vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200611 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS CAYOL PIERSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mars 2022 sous le n° 2200611, complétée par des mémoires enregistrés les 3 mai et 22 novembre 2023, Mme G A B, représentée par Me Debuiche, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet, ensemble la décision confirmative de rejet par laquelle la commune de Saint-Gilles refuse de l'indemniser des préjudices subis par elle du fait d'un accident résultant du défaut d'entretien de l'éclairage public et de déclarer la commune de St Gilles responsable de l'accident dont elle a été victime le 21 août 2020,
2°) de condamner, en conséquence, la commune de St Gilles à l'indemniser des conséquences dommageables de cet accident,
3°) de mettre à la charge de la commune de St Gilles une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune est responsable de sa chute ; la défectuosité de l'éclairage public constitue un défaut d'entretien normal ;
- la responsabilité de la commune est engagée du fait de la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police ;
- elle demande la réparation de ses préjudices à hauteur de :
- 1 721,75 euros pour le déficit fonctionnel total et partiel temporaire ;
- 5 257 euros pour la réparation du déficit fonctionnel partiel permanent ;
- 4 000 euros pour les souffrances endurées ;
- 900 euros pour le préjudice esthétique temporaire ;
- 900 euros pour le préjudice esthétique permanent ;
- 13 026 euros pour l'assistance par tierce personne ;
- 500 euros pour le préjudice d'agrément.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, la commune de St Gilles, représentée par Me Pierson, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la réduction des sommes demandées et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
Mme A B n'apporte pas la preuve qui lui incombe d'avoir chuté en raison de l'ouvrage public ;
l'extinction soudaine des lampadaires à l'origine de la chute de la requérante résulte d'une cause elle-même imprévisible pour la commune ; dans ces conditions, il ne saurait être reproché à la commune de Saint-Gilles, qui procède à un entretien régulier du système d'éclairage public et n'a pas disposé du temps suffisant pour intervenir et éviter le dommage, d'avoir manqué à ses obligations.
La requête a été communiquée au directeur du pôle inter-caisses d'assurance-maladie, qui n'a pas présenté de demande de remboursement de ses débours.
Un mémoire a été enregistré dans les intérêts de la commune de St Gilles le 28 août 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F Parisien ;
- les conclusions de M. Joël Baccati, rapporteur public ;
- et les observations de Me Debuiche pour Mme A B et de Me Callens pour la commune de St Gilles.
Une note en délibéré a été enregistrée dans les intérêts de la commune de St Gilles le 23 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, alors âgée de 77 ans, expose que le 21 août 2020 vers 23h30, alors qu'elle rentrait chez elle à pied, elle a chuté sur la voie publique, à hauteur de la Place du Commandant E. Imputant ses blessures et les préjudices qui en ont résulté, au défaut d'entretien de cette voie publique, notamment à une défectuosité de l'éclairage public, Mme A B recherche la responsabilité de la commune de St Gilles sur le double fondement de la carence du maire de la commune dans l'usage de ses pouvoirs de police et du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public qui consistait selon elle dans la défectuosité de l'éclairage public.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité et le lien de causalité :
2. La responsabilité du maître de l'ouvrage public est engagée en cas de dommages causés aux usagers par cet ouvrage dès lors que la preuve de l'entretien normal de celui-ci n'est pas apportée, sans que le maître de l'ouvrage puisse invoquer le fait d'un tiers pour s'exonérer de tout ou partie de cette responsabilité. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers doivent démontrer l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour s'exonérer de sa responsabilité, soit établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit démontrer que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Mme A B expose qu'elle a été surprise le 21 août 2020 vers 23h30, alors qu'elle cheminait près de son domicile, par l'arrêt soudain de l'éclairage public, qu'elle a chuté et qu'elle s'est fracturée la jambe. Elle produit à l'appui de ses allégations une attestation de témoin lui ayant porté secours, un rapport d'intervention du SDIS, trois attestations de témoins faisant état du fonctionnement intermittent de l'éclairage public à l'endroit de sa chute, notamment une attestation d'un agent technique territorial de la commune de Saint Gilles, exerçant les fonctions de Concierge des bâtiments situés Place du Commandant E, indiquant : " J'ai juste signalé à plusieurs reprises pendant l'été 2020 aux services techniques de la mairie que l'éclairage public ne fonctionnait pas Place E, Férigoule ". La commune produit de son côté un rapport technique établi le 1er décembre 2020, dont il ressort le dysfonctionnement intermittent de l'horloge astronomique et le remplacement de cette dernière. Le rapport précise que tous les candélabres de la place étaient affectés par ce dysfonctionnement.
4. Il résulte de ce qui précède que la matérialité des faits rapportés par Mme A B, de même que le lien de causalité entre le dysfonctionnement de l'éclairage public et sa chute, sont établis. Si la commune soutient, au demeurant sans en justifier, qu'elle procèderait à un entretien mensuel des candélabres, elle ne l'établit pas. Par conséquent, sa responsabilité, faute d'établir l'absence de défaut d'entretien normal de l'ouvrage public, est pleinement engagée à raison des dommages subis par Mme A B à la suite de sa chute survenue le 21 août 2020.
En ce qui concerne les préjudices de Mme A B :
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise, que la date de consolidation de l'état de santé de Mme A B peut être fixée au 6 septembre 2021.
6. Le déficit fonctionnel temporaire a été retenu par l'expert comme total du 22 août 2020 au 26 août 2020, soit sur une durée de cinq jours, ensuite partiel au taux de 50 % du 27 août 2020 au 28 octobre 2020 soit 63 jours, enfin au taux de 25 % du 29 octobre 2020 au 6 septembre 2021 soit une durée de 313 jours. A raison de 13 euros par jour, ce préjudice pour déficit fonctionnel temporaire sera justement évalué à la somme de 1 492 euros.
7. L'expert a évalué le besoin d'assistance par tierce personne pour la réalisation des tâches ménagères à une heure par jour du 27 août 2020 au 28 octobre 2020 soit 63 jours, puis à 3 heures par semaine du 29 octobre 2020 jusqu'à la date de consolidation, soit le 6 septembre 2021, correspondant à une période de 44,7 semaines. Pour ces périodes, les frais d'assistance peuvent être évalués, par application d'un taux horaire de 14 euros en 2020 et 15 euros en 2021, tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche, sur une base de 412 jours par an pour tenir compte des congés et des jours fériés, à la somme de 3 236 euros.
8. Les souffrances endurées, évaluées à 3 sur une échelle de 1 à 7, seront justement appréciées à la somme de 4 000 euros.
9. Le préjudice esthétique, temporaire et permanent, sera justement apprécié à la somme de 1 000 euros.
10. Le déficit fonctionnel permanent, évalué par l'expert à 5 % en raison d'une une raideur modérée de la hanche et du genou ainsi que d'une boiterie à la marche, sera justement évalué, pour une femme âgée de 78 ans à la date de consolidation, au montant de 5 000 euros.
11. En dernier lieu, le préjudice d'agrément allégué par Mme A B au motif qu'elle n'a pas repris ses cours d'écriture n'étant pas établi, la requérante n'est pas fondée à obtenir une indemnisation à ce titre.
12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la responsabilité de la commune au titre des pouvoirs de police de son maire, Mme A B a droit à une somme totale de 14 728 euros en réparation de ses préjudices.
13. Les frais de l'expertise, taxés et liquidés au montant de 1 200 euros taxes comprises, incluant le montant de l'allocation provisionnelle accordée à l'expert par l'ordonnance du 31mars 2023, par ordonnance du président du tribunal du 22 septembre 2023, doivent être mis à la charge définitive de la commune de Saint Gilles.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme A B qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
15. Sur le fondement de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint Gilles une somme de 1 200 euros à verser à Mme A B.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Saint Gilles est condamnée à payer à Mme A B une somme totale de 14 728 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros, sont mis à la charge définitive de la commune de Saint Gilles.
Article 3 : La commune de Saint Gilles versera au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à Mme A B une somme de 1 200 euros.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Saint Gilles et à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Alpes.
Une copie sera adressée à M. le Dr C D, expert.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2200611
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026