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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200553

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200553

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200553
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2022, M. C A et Mme B A, représentés par Me Durand, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Vedène à leur verser une somme totale de 112 934,28 euros en réparation des préjudices subis à la suite d'une modification du plan de circulation de cette commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vedène la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision prise en 2018 de modifier le plan de circulation engage la responsabilité sans faute de la commune ; à ce titre leur préjudice matériel s'établit à 51 800 euros et leur préjudice moral à 3 000 euros ;

- la décision de maintenir ce plan de circulation engage également la responsabilité san faute de la commune ; à ce titre leur préjudice matériel s'établi à 334,28 euros et leur préjudice moral à 3 000 euros ;

- la carence fautive du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative générale engage la responsabilité pour faute de la commune ; à ce titre leur préjudice matériel s'établit à 51 800 euros et leur préjudice moral à 3 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, la commune de Vedène, représentée par Me Avril, conclut au rejet de la requête de M. et Mme A et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à leur charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, qu'il n'est pas justifié par le requérants de leur intérêt à agir, et, d'autre part, qu'ils ne justifient pas de la décision de 2018 portant adoption d'un nouveau plan de circulation ;

- les requérants n'établissent pas que les préjudices allégués sont imputables à une modification du plan de circulation ; ils n'établissent pas davantage la réalité ni le caractère anormal et spécial de ces préjudices ;

- ils n'établissent pas plus l'imputabilité des préjudices allégués à raison de la décision de maintenir la modification du plan de circulation, ni le caractère anormal et spécial de ces préjudices ;

- en ne faisant pas droit à la demande des époux A tendant modifier le plan de la circulation, le maire de la commune de Vedène n'a commis, dans l'exercice de ses pouvoirs de police, aucune faute de nature à engager la responsabilité de celle-ci ;

- ils demandent plusieurs fois la réparation de préjudices identiques, et le montant demandé présente un caractère disproportionné.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- les observations de M. A,

- et les observations de Me Bounnong, pour la commune de Vedène.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A sont propriétaires d'une maison d'habitation située rue des Frères Lumière sur le territoire de la commune de Vedène. A partir du mois de juillet 2018, cette commune a inversé le sens de circulation de la rue Jean Moulin, qui est située dans le prolongement de celle où M. et Mme A ont leur propriété. Ceux-ci demandent au tribunal de réparer les préjudices qu'ils estiment avoir subis à raison de la décision prise de modifier le plan de circulation de cette commune au mois de juillet 2018, de la décision de maintenir ce plan de circulation, et de l'abstention du maire à faire usage de ses pouvoirs de police.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

S'agissant des dommages occasionnés par le changement de sens de la circulation :

2. Si, en principe, les modifications apportées à la circulation générale et résultant soit de changements effectués dans l'assiette, la direction ou l'aménagement des voies publiques, soit de la création de voies nouvelles, ne sont pas de nature à ouvrir droit à indemnité, il en va autrement dans le cas où ces modifications ont pour conséquence d'interdire ou de rendre excessivement difficile l'accès des riverains à la voie publique.

3. Or, M. et Mme A font seulement valoir que le changement de sens de la circulation a eu pour effet immédiat de saturer le trafic dans leur rue. Au surplus, ils ne l'établissent pas par les seuls éléments qu'ils produisent, constitué de quelques photographies, au demeurant non datées, montrant trois poids-lourds et un autocar. Comme la commune le fait valoir en défense, sans être contestée sur ce point, la circulation des poids-lourds est interdite dans cette voie, qui est étrangère aux lignes de transport en commun, si bien que les photographies en cause ne peuvent révéler que la présence ponctuelle de véhicules s'y étant trouvés par erreur, ou bien en infraction. M. et Mme A n'apportent donc pas la preuve du trouble à la circulation qu'ils allèguent. Par ailleurs, s'ils se prévalent de deux certificats médicaux du 25 août 2021, faisant état de l'apparition chez eux d'un épuisement psychologique et émotionnel, cette circonstance, aussi regrettable soit-elle, n'est pas de nature à leur ouvrir droit à indemnité, dès lors que la modification du sens de la circulation n'a pas eu pour conséquence de leur interdire, ou de leur rendre excessivement difficile, l'accès à la voie publique.

S'agissant des dommages concomitants aux travaux sur les réseaux humides :

4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics, ainsi que de ceux que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers, tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. La victime doit toutefois apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'elle allègue avoir subis, et de l'existence d'un lien de causalité entre cet ouvrage et lesdits préjudices, qui doivent en outre présenter un caractère grave et spécial. Les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité.

5. M. et Mme A font valoir qu'ils ont subi des nuisances au mois de mars 2020, au moment de la réalisation de travaux de séparation des réseaux d'assainissement. Toutefois, ils ne l'établissent pas par cette simple affirmation. Ils soutiennent par ailleurs avoir subi des nuisances lors de nouveaux travaux sur les réseaux d'assainissement, entrepris par la commune au mois de juillet 2021, et lors desquels la chaussée a été provisoirement privée d'enrobé. Si un constat d'huissier, réalisé à leur demande le 19 août 2021, atteste de soulèvements de poussières sous l'effet du passage des véhicules, et la présence de dépôts à l'extérieur et à l'intérieur du logement, ces constatations ne permettent pas de caractériser en l'espèce des préjudices excédant les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains de l'ouvrage.

6. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. et Mme A ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Vedène.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

7. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. ".

8. En se bornant faire valoir que le maire n'a pas répondu à diverses correspondances qu'ils lui ont adressées entre le mois d'août 2018 et le mois d'août 2021, les requérants n'établissent pas une quelconque carence fautive du maire de Vedène dans l'exercice de ses pouvoirs de police. Par suite, ils ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité pour faute de cette commune.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions de la requête de M. et Mme A présentées à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Vedène.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. et Mme A, sur ce fondement, la somme que demande la commune de Vedène.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Vedène présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et Mme B A, ainsi qu'à la commune de Vedène.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller,

M. Parisien, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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