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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200831

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200831

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200831
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantVENEZIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2022, un mémoire en régularisation du 24 mars 2022, et un mémoire en réplique enregistré le 23 novembre 2022, Mme E D, représentée par Me Venezia, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard lui a notifié la récupération d'un indu de 1 350,39 euros contracté au titre de l'aide personnelle au logement pour la période du 1er novembre 2019 au 31 décembre 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 18 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a rejeté son recours préalable relatif à la récupération de cette dette de 1 350,39 euros ;

3°) de prononcer la décharge de l'indu litigieux ;

4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Gard de lui reverser les sommes retenues sur ses prestations au titre du remboursement de sa dette et de la rétablir dans ses droits à l'aide personnelle au logement, dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gard le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 18 janvier 2022 est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision du 18 janvier 2022 est insuffisamment motivée en l'absence de mention du mode de calcul de l'indu ;

- elle dispose d'un droit de visite et d'hébergement élargi pour sa fille et justifie contribuer pleinement à ses besoins.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022, le caisse d'allocations familiales du Gard conclut au rejet de la requête et à ce que Mme D soit condamnée à lui payer la somme de 1 350,39 euros correspondant à l'indu d'aide personnelle au logement versée à tort au titre de la période du 1er novembre 2019 au 31 décembre 2020.

La caisse d'allocations familiales soutient que :

- les moyens de la requérante ne sont pas fondés ;

- la requérante reste redevable de la somme de 1 350,39 euros correspondant au solde de l'indu en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, pour statuer sur les litiges énumérés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative, la rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique, au cours de laquelle ont été présentés :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Venezia, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que celles de ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 29 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales du Gard a informé Mme D de l'existence d'une dette de 1 350,39 euros contracté au titre de l'aide personnalisée au logement pour la période du 1er novembre 2019 au 31 décembre 2020. Par un courrier du 4 novembre 2021, Mme D a formé un recours préalable en contestant le bien-fondé de ces indus. Après avis de la commission des recours amiables du 14 janvier 2022, ce recours préalable a été rejeté par une décision du 18 janvier 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales du Gard. Par le présent recours, Mme D doit être regardée comme demande l'annulation des décisions du 29 octobre 2021 et du 18 janvier 2022.

Sur les conclusions de Mme D :

En ce qui concerne la décision du 29 octobre 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement () par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur () ". Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative. () ".

3. Il résulte de ces dispositions, dès lors que la décision prise après recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale, que cette dernière disparaît de l'ordonnancement juridique. Il en résulte que la demande d'annulation de la décision initiale du 29 octobre 2021 ne peut qu'être rejetée, la décision du 18 janvier 2022 s'y étant substituée, les conclusions et moyens de la requérante dirigées contre la décision initiale devant être regardés comme dirigés contre la décision du 18 janvier 2022.

En ce qui concerne la décision du 18 janvier 2022 :

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle la caisse d'allocations familiales, après avis de la commission de recours amiable, a rejeté la demande d'un bénéficiaire tendant à la décharge des sommes dues en remboursement de montants d'aide personnalisée au logement que l'administration estime avoir indûment versés, le juge administratif statue en tant que juge de plein contentieux. Il lui appartient d'examiner d'abord les moyens tirés, le cas échéant, des vices propres de cette décision pour en prononcer, s'il y a lieu, l'annulation. Dans le cas où aucun vice propre n'est de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée, il appartient au juge d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée afin d'y statuer lui-même et d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision.

5. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractère lisible, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. () ". Aux termes de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. () ".

6. Le requérante invoque un vice de compétence, motif pris de ce que la décision prise par la commission du recours amiable de la caisse d'allocations familiales n'est pas signée et ne comporte qu'un tampon apposé, sans que l'identité du signataire ne soit précisée. Toutefois, il résulte de l'instruction que la décision attaquée du 18 janvier 2022, qui s'approprie l'avis de la commission des recours amiables du 14 janvier 2022, comporte la mention " Pour le directeur et par délégation, Votre technicien - conseil " et a été signée pour le directeur de la caisse d'allocations familiales du Gard par Azucena Martinez, référent de la commission de recours amiable. Dans ces conditions, la décision contestée comporte les mentions exigées par les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, permettant d'en identifier l'auteur. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit, dès lors, être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. () ". Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. () ".

8. Les décisions par lesquelles l'autorité compétente statue sur le recours administratif d'une personne qui conteste le bien-fondé d'un paiement indu d'aides personnelles au logement doivent être motivées en application des dispositions combinées du 8° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation et de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale. De telles décisions doivent ainsi comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, à ce titre, doivent notamment indiquer, soit directement dans les mentions de la décision soit par référence à la décision initiale, la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. L'autorité compétente n'est en revanche pas tenue de faire figurer dans ces décisions les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

9. Il résulte de l'instruction qu'en s'appropriant l'avis de la commission de recours amiable, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Gard a entendu motiver sa décision par référence à cet avis. A cet égard, il résulte des termes de l'avis en cause, annexé à la décision attaquée, que l'autorité administrative a bien fait état des éléments de fait et de droit qui ont constitué le fondement de la décision de refus contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.

10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; () ". Aux termes de l'article L. 823-2 du même code : " Pour effectuer le calcul découlant du 1° de l'article L. 823-1, l'enfant à charge est rattaché à la personne qui en assume la charge effective et permanente. / En cas de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun des parents telle que prévue à l'article 373-2-9 du code civil, mise en œuvre de manière effective, les parents désignent le bénéficiaire de l'aide. / Cependant, la charge de l'enfant pour le calcul des aides personnelles au logement est partagée entre les deux parents allocataires, soit sur demande conjointe des parents, soit si les parents sont en désaccord sur la désignation du bénéficiaire, selon des modalités définies par voie réglementaire. ". Enfin, aux termes de l'article R. 823-10 de ce code : " I. L'aide personnalisée au logement est due à partir du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel les conditions d'ouverture du droit sont réunies. () Lorsque les conditions d'ouverture du droit sont réunies antérieurement au mois de la demande, l'aide n'est due qu'à compter du premier jour du mois au cours duquel la demande est déposée. () ".

11. Il résulte de ces dispositions que les enfants en situation de résidence alternée sont pris en compte pour le calcul des prestations familiales et les enfants en situation de garde alternée doivent être regardés comme vivant habituellement au foyer de chacun de leurs deux parents. Les enfants doivent par suite être pris en compte pour le calcul de l'aide personnalisée au logement sollicitée, le cas échéant par chacun des deux parents, chaque parent ne pouvant toutefois prétendre à une aide déterminée sur cette base qu'au titre de la période cumulée pendant laquelle il accueille l'enfant à son domicile au cours de l'année.

12. L'indu d'aide personnalisée au logement litigieux trouve son origine dans la prise en compte à tort, dans la composition du foyer de Mme D, de sa fille A. Il résulte de l'instruction, notamment du jugement du 30 août 2019 du juge aux affaires familiales près le tribunal de grande instance d'Avignon, que la résidence habituelle de la fille de Mme D a été fixée chez son père, M. B, et que Mme D bénéficie d'un droit de visite et d'hébergement les semaines paires du vendredi après la classe jusqu'au lundi matin au retour en classe, les semaines impaires du mardi après la classe au jeudi matin au retour en classe, ainsi que la moitié des vacances scolaires. Si Mme D soutient qu'elle a la charge effective au regard de ce droit de visite et d'hébergement du fait qu'elle contribue financièrement aux besoins de sa fille, elle n'établit pas partager la garde de A avec M. B de manière équivalente. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Gard a procédé au réexamen de ses droits à l'aide personnalisée au logement sans tenir compte de la présence de sa fille A au sein de son foyer. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par la décision contestée du 18 janvier 2022, le président de la caisse d'allocations familiales du Gard a rejeté son recours préalable relatif à la récupération d'une dette de 1 350,39 euros contracté au titre de l'aide personnalisée au logement pour la période du 1er novembre 2019 au 31 décembre 2020.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme D doivent être rejetées ainsi que, par suite, ses conclusions subséquentes aux fins de décharge, d'injonction et de remboursement de ses frais exposés et non compris dans les dépens.

Sur les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales du Gard :

14. L'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale dispose que : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".

15. Ces dispositions, qui investissent les directeurs des caisses d'allocations familiales du pouvoir de recouvrer directement, par voie de contrainte, les sommes indûment versées au titre de la prime d'activité aux allocataires, font obstacle à ce que la condamnation de ceux-ci au reversement de ces sommes puisse être demandée au juge administratif. Par suite, les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales du Gard tendant à la condamnation de Mme D à lui payer la somme de 1 350,39 euros correspondant à l'indu en litige ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales du Gard sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et à la caisse d'allocations familiales du Gard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

J.B. C

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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