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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201178

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201178

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201178
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, M. B A, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Gard a refusé de lui accorder le bénéfice du dispositif d'aide aux jeunes majeurs ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 2 000 euros au titre de des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- il appartiendra au département du Gard de justifier de la compétence de Mme C, signataire de la décision attaquée ;

- la décisions attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; investi dans son insertion sociale et administrative avec l'aide de ses accompagnateurs sociaux, donnant satisfaction à ses professeurs et employeurs, toutefois, il n'est pas encore en autonomie complète, dès lors qu'il n'a pas de document relatif au séjour et qu'il est en apprentissage avec des ressources d'environ 700 euros par mois seulement et qu'il est dans l'incapacité de se loger par ses propres moyens ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, en vertu desquelles le majeur de moins de 21 ans confié à l'aide sociale à l'enfance avant sa majorité est pris en charge par le département quand il ne bénéficie pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants ; il entre dans le champ d'application des dispositions du D. du chapitre 1 du titre 3 du règlement départemental d'aide sociale relatives à l'accueil des majeurs de moins de 21 ans ou des mineurs émancipés ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, en vertu desquelles un accompagnement est proposé au jeune majeur mentionné au 5° pour lui permettre de terminer l'année scolaire engagée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, le département du Gard conclut au rejet de la requête.

Le département du Gard fait valoir que les moyens soulevés par M. A sont infondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative, la rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. D ;

* les observations de Me Laurent-Neyrat, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que celles de ses écritures, par les mêmes moyens, en précisant que :

- sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle, formée à titre provisoire sans requête introductive d'instance, n'a plus lieu d'être dès lors qu'il a obtenu désormais le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- il ne peut bénéficier d'une quelconque aide au logement et ne dispose pas des ressources suffisantes pour se loger par lui-même ; il est hébergé par le centre 15 ;

- le département du Gard a failli à sa mission d'accompagnement quand il était mineur, notamment s'agissant des démarches relatives à la régularité de son séjour ; il a déposé une demande d'admission au séjour en cours d'instruction.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né en janvier 2004, entré sur le territoire français en février 2021 âgé de 17 ans, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance par jugement du 26 mai 2021 du tribunal pour enfant de Nîmes jusqu'au 30 novembre 2021. Cette mesure a été renouvelée jusqu'au 10 janvier 2022 par un jugement du 30 novembre 2021. Par un courrier du 20 décembre 2021, M. A a sollicité le bénéfice du dispositif d'aide aux jeunes majeurs. Par une décision du 7 février 2022, le président du conseil départemental du Gard a rejeté cette demande. Par un courrier du 10 février 2022, M. A a formé un recours pour contester le bien-fondé de cette décision. Par une décision du 14 février 2022, le président du conseil départemental du Gard a refusé de faire droit à sa demande. Par le présent recours, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

En ce qui concerne le vice propre de la décision attaquée :

3. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen soulevé, tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée, est inopérant. En tout état de cause, la décision attaquée a été signée par Mme C, directrice adjointe par intérim de l'enfance et petite enfance en charge de l'aide sociale à l'enfance, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté n°1-DAJCP-2022 du 17 janvier 2022 de la présidente du conseil départemental du Gard.

En ce qui concerne le bien-fondé de la décision attaquée :

4. En premier lieu, l'article L. 111-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que, sous réserve des dispositions particulières applicables à certaines personnes, notamment de nationalité étrangère, " toute personne résidant en France bénéficie, si elle remplit les conditions légales d'attribution, des formes de l'aide sociale telles qu'elles sont définies par le présent code ". Aux termes de l'article L. 111-4 de ce code : " L'admission à une prestation d'aide sociale est prononcée au vu des conditions d'attribution telles qu'elles résultent des dispositions législatives ou réglementaires et, pour les prestations légales relevant de la compétence du département ou pour les prestations que le département crée de sa propre initiative, au vu des conditions d'attribution telles qu'elles résultent des dispositions du règlement départemental d'aide sociale mentionné à l'article L. 121-3 ". L'article L. 121-3 du même code dispose, dans sa rédaction en vigueur à la date de la délibération attaquée, que : " Dans les conditions définies par la législation et la réglementation sociales, le conseil général adopte un règlement départemental d'aide sociale définissant les règles selon lesquelles sont accordées les prestations d'aide sociale relevant du département ". L'article L. 121-4 de ce code, dans sa rédaction applicable à la même date, précise que : " Le conseil général peut décider de conditions et de montants plus favorables que ceux prévus par les lois et règlements applicables aux prestations mentionnées à l'article L. 121-1 ", c'est-à-dire les prestations légales d'aide sociale à la charge du département. Enfin, le quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du même code précise, s'agissant de l'aide sociale à l'enfance, que : " L'attribution d'une ou plusieurs prestations prévues au présent titre est précédée d'une évaluation de la situation prenant en compte l'état du mineur, la situation de la famille et les aides auxquelles elle peut faire appel dans son environnement ".

5. Il résulte de ces dispositions que le département a l'obligation de verser celles des prestations d'aide sociale que la loi met à sa charge à toute personne en remplissant les conditions légales. Lorsque les conditions d'attribution ou les montants des prestations sont déterminées par les lois et décrets qui les régissent, le règlement départemental d'aide sociale ne peut édicter que des dispositions plus favorables. En l'absence de conditions ou montants précisément fixés par les lois et décrets, si le règlement départemental d'aide sociale peut définir des priorités et préciser les critères au vu desquels il convient de procéder à l'évaluation de la situation des demandeurs, il ne peut, en revanche, fixer de condition nouvelle conduisant à écarter par principe du bénéfice des prestations des personnes qui entrent dans le champ des dispositions législatives applicables. Enfin, pour les prestations d'aide sociale qu'il crée de sa propre initiative, le département définit, par le règlement départemental d'aide sociale, les règles selon lesquelles ces prestations sont accordées.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : / 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; / () / Elles bénéficient des autres formes d'aide sociale, à condition qu'elles justifient d'un titre exigé des personnes de nationalité étrangère pour séjourner régulièrement en France ". Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'aide sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt-et-un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 de ce code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil, des articles 375-5, 377, 377-1, 380, 411 du même code ou de l'article L. 323-1 du code de la justice pénale des mineurs ; () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. () Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ". L'ensemble de ces dispositions est applicable aux jeunes majeurs de nationalité étrangère, en vertu de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles.

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

8. En troisième lieu, en application des principes énoncés au point 5, le règlement départemental de l'aide sociale à l'enfance du Gard adopté le 27 mai 2021 dispose, dans le 1/ du D. du chapitre 1 de son titre 3 : " () Aucune aide financière ne sera octroyée au demandeur si celui-ci dispose d'un revenu net mensuel de 560 euros, soit le montant forfaitaire du revenu de solidarité active pour une personne seule et sans enfant.".

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A poursuit un apprentissage en percevant une rémunération de 60% du salaire minimum de croissance depuis le 20 octobre 2022, soit un montant de salaire supérieur au seuil de 560 euros qui est exigé par le règlement départemental de l'aide sociale à l'enfance pour caractériser un niveau de ressources insuffisant au regard du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Par ailleurs, si M. A fait valoir que son salaire d'apprenti ne lui permet pas de se loger, que sa situation irrégulière au regard du séjour en France l'empêche de percevoir des aides au logement et qu'à ce titre, l'assistance du département lui est indispensable, notamment pour effectuer les démarches administratives relatives à son admission au séjour, il ne l'établit pas, alors qu'il résulte des observations exposées au cours de l'audience que sa demande de titre de séjour est actuellement instruite par les services de la préfecture, le juge des référés du tribunal ayant au demeurant constaté le 11 janvier 2023, dans son ordonnance n° 2203793, que la préfecture du Gard avait délivré à l'intéressé un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 14 mars 2023 l'autorisant à travailler.

10. Il résulte de ce qui précède que la présidente du conseil départemental du Gard a pu refuser à M. A le bénéfice du dispositif d'aide aux jeunes majeurs, sans méconnaitre les dispositions du 5° et du dernier alinéa de l'article L. 225-5 précité du code de l'action sociale et des familles, ni commettre une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. A.

11. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

12. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Gard, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au département du Gard et à Me Laurent-Neyrat.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

J.B. D

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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