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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200620

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200620

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200620
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mars et 27 août 2022, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Morières-Lès-Avignon l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 10 août 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 25 novembre 2021, par laquelle le maire de la commune de Morières-Lès-Avignon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident du 10 août 2021, ainsi que la décision du 17 janvier 2022 rejetant son recours gracieux ;

3°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Morières-Lès-Avignon a prolongé son placement en congé de maladie ordinaire à compter du 25 octobre 2021 ;

4°) d'enjoindre à la commune de Morières-Lès-Avignon de reconnaître comme imputable au service son accident du 10 août 2021 et de le placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la période du 10 août au 31 décembre 2021, à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de condamner la commune de Morières-Lès-Avignon à lui verser la somme de 6 390,86 euros en réparation de son préjudice financier ;

6°) de mettre à la charge de la commune de Morières-Lès-Avignon la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, dès lors que le maire de la commune a saisi la commission de réforme sans en aviser la médecine du travail, en méconnaissance de l'article 47-6 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'expertise du Dr C lui a été transmise en violation du secret médical ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, en méconnaissance de l'article 37-4 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987, dès lors qu'aucune expertise médicale ne pouvait être diligentée en l'absence de circonstances particulières de nature à détacher l'accident du service ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, en méconnaissance de l'article 21 bis de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983, dès lors qu'il a subi un choc émotionnel dans le temps et le lieu du service et qu'en raison de ce choc il a bénéficié de plusieurs arrêts de travail ; le lien direct et certain entre cet évènement et le service a été constaté médicalement à plusieurs reprises ;

- en raison de l'illégalité fautive de la décision lui refusant la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident il a subi un préjudice financier qui doit être évalué à la somme de 6 390,86 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré 22 août 2022, la commune de Morières-Lès-Avignon, représentée par le SCP Territoires avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chevillard,

- les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,

- et les observations de Me Téles, représentant la commune de Morières-Lès-Avignon.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, policier municipal au sein de la commune de Morières-Lès-Avignon, a été victime, le 10 août 2021, d'un choc émotionnel sur son lieu de travail. Par un courriel envoyé à la même date, l'intéressé a présenté une demande de reconnaissance d'accident de service. Par un arrêté du 1er octobre 2021, le maire de la commune de Morières-Lès-Avignon l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 10 août 2021. Par un arrêté du 7 décembre 2021, son placement en congé de maladie ordinaire a été prolongé à compter du 25 octobre 2021. Suivant l'avis défavorable rendu par la commission départementale de réforme le 16 novembre 2021, le maire de la commune de Morières-Lès-Avignon a, par une décision du 25 novembre 2021, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident. Par un courrier du 8 janvier 2022, M. B a présenté un recours gracieux, rejeté le 17 janvier 2022. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler les décisions des 1er octobre, 25 novembre et 7 décembre 2021 et du 17 janvier 2022 ainsi que la condamnation de la commune à son préjudice financier.

Sur la légalité de l'arrêté du 1er octobre 2021 :

2. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui a uniquement pour objet de placer le requérant en congé de maladie ordinaire dans l'attente de l'instruction de sa demande de placement en congé invalidité temporaire imputable au service, vise les dispositions applicables et mentionne les faits sur lesquels il est fondé, qu'il est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En second lieu, dès lors que l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de statuer sur la demande de M. B tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident du 10 août 2021, les moyens tirés des vices de procédure et de l'erreur d'appréciation, dans les termes dans lesquels ils sont invoqués à l'encontre de cet arrêté, sont inopérants et doivent être rejetés comme tels.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de l'arrêté du 1er octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur la légalité de l'arrêté du 25 novembre 2021 :

5. Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, dont M. B doit être regardé comme soulevant la méconnaissance : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. () Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous (). ". Il résulte de ces dispositions que l'avis du médecin du travail doit être adressé à la commission de réforme amenée à rendre un avis sur l'imputabilité au service de la maladie d'un agent public.

6. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Morières-Lès-Avignon ne conteste pas en défense que la médecine de prévention n'a pas été avisée de la séance de la commission de réforme du 19 octobre 2021. Si la commune soutient qu'il revenait au centre de gestion de la fonction publique territoriale de procéder à cette information dès lors qu'elle a adhéré au service de médecine préventive créé par celui-ci conformément aux dispositions de l'article 108-2 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984, il ne ressort pas de la seule convocation de la présidente de la commission de réforme du 19 octobre 2021 que le médecin de prévention ait été informé de la séance de la commission de réforme. Ainsi, dès lors que cette instance s'est prononcée défavorablement à l'imputabilité au service de son accident, le requérant a été privé d'une garantie et la procédure suivie à son égard est irrégulière et entache la décision contestée d'illégalité.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 25 novembre 2021, et par voie de conséquence celles du 7 décembre 2021 et du 17 janvier 2022, doivent être annulées.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Il résulte également de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, que les conclusions indemnitaires de la requête tendant au versement des sommes indûment retenues et au reversement de celles que le requérant aurait remboursées suite au refus de reconnaissance d'imputabilité au service de son arrêt de travail, doivent également être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique seulement que l'administration réexamine la situation de M. B au regard de ses droits à congé pour invalidité temporaire imputable au service. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Morières-Lès-Avignon d'y procéder, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Morières-Lès-Avignon demande sur ce fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Morières-Lès-Avignon de somme à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 25 novembre 2021, du 17 janvier 2022 et du 7 décembre 2021 de la commune de Morières-Lès-Avignon sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Morières-Lès-Avignon de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Morières-Lès-Avignon.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le rapporteur,

F. CHEVILLARD

La présidente,

C. BOYER

La greffière,

I. LOSA

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200620

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