet 2014 au 30 juin 2018 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle avait été assujettie au titre de la période courant du 1er juillet 2014 au 30 juin 2016. Le tribunal a rejeté sa requête par un jugement du 17 février 2023.
2. Mme A, associée de la SARL Diet Sport 84, a de son côté fait l'objet d'une proposition de rectification portant les conséquences financières à l'impôt sur les revenus et les contributions sociales des années 2016 et 2017, des revenus distribués à son profit dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL Diet Sport 84. Par une réclamation du 9 mars 2020, Mme A a contesté les impositions supplémentaires correspondantes. Une décision de rejet ayant été rendue par le service le 20 décembre 2021, Mme A demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017.
Sur les conclusions tendant à la décharge :
En ce qui concerne les recettes non comptabilisées par la SARL Diet Sport 84 :
3. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. () ". Aux termes de l'article 286 du code général des impôts : " I.- Toute personne assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée doit : ()3° Si elle ne tient pas habituellement une comptabilité permettant de déterminer son chiffre d'affaires tel qu'il est défini par le présent chapitre, avoir un livre aux pages numérotées sur lequel elle inscrit, jour par jour, sans blanc ni rature, le montant de chacune de ses opérations, en distinguant, au besoin, ses opérations taxables et celles qui ne le sont pas. Chaque inscription doit indiquer la date, la désignation sommaire des objets vendus, du service rendu ou de l'opération imposable, ainsi que le prix de la vente ou de l'achat, ou le montant des courtages, commissions, remises, salaires, prix de location, intérêts, escomptes, agios ou autres profits. Toutefois, les opérations au comptant peuvent être inscrites globalement en comptabilité à la fin de chaque journée lorsqu'elles sont inférieures à 76 € pour les ventes au détail et les services rendus à des particuliers. Le montant des opérations inscrites sur le livre est totalisé à la fin du mois. Le livre prescrit ci-dessus ou la comptabilité en tenant lieu, ainsi que les pièces justificatives des opérations effectuées par les redevables, notamment les factures d'achat, doivent être conservés selon les modalités prévues aux I et I bis de l'article L. 102 B du livre des procédures fiscales. () ". Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () IV. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contrôle porte sur l'ensemble des informations, données et traitements informatiques qui concourent directement ou indirectement à la formation des résultats comptables ou fiscaux et à l'élaboration des déclarations rendues obligatoires par le code général des impôts ainsi que sur la documentation relative aux analyses, à la programmation et à l'exécution des traitements. ". Aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. (/) Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés. (/) L'administration peut effectuer des tris, classements ainsi que tous calculs aux fins de s'assurer de la concordance entre la copie des enregistrements comptables et les déclarations fiscales du contribuable. L'administration détruit, avant la mise en recouvrement, les copies des fichiers transmis. ". Aux termes de l'article L. 102 B du livre des procédures fiscales : " I. - Les livres, registres, documents ou pièces sur lesquels peuvent s'exercer les droits de communication, d'enquête et de contrôle de l'administration doivent être conservés pendant un délai de six ans à compter de la date de la dernière opération mentionnée sur les livres ou registres ou de la date à laquelle les documents ou pièces ont été établis. Sans préjudice des dispositions du premier alinéa, lorsque les livres, registres, documents ou pièces mentionnés au premier alinéa sont établis ou reçus sur support informatique, ils doivent être conservés sous cette forme pendant une durée au moins égale au délai prévu au premier alinéa de l'article L. 169. () ". Aux termes de l'article L. 123-12 du code du commerce : " Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise. Ces mouvements sont enregistrés chronologiquement. Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise. Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l'exercice au vu des enregistrements comptables et de l'inventaire. Ces comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et une annexe, qui forment un tout indissociable. ". Aux termes de l'article L. 123-14 du même code : " Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise. ".
4. Il résulte de la proposition de rectification du 3 juin 2019 adressée à la SARL Diet Sport 84, que le service a estimé que la comptabilité de la société requérante, au titre de la période allant du 1er juillet 2014 au 30 juin 2018, était dépourvue de tout caractère sincère et probant en relevant que le rapprochement des données relatives aux chiffres d'affaires figurant dans les FEC et dans les fichiers de gestion issus du logiciel de caisse utilisé par la société avaient révélé des incohérences sur deux des trois exercices soumis à cette procédure, la transmission des données de gestion de l'exercice 2018 n'ayant été que partielle, le gérant ayant reconnu ne pas avoir remis le fichier tableur tenu hors caisse au cours de cet exercice. La SARL Diet Sport 84 a reconnu que les fichiers " souffraient d'erreurs ", dès lors que le vérificateur a mis en évidence un chiffre d'affaires supérieur à celui inscrit en comptabilité. Dans ces conditions, l'administration a justifié que la comptabilité de la SARL Diet Sport 84 était entachée de graves irrégularités et, par suite, du bien-fondé de son rejet, ce qui emportait le droit pour le service d'évaluer le chiffre d'affaires sur la base des informations dont elle dispose.
5. En l'absence de documents comptables fournis pertinents, l'administration était donc en droit de procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires et des résultats de la société Diet Sport 84. La commission visée à l'article L. 59 du livre des procédures fiscales n'ayant pas été saisie, l'administration supporte la charge de la preuve du bien-fondé des rehaussements, conformément aux dispositions de l'article L. 192 précité du même livre.
6. Il résulte de l'instruction que le gérant a remis au vérificateur des fichiers tableur Excel, issus des systèmes informatiques de gestion de la société, sur lesquels le service a travaillé après exportation de fichiers, dont les données sont celles figurant sur les tickets de caisse émis par le logiciel et remis au client. Aucune intervention n'a été effectuée par le service sur ces fichiers. Ces documents sont ainsi suffisamment précis pour permettre de retracer l'activité de la société, sans que cette dernière établisse au vu des seules pièces produites qu'il s'agirait de tableaux peu fiables. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que les recettes qu'elle expose seraient suffisamment justifiées par l'attestation de son franchiseur dont elle a obtenu la communication, par année, des recettes encaissées, dès lors que le chiffre d'affaires déclaré par ce dernier n'est pas appuyé de pièces justificatives comptables, telles par exemple le compte client de la société Diet Sport 84 dans cette société. Ladite attestation ne saurait par suite constituer un justificatif probant et suffisant des chiffres d'affaires réalisés au titre des exercices vérifiés. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du bien-fondé des rehaussements apportés aux chiffres d'affaires de la société et, par suite, établit que les impositions résultant de cette reconstitution du chiffre d'affaires pour les années en litige ne sont pas exagérées.
En ce qui concerne les charges non admises
7. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () ".
8. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts selon lesquelles le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.
Quant aux dépenses en équipements divers de sport et d'abonnement TV :
9. La SARL Diet Sport 84 a contesté la remise en cause du caractère professionnel de ces dépenses, dès lors que l'activité de la société est étroitement liée à l'exercice d'une activité sportive et qu'elle diffuse des émissions télévisuelles en rapport avec le sport et qu'elle a équipé son local d'articles et d'équipements décoratifs en lien direct avec le sport. Toutefois, il résulte des précisions non contredites apportées par le service que les achats divers d'équipement de sport, dont la déduction a été remise en cause par le service, sont des vêtements de ville ou de sport ou des chaussures pour homme. Par suite, les dépenses litigieuses sont sans lien avec l'exploitation directe de la boutique et constituent des dépenses personnelles des gérants successifs. Par ailleurs, les frais de télévision consistent en un abonnement Canal + de juillet 2015 à janvier 2016, pour lequel il n'a pas été établi que le lieu de diffusion était la boutique et non le domicile personnel des gérants sis à Orange. Ces frais ne pouvaient donc, en l'état des pièces du dossier, être considérés comme engagés à titre professionnel.
Quant aux frais de salles de sport et de repas :
10. La SARL Diet Sport 84 a soutenu que ces dépenses étaient déductibles, dès lors que les clients potentiels de la société fréquentant les salles de sport, son gérant M. C profite du temps méridien pour s'entraîner à la salle de sport et démarcher ainsi de nouveaux clients. Elle a précisé que les frais de repas le week-end correspondent à l'invitation de clients par M. C. Toutefois, les dépenses se rapportant à la pratique de la musculation par les associés et gérants sont des dépenses privées qui ne peuvent être déduites du résultat social de la société requérante, nonobstant le fait que l'activité de la société soit en lien avec le monde du sport. Le moyen tiré du démarchage de nouveaux clients par la fréquentation de la salle de sport ne peut qu'être écarté, dès lors que le service précise que le gérant a indiqué au service que le démarchage dans les salles de sport n'était pas autorisé, la plupart commercialisant également des produits de même nature que la SARL Diet Sport 84.
11. S'agissant des frais de bouche, les repas de midi pris par M. C en tant que salarié ou gérant sont des dépenses personnelles qui n'ont pas lieu d'être mises à la charge de la société. Les frais litigieux, correspondant à des repas généralement pris sur Orange, lieu de résidence personnelle de M. C et de l'ancienne gérante Mme A, et faisant apparaître régulièrement des menus enfants sur les notes, avec un nombre de convives régulièrement de quatre ou plus, très souvent le soir, les week-ends et les lundis, jours de fermeture de la boutique, c'est à bon droit que le service vérificateur n'a pas retenu les frais de bouche en question au titre de repas d'affaires.
12. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".
13. Ainsi que l'a décidé le tribunal de céans par un jugement n° 2003706 du 17 février 2023 devenu définitif, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que les sommes en litige étaient constitutives de revenus distribués par la SARL Diet Sport 84. Il résulte de l'instruction que M. C et Mme A, pacsés au cours des années 2016 et 2017, étaient les seuls maîtres de l'affaire au titre de ces mêmes années. Les revenus distribués au profit de Mme A dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL Diet Sport 84 concernent ses dépenses personnelles ainsi que celles de son conjoint, détaillées plus haut ainsi que des indemnités kilométriques non justifiées. Mme A se limite à soutenir que les dépenses en cause ont été engagées dans l'intérêt de l'exploitation de la SARL Diet Sport 84. Par conséquent, il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que les sommes en cause ont été regardées par l'administration comme distribuées à son nom et imposées entre ses mains.
En ce qui concerne les prélèvements sociaux :
14. D'une part, aux termes de l'article 6 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Chaque contribuable est imposable à l'impôt sur le revenu, tant en raison de ses bénéfices et revenus personnels que de ceux de ses enfants et des personnes considérés comme étant à sa charge au sens des articles 196 et 196 A bis. Les revenus perçus par les enfants réputés à charge égale de l'un et l'autre de leurs parents sont, sauf preuve contraire, réputés également partagés entre les parents. Sauf application des dispositions du 4 et du second alinéa du 5, les personnes mariées sont soumises à une imposition commune pour les revenus perçus par chacune d'elles et ceux de leurs enfants et des personnes à charge mentionnés au premier alinéa ; cette imposition est établie au nom de l'époux, précédée de la mention " Monsieur ou Madame " .
15. D'autre part, aux termes de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu () / III.- La contribution portant sur les revenus mentionnés aux I et II ci-dessus est assise, contrôlée et recouvrée selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que l'impôt sur le revenu. () ". Aux termes de l'article 1600-0 C du code général des impôts : " La contribution sociale généralisée sur les revenus du patrimoine est établie, contrôlée et recouvrée conformément aux dispositions de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Il est institué une contribution perçue à compter de 1996 et assise sur les revenus du patrimoine définis au I de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale () / II. - La contribution est mise en recouvrement et exigible en même temps, le cas échéant, que la contribution sociale instituée par l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article 1600-0 G du code général des impôts : " La contribution pour le remboursement de la dette sociale assise sur les revenus du patrimoine est établie, contrôlée et recouvrée conformément à l'article 15 de l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale ". Aux termes de l'article L. 245-14 du code de la sécurité sociale alors applicable : " Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à un prélèvement sur les revenus et les sommes visés à l'article L. 136-6. Les dispositions du III de l'article L. 136-6 sont applicables à ce prélèvement ". Aux termes de l'article 1600-0 F bis du code général des impôts, alors applicable : " I. - Le prélèvement social sur les revenus du patrimoine est établi conformément aux dispositions de l'article L. 245-14 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 14-10-4 du code de l'action sociale et des familles dans sa rédaction applicable au litige : " Les produits affectés à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie sont constitués par : / () / 2° Une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-14 du code de la sécurité sociale et une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-15 du même code. Ces contributions additionnelles sont assises, contrôlées, recouvrées et exigibles dans les mêmes conditions et sous les mêmes sanctions que celles applicables à ces prélèvements sociaux ". Aux termes de l'article L. 262-24 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " III.- Les recettes du fonds national des solidarités actives sont, notamment, constituées par une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-14 du code de la sécurité sociale et une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-15 du même code. Ces contributions additionnelles sont assises, contrôlées, recouvrées et exigibles dans les mêmes conditions et sont passibles des mêmes sanctions que celles applicables à ces prélèvements sociaux. () ".
16. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'en prévoyant, au III de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, que la contribution sur les revenus du patrimoine est assise selon les mêmes règles que l'impôt sur le revenu, le législateur a rendu applicable à cette contribution sociale, ainsi qu'à celles qui sont mentionnées par les autres dispositions citées ci-dessus, le principe de l'imposition commune entre époux prévu par l'article 6 du code général des impôts. Par conséquent, le moyen tiré de ce que le principe de solidarité prévu à l'article 6-1 du CGI ne serait pas applicable aux rappels de prélèvements sociaux ne peut qu'être écarté. (Conseil d'Etat du 9-6-2022 n° 456544).
En ce qui concerne les pénalités pour manquement délibéré :
17. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir le caractère délibéré du manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.
18. La requérante soutient que les majorations qui lui ont été appliquées sont injustifiées, dès lors que les chiffres d'affaires des exercices vérifiées correspondent aux livres du franchiseur, ce qui montrerait que la société n'a jamais eu l'intention d'omettre la comptabilisation des sommes en litige. Toutefois, le service relève que la SARL Diet Sport 84 a sciemment omis de comptabiliser, pour les exercices clos en 2016 et 2017, une partie de ses chiffres d'affaires, ces omissions étant clairement mises en évidence par les traitements informatiques effectués dans le cadre de la procédure de l'article L 47 A II du LPF. La société a également omis de déclarer de la taxe sur la valeur ajoutée collectée relative à ses ventes non enregistrées en comptabilité. Elle a également comptabilisé, au titre de chacun des exercices vérifiés, parmi les charges déductibles de ses résultats, diverses dépenses engagées à titre privé par ses gérants successifs, à savoir des frais de coiffeur, institut, jardin, équipement de sport (textiles et chaussures), d'autoroute, de salle de sport, de restaurant. La société a également procédé à la déduction de taxe sur la valeur ajoutée sur les dépenses personnelles précitées. Au cas d'espèce, le service relève que les dépenses, dont l'utilisation se rapportaient à des besoins privés au profit de Mme A et de M. C, ont été prises en charges à tort par la société tout au long de la période vérifiée. Dans ces conditions, au vu notamment de l'absence de pièces au dossier tendant à accréditer l'hypothèse d'erreurs non intentionnelles, et de la nature des sommes éludées, le service établit le bien-fondé des majorations appliquées.
Sur les frais liés au litige :
19. Il n'y a pas lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge de l'Etat une somme sur ce fondement.
20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au directeur départemental des finances publiques du Gard.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Péretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2200545
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026