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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200791

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200791

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200791
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantTURRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2200789 et un mémoire, enregistrés les 16 mars et 3 décembre 2022, la SCI La Provence, représentée par Me Turrin, demande au tribunal :

- de juger que la vérification de comptabilité initiée par l'administration fiscale pour la période s'échelonnant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 est entachée d'irrégularités substantielles concourant à son annulation, en conséquence, prononcer la décharge de toutes les impositions et taxes mises à la charge de la SCI La Provence à la suite de ces opérations de contrôle irrégulières,

- de juger que la SCI La Provence n'a donc pas à satisfaire au règlement de la taxe sur les véhicules de société au titre des années 2017 , 2018 et 2019, juger que la taxe sur les véhicules de sociétés n'est pas due au titre de l'année 2017, de ramener le montant de la taxe due au titre des années 2018 et 2019 a de plus justes proportions ,

- et de condamner l'état au paiement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens de la procédure.

Elle soutient que :

- compte tenu de ses obligations comptables et déclaratives, elle ne pouvait faire l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité pour un autre impôt que la taxe sur la valeur ajoutée ; il appartenait au service vérificateur de dissocier formellement la vérification de comptabilité opérée en matière de taxe sur la valeur ajoutée sur la période s'échelonnant sur 2017 et 2018, et les autres opérations de contrôle sui generis réalisées sur les opérations autres de la SCI ; elle ne peut être assimilée aux sociétés dotées de la transparence fiscale au sens de l'article 1655 ter du code général des impôts ; elle ne pouvait donc faire l'objet d'une vérification de comptabilité, en raison de son objet civil et de ses revenus fonciers ;

- dès lors que les opérations de contrôle portent la dénomination de vérification de comptabilité, les prescriptions de l'article L 52 du livre des procédures fiscales limitant la durée des opérations à 3 mois trouvaient à s'appliquer ; or, le contrôle a duré près de 5 mois ;

- l'assujettissement à la taxe sur les véhicules des sociétés au titre de l'année 2017 est injustifié eu égard à la modification des bases de la taxe sur les véhicules de société par l'article 19 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2017 ;

- le montant de cette taxe au titre des années 2018 et 2019 est manifestement erroné ; en effet, la taxe afférente aux véhicules du dirigeant de la SCI La Provence est affectée d'un coefficient pondérateur en raison du nombre de kilomètres remboursés par la société ; en l'espèce, aucun kilomètre n'a été remboursé au dirigeant ; dès lors, aucune taxe n'est due ; en tout état de cause et après application du coefficient pondérateur, un abattement de 15 000 euros est appliqué sur le montant total de la taxe due par la société à raison de l'ensemble des véhicules possédés et mis à disposition des dirigeants ; par conséquent, les modalités de calcul opérées par les services vérificateurs sont manifestement entachées d'erreurs.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 mars 2022 et le 3 décembre 2022 sous le n° 2200791, la SCI La Provence, représentée par Me Turrin, demande au tribunal :

- de juger que la vérification de comptabilité initiée par l'administration fiscale pour la période s'échelonnant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 est entachée d'irrégularités substantielles concourant à son annulation, en conséquence, prononcer la décharge de toutes les impositions et taxes mises à la charge de la SCI La Provence à la suite de ces opérations de contrôle irrégulières,

- de juger que la SCI La Provence n'a donc pas à satisfaire au règlement de la taxe sur les véhicules de société au titre de l'année 2020

- et de condamner l'état au paiement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens de la procédure.

Elle soutient que :

- compte tenu de ses obligations comptables et déclaratives, elle ne pouvait faire l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité pour un autre impôt que la taxe sur la valeur ajoutée ; il appartenait au service vérificateur de dissocier formellement la vérification de comptabilité opérée en matière de taxe sur la valeur ajoutée sur la période s'échelonnant sur 2017 et 2018, et les autres opérations de contrôle sui generis réalisées sur les opérations autres de la SCI ; elle ne peut être assimilée aux sociétés dotées de la transparence fiscale au sens de l'article 1655 ter du code général des impôts ; elle ne pouvait donc faire l'objet d'une vérification de comptabilité, en raison de son objet civil et de ses revenus fonciers ;

- dès lors que les opérations de contrôle portent la dénomination de vérification de comptabilité, les prescriptions de l'article L 52 du livre des procédures fiscales limitant la durée des opérations à 3 mois trouvaient à s'appliquer ; or, le contrôle a duré près de 5 mois ;

- l'assujettissement à la taxe sur les véhicules des sociétés au titre de l'année 2017 est injustifié eu égard à la modification des bases de la taxe sur les véhicules de société par l'article 19 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2017 ;

- le montant de cette taxe au titre des années 2018 et 2019 est manifestement erroné ; en effet, la taxe afférente aux véhicules du dirigeant de la SCI La Provence est affectée d'un coefficient pondérateur en raison du nombre de kilomètres remboursés par la société ; en l'espèce, aucun kilomètre n'a été remboursé au dirigeant ; dès lors, aucune taxe n'est due ; en tout état de cause et après application du coefficient pondérateur, un abattement de 15 000 euros est appliqué sur le montant total de la taxe due par la société à raison de l'ensemble des véhicules possédés et mis à disposition des dirigeants ; par conséquent, les modalités de calcul opérées par les services vérificateurs sont manifestement entachées d'erreurs.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

III. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2203151 le 21 octobre 2022 et le 3 décembre 2022, la SCI La Provence, représentée par Me Turrin, demande au tribunal :

- la décharge des impositions et taxes mises à sa charge au titre de la taxe sur les véhicules de société au titre des années 2017, 2018 et 2019, subsidiairement la décharge pour l'année 2017 et une minoration des montants demandés au titre des années 2018 et 2019,

- la mise à la charge de l'Etat des entiers dépens de l'instance et d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- compte tenu de ses obligations comptables et déclaratives, elle ne pouvait faire l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité pour un autre impôt que la taxe sur la valeur ajoutée ; il appartenait au service vérificateur de dissocier formellement la vérification de comptabilité opérée en matière de taxe sur la valeur ajoutée sur la période s'échelonnant sur 2017 et 2018, et les autres opérations de contrôle sui generis réalisées sur les opérations autres de la SCI ; elle ne peut être assimilée aux sociétés dotées de la transparence fiscale au sens de l'article 1655 ter du code général des impôts ; elle ne pouvait donc faire l'objet d'une vérification de comptabilité, en raison de son objet civil et de ses revenus fonciers ;

- dès lors que les opérations de contrôle portent la dénomination de vérification de comptabilité, les prescriptions de l'article L 52 du livre des procédures fiscales limitant la durée des opérations à 3 mois trouvaient à s'appliquer ; or, le contrôle a duré près de 5 mois ;

- l'assujettissement à la taxe sur les véhicules des sociétés au titre de l'année 2017 est injustifié eu égard à la modification des bases de la taxe sur les véhicules de société par l'article 19 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2017 ;

- le montant de cette taxe au titre des années 2018 et 2019 est manifestement erroné ; en effet, la taxe afférente aux véhicules du dirigeant de la SCI La Provence est affectée d'un coefficient pondérateur en raison du nombre de kilomètres remboursés par la société ; en l'espèce, aucun kilomètre n'a été remboursé au dirigeant ; dès lors, aucune taxe n'est due ; en tout état de cause et après application du coefficient pondérateur, un abattement de 15 000 euros est appliqué sur le montant total de la taxe due par la société à raison de l'ensemble des véhicules possédés et mis à disposition des dirigeants ; par conséquent, les modalités de calcul opérées par les services vérificateurs sont manifestement entachées d'erreurs.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

IV. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2022 et le 3 décembre 2022 sous le n° 2203153, la SCI La Provence, représentée par Me Turrin, demande au tribunal :

- la décharge des impositions et taxes mises à sa charge au titre de la taxe sur les véhicules de société au titre de l'année 2020, subsidiairement une minoration des montants demandés,

- la mise à la charge de l'Etat des entiers dépens de l'instance et d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- compte tenu de ses obligations comptables et déclaratives, elle ne pouvait faire l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité pour un autre impôt que la taxe sur la valeur ajoutée ; il appartenait au service vérificateur de dissocier formellement la vérification de comptabilité opérée en matière de taxe sur la valeur ajoutée sur la période s'échelonnant sur 2017 et 2018, et les autres opérations de contrôle sui generis réalisées sur les opérations autres de la SCI ; elle ne peut être assimilée aux sociétés dotées de la transparence fiscale au sens de l'article 1655 ter du code général des impôts ; elle ne pouvait donc faire l'objet d'une vérification de comptabilité, en raison de son objet civil et de ses revenus fonciers ;

- dès lors que les opérations de contrôle portent la dénomination de vérification de comptabilité, les prescriptions de l'article L 52 du livre des procédures fiscales limitant la durée des opérations à 3 mois trouvaient à s'appliquer ; or, le contrôle a duré près de 5 mois ;

- l'assujettissement à la taxe sur les véhicules des sociétés au titre de l'année 2017 est injustifié eu égard à la modification des bases de la taxe sur les véhicules de société par l'article 19 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2017 ;

- le montant de cette taxe au titre des années 2018 et 2019 est manifestement erroné ; en effet, la taxe afférente aux véhicules du dirigeant de la SCI La Provence est affectée d'un coefficient pondérateur en raison du nombre de kilomètres remboursés par la société ; en l'espèce, aucun kilomètre n'a été remboursé au dirigeant ; dès lors, aucune taxe n'est due ; en tout état de cause et après application du coefficient pondérateur, un abattement de 15 000 euros est appliqué sur le montant total de la taxe due par la société à raison de l'ensemble des véhicules possédés et mis à disposition des dirigeants ; par conséquent, les modalités de calcul opérées par les services vérificateurs sont manifestement entachées d'erreurs.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A Parisien ;

- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ;

- et les observations de M. B pour la direction départementale des finances publiques du Gard.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI La Provence a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité couvrant la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. A l'issue de cette procédure, une proposition de rectification a été envoyée à la société, lui proposant des rectifications, en particulier en matière de taxe sur les véhicules de société. Les réclamations contentieuses présentées suite à la mise en recouvrement des taxes contestées ayant été rejetées, la SCI La Provence demande au tribunal la décharge de la taxe sur les véhicules de société à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2020.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2200789, 2200791, 2203151 et 2203153, présentées par la SCI La Provence, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la procédure d'imposition

3. Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. ". Aux termes de l'article 195 A de l'annexe II au code général des impôts : " Les personnes qui exercent l'option sont soumises à l'ensemble des obligations qui incombent aux assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée. Les règles relatives à l'assiette, à la liquidation, au recouvrement, au contrôle et au contentieux de ladite taxe leur sont applicables. ". Aux termes de l'article 286 du même code : " I. Toute personne assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée doit : / () 3° Si elle ne tient pas habituellement une comptabilité permettant de déterminer son chiffre d'affaires tel qu'il est défini par le présent chapitre, avoir un livre aux pages numérotées sur lequel elle inscrit, jour par jour, sans blanc ni rature, le montant de chacune de ses opérations, en distinguant, au besoin, ses opérations taxables et celles qui ne le sont pas. / Chaque inscription doit indiquer la date, la désignation sommaire des objets vendus, du service rendu ou de l'opération imposable, ainsi que le prix de la vente ou de l'achat, ou le montant des courtages, commissions, remises, salaires, prix de location, intérêts, escomptes, agios ou autres profits. Toutefois, les opérations au comptant peuvent être inscrites globalement en comptabilité à la fin de chaque journée lorsqu'elles sont inférieures à 76 euros pour les ventes au détail et les services rendus à des particuliers. Le montant des opérations inscrites sur le livre est totalisé à la fin du mois. / Le livre prescrit ci-dessus (), ainsi que les pièces justificatives des opérations effectuées par les redevables, notamment les factures d'achat, doivent être conservés selon les modalités prévues au I de l'article L. 102 B du livre des procédures fiscales ; les pièces justificatives relatives à des opérations ouvrant droit à une déduction doivent être d'origine ; (). ". Enfin, en vertu de l'article 1010 B du code général des impôts, le recouvrement et le contrôle de la taxe sur les véhicules des sociétés sont assurés selon les règles applicables en matière de taxes sur le chiffre d'affaires.

4. Il résulte de l'instruction que la SCI La Provence est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée depuis l'année 2005, et qu'elle a renoncé à son option à compter du 1er octobre 2018. Elle était de ce fait astreinte, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 195 A de l'annexe II audit code, à la tenue des documents, notamment du livre aux pages numérotées, mentionnés à l'article 286 du code général des impôts, ainsi qu'à la conservation des pièces justificatives des opérations effectuées et des opérations ouvrant droit à déduction. Ces documents doivent être regardés comme des documents comptables, au sens des dispositions de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, les règles relatives à l'assiette, à la liquidation, au recouvrement, au contrôle et au contentieux de la taxe sur la valeur ajoutée lui étaient applicables, en vertu des dispositions de l'article L. 195 A de l'annexe II audit code. Il s'ensuit que l'administration a pu, à bon droit, s'agissant de la taxe à la valeur ajoutée et de la taxe sur les véhicules des sociétés, adresser à la SCI La Provence un avis de vérification de comptabilité en date du 8 septembre 2020 et procéder, pour ces taxes, à une telle vérification.

5. Aux termes de l'article L. 53 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne les sociétés dont les associés sont personnellement soumis à l'impôt pour la part des bénéfices correspondant à leurs droits dans la société, la procédure de vérification des déclarations déposées par la société est suivie entre l'administration des impôts et la société elle-même. () ".

6. Les sociétés civiles immobilières qui donnent leurs immeubles en location relèvent du régime d'imposition des sociétés de personnes énumérées à l'article 8 du code général des impôts. Il ressort des dispositions de l'article 172 bis du même code, ainsi que des dispositions réglementaires des articles 46 B à D de l'annexe III à ce code prises pour leur application, qu'afin d'examiner les documents comptables et autres pièces justificatives que ces dernières dispositions imposent de tenir aux sociétés civiles immobilières qui donnent leurs immeubles en location, l'administration peut légalement procéder à un contrôle sur place de ces documents, dans le respect des garanties bénéficiant à l'ensemble des contribuables vérifiés. Ainsi, l'administration pouvait procéder à la vérification sur place des écritures et documents comptables de la société civile immobilière La Provence qui portaient sur ses revenus fonciers, et non seulement de ceux concernant la taxe sur la valeur ajoutée dont la société était passible sur ses opérations en raison de son option pour l'assujettissement à cette taxe.

7. Aucune disposition n'oblige l'administration à mentionner, sur un avis de vérification de comptabilité, quels sont les impôts sur lesquels le vérificateur se propose de faire porter ses investigations. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition serait irrégulière au motif d'une part qu'il appartenait au service vérificateur de dissocier formellement la vérification de comptabilité opérée en matière de taxe sur la valeur ajoutée sur la période s'échelonnant sur 2017 et 2018, et les autres opérations de contrôle sui generis réalisées sur les opérations autres de la SCI requérante. Enfin, si la période vérifiée mentionnée sur l'avis comprend l'année 2019, année pour laquelle la SCI La Provence n'était plus redevable de la taxe sur la valeur ajoutée du fait de l'abandon de son option à compter du 30 septembre 2018, il résulte de l'instruction que la vérificatrice a limité son contrôle en matière de taxe sur la valeur ajoutée au 30 septembre 2018. Par conséquent, la procédure n'est pas irrégulière pour ce motif.

8. Aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales : " Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts () ".

9. Les sociétés civiles immobilières qui exercent une activité civile de location immobilière de locaux nus, n'entrent dans le champ d'aucune des dispositions de cet article. Dès lors, le moyen tiré de ce que les opérations de contrôle de la SCI La Provence ont duré plus de trois mois, en méconnaissance de ces dispositions, doit être, en tout état de cause, écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

10. Aux termes du II de l'article 19 de la loi du 23 décembre 2016 de financement de la sécurité sociale pour 2017 : " () B.-Une taxe, établie, liquidée, contrôlée et recouvrée selon les modalités et sous les sanctions, garanties et privilèges prévus à l'article 1010 du code général des impôts, dans sa rédaction résultant du I du présent article, est due au titre du dernier trimestre de l'année 2017 par les sociétés mentionnées au premier alinéa du I du même article 1010. Les réclamations sont présentées, instruites et jugées et le droit de reprise de l'administration s'exerce selon les règles applicables à la taxe prévue audit article 1010. ".

11. La SCI La Provence se borne à soutenir qu'il résulterait de ces dispositions qu'aucune taxe ne serait due au titre de l'année 2017. En l'absence de toute argumentation à l'appui du moyen tel qu'il est soulevé, ledit moyen ne peut qu'être écarté.

12. Aux termes de l'article 1010-0 A du code général des impôts : " I. - Sont considérés comme véhicules utilisés par les sociétés au sens de l'article 1010 les véhicules possédés ou pris en location par les salariés d'une société ou ses dirigeants et pour lesquels la société procède au remboursement des frais kilométriques II. - Le montant de la taxe sur les véhicules de sociétés afférent aux véhicules mentionnés au I est déterminé par application d'un coefficient, fondé sur le nombre de kilomètres pris en compte pour le remboursement au propriétaire ou à l'utilisateur desdits véhicules durant la période d'imposition, au tarif liquidé en application de l'article 1010 : (). Il est effectué un abattement de 15 000 euros sur le montant total de la taxe due par la société au titre des véhicules mentionnés au I ".

13. La SCI La Provence soutient qu'en application du BOI-TFP-taxe sur les véhicules des sociétés-30 paragraphe § 330 du 6 juin 2018, la taxe afférente aux véhicules du dirigeant de la SCI La Provence serait affectée d'un coefficient pondérateur en raison du nombre de kilomètres remboursés par la société, alors qu'en l'espèce, aucun kilomètre n'a été remboursé au dirigeant. Elle en conclut qu'aucune taxe n'est due. Toutefois, il résulte de l'instruction que la SCI La Provence est propriétaire de plusieurs véhicules particuliers, à savoir un véhicule Mercedes Classe B (immatriculé DG 885 YQ) acquis le 16 novembre 2015, un véhicule Mercedes Classe M (immatriculé EP 381 ZQ) acquis le 30 juin 2017 et enfin un véhicule BMW X6 (immatriculé EM 653 DN) acquis le 13 mars 2017, au titre desquels elle a été soumise à la taxe sur les véhicules de société. Dans ces conditions, celle-ci n'est pas fondée à soutenir qu'elle pouvait bénéficier de l'abattement prévu par les dispositions précitées de l'article 1010-0 A du code général des impôts, lequel ne s'applique qu'aux seuls véhicules possédés ou pris en location par les salariés d'une société ou ses dirigeants, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, et pour lesquels la société procède au remboursement des frais kilométriques, ni à faire valoir qu'aucun kilomètre n'a été remboursé à son dirigeant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur les véhicules de société qui lui ont été réclamés au titre des années 2017 à 2020.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requêtes susvisées doivent être rejetées, en ce compris leurs conclusions formées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SCI La Provence enregistrées sous les n° 2200789, 2200791, 2203151 et 2203153 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La Provence et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2200789

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