jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200759 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C+ |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BACHA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 mars et 29 décembre 2022, et les 9 et 27 février 2023, M. B A, représenté par Me Bacha, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier " Mas Careiron " l'a suspendu de ses fonctions à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la Covid-19, ainsi que la décision du 15 janvier 2022 rejetant le recours gracieux présenté le 15 novembre 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 1er mars 2023 rejetant le recours gracieux présenté le 31 décembre 2022 ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au centre hospitalier " Mas Careiron " de procéder à sa réintégration pour la période du 15 au 30 septembre 2021, avec reconstitution de sa carrière et rétablissement dans ses droits à traitement durant sa période de congés annuels et de placement en arrêt de maladie, à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier " Mas Careiron " à lui verser une somme de 1 350 euros au titre du préjudice financier subi ;
4°) de condamner le centre hospitalier " Mas Careiron " à lui verser une somme de 500 euros au titre du préjudice moral subi ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier " Mas Careiron " une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
* sur la recevabilité des demandes :
- les conclusions dirigées contre le rejet du recours gracieux sont recevables eu égard à l'obligation de transmettre les demandes mal dirigées entre autorités d'un même établissement public participant à une même activité, dont la première demande a été réceptionnée le 15 novembre 2021 ; en tout état de cause, cette demande a été régularisée par l'envoi d'un courrier au directeur d'établissement le 20 décembre 2022, qui a été implicitement rejetée le 1er mars 2023 ;
- les conclusions indemnitaires sont recevables eu égard à une réclamation préalable adressée au directeur du centre hospitalier le 20 décembre 2022, reçue le 31 décembre suivant, et alors que la décision de suspension ne constitue pas une décision purement pécuniaire faisant obstacle à la présentation d'un recours indemnitaire fondé sur l'illégalité de la mesure ;
* sur la légalité de la mesure de suspension :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions du III de l'article 14 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 dès lors que la suspension litigieuse, qui prend effet immédiatement avant qu'il ait pu en prendre connaissance, n'a pas été précédée d'une information préalable et l'a ainsi privé d'une garantie ;
- elle méconnaît les dispositions de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021, notamment son article 14, dès lors qu'il était placé en congés annuels, repos hebdomadaire ou RTT jusqu'au 20 septembre 2021, puis en arrêt de travail à compter du 17 septembre 2021, régulièrement transmis à son employeur par lettre recommandée avec accusé de réception daté du 20 septembre 2021, et ne se trouvait soumis à l'obligation vaccinale qu'à la reprise effective de son service à l'issue de son congé de maladie le 3 octobre 2021 ;
- l'obligation vaccinale viole la convention européenne des droits de l'Homme, et notamment ses articles 12 à 14 ;
* sur la réparation des préjudices :
- il est fondé à solliciter le versement d'une somme de 1 350 euros en réparation des préjudices financiers subis du fait de l'illégalité de la mesure de suspension et de la perte de traitement conséquente pour la période du 15 au 30 septembre 2021, dont le versement n'a pas été régularisé suite à la communication de son arrêt de maladie courant à compter du 17 septembre 2021 ;
- il est fondé à solliciter le versement d'une somme de 500 euros en réparation du préjudice moral subi par les atteintes à son honneur personnel et professionnel ;
Par des mémoires en défense enregistrés le 25 mai 2022, et les 12 janvier et 17 février 2023, le centre hospitalier " Mas Careiron ", représenté par Me Garreau, conclut au rejet de la requête et à la condamnation du requérant à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
* sur la recevabilité :
- les conclusions en annulation sont tardives compte tenu de la notification de la décision le 14 septembre 2021, et faute pour l'intéressé de justifier d'un recours gracieux exercé dans les délais de recours contentieux, conformément aux voies et délais de recours portées sur la décision ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute de justifier d'une réclamation préalable indemnitaire adressée à l'autorité compétente ; en tout état de cause, le requérant n'est pas recevable à demander réparation d'une décision purement pécuniaire devenue définitive ;
- la décision de réintégration au 30 septembre 2021, édictée le 8 octobre 2021, est devenue définitive et rend sans objet le présent litige ;
* sur le bien-fondé : aucun des moyens invoqués dans la requête, qui sont inopérants en raison de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le directeur de l'établissement, n'est en tout état de cause fondé.
Par un courrier du 21 février 2023, le tribunal a, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, interrogé les parties afin de produire toute information concernant la position administrative de M. A au regard de son arrêt de travail courant à compter du 17 septembre 2021. Des observations en réponse ont été apportées par M. A dans son mémoire enregistré le 27 février 2023, et ont été communiquées.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 1er mars 2023 rejetant le recours gracieux du 20 décembre 2022, lesquelles présentent le caractère de conclusions nouvelles enregistrées après l'expiration du délai de recours contentieux.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n°2002-8 du 4 janvier 200- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Garreau, représentant le centre hospitalier " Mas Careiron ".
Considérant ce qui suit :
1. M. A est infirmier titulaire du centre hospitalier " Mas Careiron " à Uzès. Par décision du 10 septembre 2021, le directeur de cet établissement a prononcé la suspension de l'intéressé de ses fonctions sans rémunération, à compter du 15 septembre 2021, et jusqu'à ce qu'il produise un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la Covid-19 répondant aux conditions réglementaires. Par décision du 8 octobre 2021, M. A a été réintégré à compter du 30 septembre 2021 suite à la production d'un justificatif d'une primo-injonction à la vaccination. Par courriers des 9 novembre 2021 et 20 décembre 2022, il a sollicité le retrait de la décision de suspension du 10 septembre 2021, ainsi que l'indemnisation des préjudices subis en raison de l'intervention de cette mesure. Par la présente requête, M. A demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision de suspension du 10 septembre 2021 et de celles, nées le 15 janvier 2022 et 1er mars 2023, rejetant ses recours gracieux, ainsi que la condamnation du centre hospitalier " Mas Careiron " à lui verser les sommes de 1 350 euros et 500 euros en réparation des préjudices financiers et moraux subis.
Sur la recevabilité des conclusions de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". Et aux termes de l'article R. 412-1 du même code : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de la décision attaquée ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ". Enfin, l'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
En ce qui concerne l'objet du litige :
3. Il ressort des pièces du dossier que par décision du 8 octobre 2021 le directeur du centre hospitalier " Mas Careiron " a réintégré M. A à compter du 30 septembre 2021, suite à la justification d'une primo-injonction à la vaccination contre la Covid-19 le même jour. Or la circonstance que M. A n'ait pas contesté cette décision, qui n'a ni pour objet ni pour effet de retirer la décision litigieuse de suspension des fonctions du 10 septembre 2021, ne saurait emporter pour l'intéressé acceptation de ce que sa réintégration n'aurait pu être prononcée avant la date du 30 septembre 2021. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient le centre hospitalier en défense, la circonstance que la décision du 8 octobre 2021 soit devenue définitive est sans incidence sur la recevabilité du présent recours dirigée contre la mesure de suspension du 10 septembre 2021.
En ce qui concerne les conclusions en annulation de la décision du 10 septembre 2021 :
4. Il ressort des dernières pièces produites par le centre hospitalier " Mas Careiron " que celui-ci justifie de la notification de la décision litigieuse à l'intéressé le 17 septembre 2021. Dans ces conditions, cette autorité est fondée à soutenir que la notification de cette décision, qui mentionnait les voies et délais de recours contentieux en application de l'article R. 421-5 du code de justice, permettait de faire courir le délai de recours contentieux en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, lequel arrivait à échéance le 18 novembre 2021.
5. Toutefois, l'exercice dans ce délai de deux mois d'un recours administratif à l'encontre d'une décision a pour conséquence de conserver ce délai, qui ne recommence à courir qu'à compter de l'intervention d'une décision rejetant ce recours. Lorsque celui-ci a été adressé par erreur à une autorité qui participe à l'activité de l'administration à laquelle appartient l'autorité compétente pour en connaître, ce service ou cette autorité est tenu de le transmettre à cette dernière, y compris lorsque sont en cause les relations de l'administration avec ses agents.
6. M. A justifie de l'envoi d'un recours gracieux daté du 9 novembre 2021, réceptionné le 15 novembre suivant, et tendant au retrait de la décision du 10 septembre 2021. Il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que ce recours doit être regardé comme ayant conservé le délai de recours contentieux à l'encontre la décision de suspension, alors même qu'il a été adressé par erreur à la présidente du conseil de surveillance du centre hospitalier, et non au directeur de cet établissement. Il s'en suit que les conclusions présentées par M. A dans sa requête du 14 mars 2022 tendant à l'annulation de la décision du 10 septembre 2021, présentées dans le délai de deux mois suivant la naissance de la décision du 15 janvier 2022 rejetant implicitement son recours gracieux, ne sont pas tardives.
En ce qui concerne les conclusions en annulation de la décision du 15 janvier 2022 :
7. Il résulte de ce qu'il vient d'être dit au point 6 que M. A justifie de l'envoi et de la réception du courrier le 15 novembre 2021 valant recours gracieux. Dans ces conditions, M. A justifie de la naissance d'une décision le 15 janvier 2022 rejetant implicitement son recours gracieux et le centre hospitalier " Mas Careiron " n'est pas fondé à soutenir que les conclusions en annulation seraient présentées contre une décision inexistante.
En ce qui concerne les conclusions en annulation de la décision du 1er mars 2023 :
8. Dans ses dernières écritures, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 1er mars 2023 par laquelle le centre hospitalier " Mas Careiron " a rejeté son recours gracieux formé le 20 décembre 2022, et reçu le 31 décembre suivant. Toutefois, ces conclusions, qui ont été présentées après l'expiration du délai de recours contentieux, présentent le caractère de conclusions nouvelles. Par suite, elles sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions en indemnisation :
9. D'une part, si l'expiration du délai de recours pour excès de pouvoir ouvert contre une décision expresse à objet purement pécuniaire, et donc son caractère définitif, fait obstacle à la recevabilité d'une action en responsabilité fondée sur l'illégalité fautive de cette décision, les décisions par lesquels les établissements de soins suspendent leurs agents en l'absence de production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la Covid-19 ne présentent pas ce caractère.
10. D'autre part, il résulte de l'instruction que par le courrier adressé par erreur à la présidente du conseil de surveillance le 15 novembre 2021, et réputé transmis à l'autorité compétente en application des principes énoncés au point 5, M. A sollicitait tant le retrait de la mesure de suspension édictée à son encontre le 10 septembre 2021 que la réparation des préjudices financiers et moraux en découlant. Dans ces conditions, M. A justifie avoir présenté au directeur du centre hospitalier " Mas Careiron " une réclamation préalable conformément aux dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, réitérée par ailleurs par courrier du 20 décembre 2022, reçu le 31 décembre. Il s'en suit que les conclusions présentées par M. A dans sa requête du 14 mars 2022 tendant à la condamnation du centre hospitalier à lui verser, dans le dernier état de ses écritures, les sommes de 1 350 euros et 500 euros au titre des préjudices financiers et moraux sont recevables.
Sur la légalité de la décision du 10 septembre 2021 portant suspension de fonctions :
11. D'une part, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la Covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. () / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () ". Et aux termes de l'article 14 de la même loi : " () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail.
La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit.
La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public.
Lorsque le contrat à durée déterminée d'un agent public non titulaire est suspendu en application du premier alinéa du présent III, le contrat prend fin au terme prévu si ce dernier intervient au cours de la période de suspension ".
12. D'autre part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité à droit : 1° A un congé annuel avec traitement dont la durée est fixée par décret en Conseil d'Etat () ". Il résulte de ces dispositions, combinées avec celles précitées des articles 12 et 14 de la loi du 5 août 2021, que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la Covid-19 alors que cet agent est placé en congé annuel, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle, au terme de son congé annuel, l'agent reprend son service.
13. Il résulte de ce qu'il vient d'être dit que l'obligation vaccinale des personnels hospitaliers s'impose à ceux-ci, alors même qu'ils se trouveraient régulièrement placés en congé annuel en application de l'article 41 précité de la loi du 9 janvier 1986. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que, eu égard à son placement congé annuel au cours du mois de septembre 2021, il n'était pas tenu de justifier de son statut vaccinal à la date du 15 septembre 2021. Toutefois, si le centre hospitalier fait valoir que l'intéressé avait en tout état de cause repris ses fonctions dès le 13 septembre 2021, il ne l'établit pas par la seule production du planning prévisionnel annuel des congés établi en mars 2021, et par une extraction du planning individuel de l'agent réalisée postérieurement à l'édiction de la mesure litigieuse. A l'inverse, M. A justifie qu'il était placé en position d'absence régulière pour la période du 28 août au 19 septembre inclus, par la production du " planning collectif " mensuel de son service, signé par le responsable de son unité, conformément aux usages dans les services du centre hospitalier de " Mas Careiron ", usages dont ledit centre n'est pas recevable à se prévaloir, en tout état de cause, de leur contrariété avec les dispositions de l'article 2 du décret du 4 janvier 2002 relatif aux congés annuels des agents des établissements de santé pour demander au tribunal de les écarter. Or, ce planning mensuel du " pôle 6 " démontre, faute pour le centre hospitalier d'apporter d'autres éléments attestant de la reprise de M. A, le placement en continu de l'agent en repos hebdomadaire, ou jours de récupération de temps de travail, ou congés annuels pour la période du 28 août au 19 septembre 2021 inclus, ainsi qu'une reprise effective du service programmée en service de nuit du lundi 20 septembre 2021. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'eu égard à son placement en congé annuel, il ne pouvait faire l'objet d'une mesure de suspension à la date du 15 septembre 2021.
14. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier " Mas Careiron " a suspendu M. A de ses fonctions à compter du 15 septembre 2021 doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 15 janvier 2022 rejetant le recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. M. A demande au tribunal d'enjoindre au centre hospitalier " Mas Careiron " de procéder à sa réintégration pour la période du 15 au 30 septembre 2021, avec reconstitution de sa carrière et rétablissement dans ses droits à traitement durant sa période de congés annuels les 15 et 16 septembre 2021, puis durant son placement en arrêt de maladie du 17 au 30 septembre 2021, date de sa réintégration effective. Or, si l'annulation de la décision suspendant l'intéressé de ses fonctions durant son congé annuel implique nécessairement la régularisation administrative et financière de l'agent, pour la période concernée par cette position d'absence régulière, il en va toutefois différemment des droits que détiendrait M. A du fait de son placement en arrêt de travail, acquis postérieurement à la décision dont le tribunal prononce l'annulation.
16. Il résulte de ce qui précède que le présent jugement implique, d'une part, que l'administration prenne une nouvelle décision rétablissant le versement de la rémunération de M. A au titre de ses congés annuels durant la période du 15 au 19 septembre inclus, avec rétablissement de l'intéressé dans ses droits à l'avancement, à l'ancienneté et à la détermination de ses congés payés au titre de la même période, et d'autre part, que le centre hospitalier " Mas Careiron " réexamine la situation administrative et financière de M. A au titre de la période du 20 au 29 septembre 2021 inclus, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
17. Il résulte de ce qui précède qu'à la date de sa suspension de fonctions le 15 septembre 2021, M. A était régulièrement placé en congé annuel et ne pouvait faire l'objet d'une telle mesure. Il en résulte que la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier " Mas Careiron " l'a suspendu est illégale et donc fautive.
18. D'une part, il résulte des écritures du requérant que les conclusions tendant à la réparation du préjudice financier ont été présentées à titre subsidiaire des conclusions en injonction auxquelles il vient d'être fait droit au point 16. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
19. D'autre part, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. A en lui allouant la somme de 500 euros.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier " Mas Careiron ", partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande le centre hospitalier " Mas Careiron " sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier " Mas Careiron " a suspendu M. A de ses fonctions, et celle du 15 janvier 2022 rejetant le recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier " Mas Careiron " de rétablir M. A dans ses droits à traitement, à l'avancement, à l'ancienneté et à la détermination de ses congés payés pour la période allant du 15 au 19 septembre 2021 inclus, et de réexaminer la situation administrative et financière de M. A au titre de la période du 20 au 29 septembre 2021 inclus, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier " Mas Careiron " est condamné à verser à M. A une somme de 500 euros en réparation du préjudice moral subi.
Article 4 : Le centre hospitalier " Mas Careiron " versera une somme de 1 200 euros à M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Les conclusions du centre hospitalier " Mas Careiron " présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier " Mas Careiron ".
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Chevillard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La rapporteure,
F. C
La présidente de la 2ème chambre,
F. CORNELOUP
La greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026