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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201000

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201000

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201000
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 avril 2022, M. B C, représenté par Me Herisson, demande au tribunal :

- la décharge des impositions supplémentaires en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2014 à 2018 et des majorations et accessoires y afférentes,

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le service a irrégulièrement exercé le droit de vérification, dès lors que les garanties légales prévues en faveur du contribuable n'ont pas été respectées, s'agissant plus particulièrement de l'absence de l'envoi d'un avis de vérification précisant également la faculté, pour le contribuable, de se faire assister d'un conseil de son choix ; en effet, le contrôle réalisé sur les années 2014 à 2016 est une vérification de comptabilité sous couvert d'un contrôle sur pièces ; le service a reconstitué le chiffre d'affaires de l'exploitant sur les années 2015 à 2018 à partir des éléments retenus et découverts lors de la vérification ; l'administration n'a pas respecté les dispositions de l'article L 47 du livre des procédures fiscales ;

- le service a consulté les documents comptables saisis au cours de la vérification de comptabilité, sans information du contribuable, le privant ainsi d'un débat oral et contradictoire ;

- il conteste les modalités de reconstitution de son chiffre d'affaires ; en effet, le service n'a pas pris en considération les conditions concrètes d'exploitation de son activité en se fondant uniquement sur les procès-verbaux établis par les officiers de gendarmerie et en retenant le nombre de boîtes de pizzas achetées, auquel a été appliqué les tarifs pratiqués par l'entreprise ; l'administration qui aurait dû utiliser plusieurs méthodes de reconstitution, s'est contentée de reprendre les éléments parcellaires de ses auditions ; plusieurs incohérences sont à relever, notamment en ce qui concerne les frais ou charges engagés dans le cadre de son activité ou la réfaction pour pertes, offerts ; la reconstitution de recettes est infondée et ne correspond à aucune réalité économique, alors que dans le cadre d'une reconstitution logique, le service devait prendre en compte les éléments de l'année 2018 ;

- au vu du chiffre d'affaires de l'entreprise de 2013 à 2018 les seuils fixés par l'article 293 B I et II du code général des impôts ne sont pas dépassés ; en conséquence, aucune taxe sur la valeur ajoutée n'est due dans le cadre de la reconstitution de recettes ;

- par conséquent, les pénalités appliquées sont injustifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Parisien,

-les conclusions de Mme Lellig, rapporteure public ;

- et les observations de Mme A, représentant le directeur départemental des finances publiques du Gard.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, s'agissant de son activité de vente à emporter de pizzas. Le requérant a fait aussi l'objet d'un contrôle sur pièces s'agissant de la période allant de 2014 à 2016. A l'issue des opérations de vérification et de contrôle sur pièces, deux propositions de rectification lui ont été adressées, portant sur la taxe sur la valeur ajoutée, l'impôt sur le revenu et les contributions sociales des années 2014 à 2018. Une amende lui a également été infligée sur le fondement de l'article 1737 du code général des impôts. M. C a adressé deux réclamations contentieuses en date du 26 avril et 18 mai 2021. Ces réclamations ayant été rejetées, M. C demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de l'amende mis à sa charge au titre des années 2014 à 2018.

Sur la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable à l'imposition en litige : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place () la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables ". Aux termes de l'article R. 13-1 du même livre : " Les vérifications de comptabilité mentionnées à l'article L. 13 comportent notamment : / a) La comparaison des déclarations souscrites par les contribuables avec les écritures comptables et avec les registres et documents de toute nature () ; / b) L'examen de la régularité, de la sincérité et du caractère probant de la comptabilité à l'aide particulièrement des renseignements recueillis à l'occasion de l'exercice du droit de communication, et de contrôles matériels ". L'article L. 47 du livre des procédures fiscales dispose que : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. / () "

3. Il résulte de ces dispositions que l'administration procède à la vérification de comptabilité d'une entreprise lorsqu'en vue d'assurer l'établissement d'impôts ou de taxes totalement ou partiellement éludés par les intéressés, elle contrôle sur place la sincérité des déclarations fiscales souscrites par cette entreprise en les comparant avec les écritures comptables ou les pièces justificatives dont elle prend alors connaissance. En revanche, ne constitue pas une vérification de comptabilité le contrôle sur pièces par le service, dans ses propres locaux, des déclarations ou de l'absence de déclarations à la taxe sur la valeur ajoutée d'un contribuable, à l'aide d'éléments en possession de l'administration, qui peuvent avoir été recueillis lors de la vérification de comptabilité de ce même contribuable. L'exercice régulier du droit de vérification de comptabilité suppose le respect des garanties légales prévues en faveur du contribuable vérifié au nombre desquelles figure, notamment, l'envoi ou la remise de l'avis de vérification auquel se réfère l'article L. 47 du livre des procédures fiscales et l'octroi au contribuable d'un délai suffisant pour lui permettre de s'assurer l'assistance d'un conseil de son choix.

4. Si pour rehausser le chiffre d'affaires et les bénéfices industriels et commerciaux de M. C au titre des années 2014 à 2016, l'administration fiscale a utilisé les éléments, notamment un questionnaire sur les conditions d'exploitation, qu'elle avait recueillis au cours de la vérification de comptabilité de l'activité de restauration que ce dernier exerce au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, il résulte de l'instruction qu'elle n'a pas pour autant procédé à une nouvelle vérification de la comptabilité mais s'est bornée à se livrer, dans les locaux du service, à un contrôle sur pièces des factures fournisseurs établies à son nom ainsi qu'à celui de " Valdener ". Elle a retenu, pour reconstituer le chiffre d'affaires, le nombre de boites de pizzas achetées, auquel a été appliqué les tarifs de l'entreprise, sur la base du tarif moyen relevé lors de la vérification de comptabilité des années 2017 et 2018, corrigé d'un abattement pour prendre en compte l'inflation et d'une réfaction de 5 % pour les offerts, les pertes et la consommation personnelle. Le service a tenu compte de la taxe sur la valeur ajoutée déductible figurant sur les factures fournisseurs et, s'agissant de la reconstitution du résultat, retenu un taux de charge forfaitaire global de 71% du chiffre d'affaires hors taxes reconstitué. Ce faisant, il ne résulte pas de l'instruction que le service, qui ne s'est d'ailleurs pas rendu sur place, aurait opéré une confrontation des déclarations de l'intéressé avec un examen critique des écritures comptables de la société, étant rappelé qu'aucune comptabilité n'a pu être présentée au vérificateur. La circonstance que les redressements litigieux sont motivés de manière identique dans les deux propositions de rectifications afférentes respectivement au contrôle sur pièces et à la vérification de comptabilité, n'est pas de nature à établir que le contrôle sur pièces aurait constitué une vérification de comptabilité. Par conséquent, le contrôle effectué au titre des années 2014 à 2016 n'ayant ainsi pas revêtu, contrairement à ce que soutient M. C, le caractère d'une vérification de comptabilité, le moyen tiré de ce que le contribuable aurait été privé des garanties afférentes à une procédure de vérification de comptabilité est inopérant et doit être écarté.

5. Eu égard aux garanties dont le livre des procédures fiscales entoure la mise en œuvre d'une vérification de comptabilité, l'administration est tenue, lorsque, faisant usage de son droit de communication, elle consulte au cours d'une vérification des pièces comptables saisies et détenues par l'autorité judiciaire, de soumettre l'examen de ces pièces à un débat oral et contradictoire avec le contribuable. A défaut, les impositions découlant de l'examen de ces pièces sont entachées d'irrégularité. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Il en va autrement s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration. Dans cette dernière hypothèse, si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration, celle-ci est alors tenue de les lui communiquer.

6. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a, le 5 décembre 2019, obtenu de l'autorité judiciaire, l'autorisation de consulter et prendre copie de l'intégralité du dossier concernant M. C et à l'utiliser à des fins fiscales, conformément à l'article L 101 du livre des procédures fiscales dans le cade de la procédure pénale diligentée à son encontre. A la suite d'un avis reçu le 18 décembre 2019, elle a procédé à compter du 14 janvier 2020 à une vérification de la comptabilité de l'intéressé dans les locaux de son entreprise individuelle. Des rectifications dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux et en matière de taxe sur la valeur ajoutée ont été établis après l'exploitation des documents saisis au cours de la procédure judiciaire.

7. Si le requérant soutient qu'il a, au cours de la vérification de comptabilité, été privé de la possibilité d'un débat contradictoire pour n'avoir pas été remis en possession des documents judicaires le concernant, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, il est constant que l'administration fiscale a exercé son droit de communication avant la vérification de comptabilité, laquelle a débuté par la première intervention sur place du vérificateur. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction qu'à la suite de la réception de l'avis de vérification en décembre 2019, M. C aurait alors présenté une demande au juge d'instruction pour obtenir une copie desdits documents comptables, comme le prévoient les dispositions de l'article 97 du code de procédure pénale. Il ne soutient pas davantage avoir sollicité vainement de l'administration la communication des documents en cause. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne la méthode de reconstitution et le quantum des rappels :

8. Il résulte de l'instruction que pour reconstituer le chiffre d'affaires réalisé par M. C en l'absence de toute comptabilité probante, l'administration fiscale, ainsi qu'il a été dit au point 4, a utilisé les éléments qu'elle avait recueillis au cours de la vérification de comptabilité de l'activité de restauration que ce dernier exerce au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. Pour ce faire, elle a relevé les factures fournisseurs établies à son nom ainsi que les factures " Copral " libellées au nom de " Valdener ", autre compte à faux nom utilisé pour acheter des fournitures professionnelles au moyen d'espèces, ce que M. C a reconnu devant l'autorité judiciaire. Le service, qui n'était pas tenu d'utiliser plusieurs méthodes, a retenu pour reconstituer le chiffre d'affaires, le nombre de boites de pizzas achetées, auquel a été appliqué les tarifs de l'entreprise, sur la base du tarif moyen relevé lors de la vérification de comptabilité des années 2017 et 2018, corrigé d'un abattement pour prendre en compte l'inflation et d'une réfaction de 5% pour les offerts, les pertes et la consommation personnelle. Compte tenu des particularités de l'année 2018, pour laquelle aucune facture relative au compte à faux nom " Valdener " n'était présente, c'est à bon droit que le chiffre d'affaires rectifié calculé pour cette année n'a pas servi de référence aux années antérieures. La détermination du nombre de jours d'ouverture ayant été calculée sur la base des indications des livres de caisse tenus par l'entreprise, et en tenant compte du fait que les époux C tenaient chacun un " kiosque " de vente, les allégations du requérant concernant l'exagération des chiffres du service au regard du nombre de jours d'ouverture de son commerce ne peuvent être retenues. Le service a, par ailleurs, tenu compte de la taxe sur la valeur ajoutée déductible figurant sur les factures fournisseurs et, s'agissant de la reconstitution du résultat, retenu un taux de charge forfaitaire global de 71% du chiffre d'affaires hors taxes reconstitué. M. C, s'il fait état d'incohérences et d'imprécisions dans la méthode utilisée par le vérificateur, et de charges qui n'auraient pas été suffisamment prises en compte, notamment au niveau des offerts, n'assortit pas ces critiques d'éléments suffisamment probants ou circonstanciés. Il ne propose pas une évaluation plus précise des recettes litigieuses en se bornant à se prévaloir des résultats obtenus sur l'année 2018, dont les conditions d'exploitation, ainsi qu'il vient d'être dit, étaient particulières et non transposables aux années antérieures. Par conséquent, au vu des seuls moyens invoqués, il ne résulte pas de l'instruction que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires utilisés par le service serait radicalement viciée ou excessivement sommaire, et le service établit le bien-fondé des rappels litigieux.

En ce qui concerne le régime de la franchise de taxe sur la valeur ajoutée :

9. Il résulte de l'instruction, notamment de l'examen des propositions de rectifications notifiées les 31 août et 17 septembre 2020 que le chiffre d'affaires toutes taxes comprises de l'activité de M. C reconstitué par le service s'élevait respectivement à 161 272 euros pour 2014, 138 899 euros pour 2015, 149 131 euros pour 2016 et 127 988 euros pour 2018. Ainsi, dès lors que le chiffre d'affaires reconstitué des années précitées dépassait les seuils applicables en vertu des dispositions du 1 du II de l'article 293 B du code général des impôts, M. C ne pouvait pas bénéficier de la franchise de taxe sur la valeur ajoutée prévue au I de ce même article 293 B.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à obtenir la décharge en droits des cotisations supplémentaires mises à sa charge au titre des années 2014 à 2018en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur le revenu. Par conséquent, ses conclusions visant à la décharge des majorations y afférentes, lesquelles sont dépourvues de tout moyen spécifique, doivent également être rejetées.

11. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L761-1 du code de justice administrative et tendant au paiement de dépens non exposés au cours de la présente instance ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201000

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