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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200676

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200676

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200676
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantSELARL PHUNG 3P

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2022, M. B A et la société Robert A dont il est le gérant, représentés par le cabinet Phung et Avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commune de Montarens et Saint-Mediers a rejeté leur demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner la commune de Montarens et Saint-Médiers à leur verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montarens et Saint-Médiers la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de la commune doit être engagée en raison de son comportement fautif ayant consisté :

* à supprimer toutes les places de parking sur la place du village, empêchant ainsi tout accès à leur immeuble et les ayant contraints à cesser l'activité de gîte dès l'été 2020 ;

* à déplacer les activités déjà existantes dans la rue où ils exploitent des chambres d'hôtes, ce qui a créé des nuisances sonores et des difficultés de circulation ;

* à tenter de retarder, sans raison valable, la modification de destination de l'immeuble situé 18 rue du Plan, en logement permanent ;

* à les empêcher d'exercer l'activité d'appoint de vente des produits issus de la ferme et de produits locaux, pourtant essentielle à la survie de l'exploitation agricole de M. A, alors que les autres professionnels implantés dans la zone agricole ou dans la zone naturelle limitrophe exercent tous des activités commerciales et artisanales ;

- par courrier du 16 juin 2021, ils ont interrogé la mairie sur cette situation mais n'ont obtenu aucune réponse ;

- en conséquence, la commune, qui ne traite pas de manière équivalente tous ses habitants, est, pour cette raison, susceptible d'engager sa responsabilité pour inégalité fautive de traitement ;

- l'ensemble des préjudices qu'ils subissent doit être indemnisé à hauteur de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense et un mémoire en régularisation, enregistrés le 2 mars 2023, la commune de Montaren et Saint-Médiers, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- si les requérants estiment avoir subi un préjudice grave et spécial du fait de l'opération de travaux consistant en la suppression des places de stationnement devant leur immeuble, il leur appartient d'en apporter des preuves tangibles, telles qu'une baisse d'activité importante et directement liée à ces travaux, or en l'espèce ils ne le font pas ;

- contrairement à ce que soutiennent les requérants, subsistent deux places de stationnement et ont été créées cinq autres places temporaires devant les commerces principaux de la place, notamment devant la maison d'hôtes des requérants ;

- la commune n'a aucune obligation de réaliser ou maintenir des places de stationnement dans le village ;

- il est difficilement entendable que les événements festifs et culturels organisés sur la place du Plan puissent porter préjudice à la société requérante ;

- si M. A a été contraint de cesser son activité commerciale, c'est parcequ'il a créé un marché de producteurs et d'artisans locaux, a ouvert un débit de boissons, a servi diverses boissons alcoolisées et créé un magasin de jeux sans aucune autorisation ;

- aucune indemnisation ne saurait, en l'espèce, être accordée aux requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- et les observations du maire de la commune de Montarens et Saint-Médiers.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, exploite, via la SARL Robert A, dont il est le gérant, des gîtes sur le territoire de la commune de Montarens et Saint-Médiers (30700). En raison du préjudice que les requérants estiment avoir subi du fait de la suppression de places de stationnement devant l'un de leur gite, situé 18, rue du Plan à Montarens et Saint-Médiers, mais également de diverses manœuvres par lesquelles la commune aurait tenté de leur nuire, ils souhaitent être indemnisés sur le fondement de la responsabilité pour faute de la commune. En conséquence, ils demandent au tribunal la condamnation de la commune au versement d'une indemnité de 10 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision rejetant implicitement la demande préalable d'indemnisation présentée par les requérants a eu pour seul effet de lier le contentieux indemnitaire à l'égard de l'objet de leur demande, qui tend à obtenir l'indemnisation des préjudices dont ils se prévalent, et a donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les requérants ne peuvent utilement demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. M. A et la Sarl Robert A font valoir que la responsabilité pour faute de la commune doit être engagée dès lors qu'elle ne traite pas de manière équivalente tous ses habitants.

4. En premier lieu, les requérants soutiennent qu'en supprimant l'ensemble des places de stationnement de la place du Plan, et en y mettant des bornes, la commune a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors que l'accès à leur maison d'hôte, situé 18, place du Plan, est devenu impossible, ne serait-ce que pour permettre à leurs clients de décharger leurs bagages. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment des explications apportées par la commune en défense, que les travaux de réfection de la place du Plan, ayant consisté notamment dans la suppression de sept places de stationnement, ont eu pour but la création d'un espace de rencontres et de repos, avec mise en place d'un mobilier urbain, de bancs et de végétation, et poursuivent ainsi un but d'intérêt général. En outre, la commune fait valoir que si sept places de stationnement ont été supprimées, 2 places subsistent sur la place du Plan, et 5 autres places, pour lesquelles le stationnement est limité à 15 minutes, ont été créées devant les commerces principaux de la place, et notamment devant la maison d'hôtes de la SARL Robert A. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'il existe plusieurs aires de stationnement à proximité du cœur du village, notamment le parking des écoles situé à 140 mètres du centre-ville, le parking du lavoir à 150 mètres, celui de l'école maternelle à 200 mètres, celui du cimetière à 250 mètres et celui de la rue des écoles à 340 mètres. Dans ces conditions, la commune de Montarens et Saint-Mediers n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité en supprimant sept places de stationnement sur la place du Plan, et les requérants, en se bornant à affirmer que l'accès à leur maison d'hôtes est devenu impossible et qu'ils n'ont ainsi pas eu d'autre choix que de cesser leur activité de gîte, ne démontrent ni l'existence d'un préjudice, ni le lien de causalité qui existerait entre la faute et le préjudice subi. Enfin, et à supposer même que les requérants aient entendu engager la responsabilité sans faute de la commune du fait du fonctionnement de l'ouvrage public, ils ne démontrent pas en quoi le préjudice qu'ils auraient subi serait grave et spécial.

5. En deuxième lieu, M. A et la SARL Robert A soutiennent que la commune de Montarens et Saint-Médiers a commis une faute en déplaçant et en créant de nouvelles activités dans la rue où ils exploitent une chambre d'hôtes, et que cela a " tronqué " leur activité touristique. Or d'une part, le déplacement des festivités au cœur de la ville ne saurait être constitutif d'une faute engageant la responsabilité de la commune, d'autant que les requérants ne font état que de trois week-ends de festivités dans l'année. D'autre part, les requérants, en se bornant à indiquer qu'ils ont été contraints de cesser leur activité de gite en raison de cette situation, ne démontrent pas l'existence d'un lien de causalité entre le déplacement des festivités et la fermeture de leur gîte, ni, en tout état de cause, l'existence d'un préjudice. Ce moyen doit par suite être écarté.

6. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que la modification de la destination de leur immeuble en logement permanent a été l'objet " de toutes les tentatives de retards possibles ", notamment en raison d'un refus sans raison valable, puis d'une acceptation des compteurs d'électricité, ces allégations ne sont accompagnées d'aucun commencement de preuve. Ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, les requérants soutiennent que la commune les a empêchés d'exercer leur activité d'appoint de vente des produits issus de la ferme et de produits locaux, pourtant essentielle à la survie de l'exploitation agricole de M. A, alors que les autres professionnels implantés dans la zone agricole ou dans la zone naturelle limitrophe exercent tous des activités commerciales et artisanales. Toutefois, ainsi que cela résulte de l'instruction, et notamment du mémoire en défense produit par la commune et du procès-verbal d'infraction en date du 27 aout 2021, il a été relevé à l'encontre de M. A 4 infractions aux dispositions du code de l'urbanisme et au plan local d'urbanisme, consistant en l'absence d'autorisation d'urbanisme lui permettant de changer la destination de son habitation en " commerces et activités de services " ainsi qu'en " exploitation agricole et forestière ", en l'absence d'autorisation lui permettant de créer et d'ouvrir un établissement recevant du public, et en l'exercice d'activités commerciales contraires au PLU. Ainsi, M. A et la SARL Robert A, qui ne contestent pas ces faits, mais se bornent à soutenir qu'en relevant à leur encontre plusieurs infractions, la commune de Montarens et Saint-Médiers traite de façon inégale ses commerçants, ne démontrent pas l'existence d'une faute, et, encore une fois, celle d'un préjudice. Le moyen ne pourra dès lors qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commune a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions tendant à la condamnation de la commune de Montarens et Saint-Médiers à leur verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Robert A et de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Robert A, à M. B A et à la Commune de Montaren et Saint-Médiers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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