vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2201304 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 avril 2022, Mme D B épouse A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 4 avril 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé sa radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à compter du 1er février 2022.
Elle soutient que :
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de droit en intégrant les aides versées par le fond de solidarité durant la période Covid au calcul de ses droits au revenu de solidarité active, dès lors que ces aides ne sont soumises ni à l'impôt ni à contribution sociale ;
- le bénéfice réel de son entreprise est de 4 721 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le département du Gard conclut au rejet de la requête de Mme B épouse A.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B épouse A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse A est travailleur indépendant depuis le 12 octobre 2012 et bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active depuis le 3 août 2015. La caisse d'allocations familiales du Gard l'a radiée de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à compter du 1er février 2022. Par un courrier du 22 décembre 2021, Mme B épouse A a formé un recours administratif pour contester cette dernière décision. Par une décision du 4 avril 2022, la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé sa radiation du dispositif du revenu de solidarité active. Mme B épouse A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 4 avril 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé sa radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à compter du 1er février 2022.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-5 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 262-7 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat définit les règles de calcul du revenu de solidarité active applicables aux travailleurs mentionnés à l'article L. 611-1 du code de la sécurité sociale () ". L'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles prévoit à son premier alinéa le principe selon lequel : " Les bénéfices industriels et commerciaux et les bénéfices non commerciaux s'entendent des résultats ou bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. S'y ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels ". L'article R. 262-21 du même code précise que pour l'appréciation de ces revenus professionnels, et sous réserve notamment de la situation des travailleurs indépendants ayant opté pour le régime " micro-social ", " il est fait abstraction des déficits catégoriels et des moins-values subis au cours de l'année de référence ainsi que des déficits constatés au cours des années antérieures. / Ces revenus professionnels sont revalorisés en fonction du taux d'évolution en moyenne annuelle de l'indice général des prix à la consommation hors tabac entre l'année à laquelle ces revenus professionnels se rapportent et celle à laquelle est présentée la demande () ". L'article R. 262-23 de ce code prévoit que : " Selon les modalités prévues aux articles R. 262-18 à R. 262-22, le président du conseil départemental arrête l'évaluation des revenus professionnels non salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active. A cet effet, il tient compte, soit à son initiative, soit à la demande de l'intéressé, des éléments de toute nature relatifs aux revenus professionnels de l'intéressé ". Enfin, l'article R. 262-24 de ce code dispose que : " En l'absence de déclaration ou d'imposition d'une ou plusieurs activités non salariées, le président du conseil départemental évalue le revenu au vu de l'ensemble des éléments d'appréciation fournis par le demandeur ".
4. D'autre part, l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles prévoit, pour la détermination des ressources de l'ensemble des personnes demandant à bénéficier du revenu de solidarité active, que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / () ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; () ".
5. Il résulte des dispositions mentionnées au point 3 que, pour arrêter les revenus professionnels non salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active, lorsqu'il s'agit de bénéfices industriels et commerciaux ou de bénéfices non commerciaux, le président du conseil départemental doit, en cas de déclaration ou d'imposition, se référer aux bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité, auxquels s'ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels, et sans tenir compte des déficits catégoriels et des moins-values subis au cours de l'année de référence ainsi que des déficits constatés au cours des années antérieures. Il peut également tenir compte de tout autre élément relatif aux revenus professionnels de l'intéressé, dans le but notamment de mieux appréhender la grande variété des situations des travailleurs indépendants et de procéder à une meilleure approximation des revenus perçus par ceux-ci à la date à laquelle ils bénéficient du revenu de solidarité active.
6. Il résulte de l'instruction que pour mettre fin au droit au revenu de solidarité active de Mme B épouse A, qui relève du régime social des indépendants et dont l'activité est imposable à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, le département du Gard a considéré que les ressources mensuelles de la requérante dépassaient le plafond de ressources pour l'ouverture de droits à l'allocation de revenu de solidarité active, dès lors que les revenus de son activité indépendante s'élevaient à 1 421 euros par mois pour la période de novembre 2021 à octobre 2022, en tenant compte du résultat de son entreprise pour l'exercice 2020 d'un montant de 16 804 euros. Mme B épouse A estime que c'est à tort que le département du Gard n'a pas déduit de son bénéfice comptable de 16 804 euros une somme totale de 12 218 euros correspondant aux aides dont elle a bénéficié dans le cadre du fonds de solidarité des entreprises institué par l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 et dont l'objet est " le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation ". Si, comme le fait valoir Mme B épouse A, ses revenus professionnels devaient être appréciés à partir de ses revenus imposés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux en 2020, d'un montant de 4 721 euros, le département du Gard, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, était toutefois en droit de comprendre également dans ses ressources, en vertu de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles cité au point 4, les aides financières dont elle a bénéficié dans le cadre du fonds de solidarité des entreprises institué par l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020, d'un montant total de 12 218 euros comptabilisé comme produits d'exploitation dans le compte de résultat de son entreprise individuelle, et non prises en compte dans le montant des revenus industriels et commerciaux professionnels déclarés. Ces subventions, destinées à compenser une perte de chiffre d'affaires de l'entreprise dans le cadre de la crise sanitaire, ne sauraient par ailleurs s'analyser en des aides et secours mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, dont il n'est pas tenu compte pour l'application de l'article R. 262-6, lesquels visent, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière. Mme B épouse A n'est, par suite, pas fondée à soutenir que c'est à tort que le département du Gard a pris en compte, pour le calcul de ses ressources, les aides qui lui ont été versées par le fonds de solidarité des entreprises.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B épouse A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse A et au département du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023
Le président,
C. CLa greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026