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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201500

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201500

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201500
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantREYMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 16 et 20 mai, 8 et 30 juin 2022, la SCEA Anne Hugues, représentée par Me Reymond, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la taxe d'aménagement à laquelle elle a été assujettie à raison du permis de construire modificatif délivré le 23 mai 2019 ;

2°) la mise en cause du directeur départemental des territoires de Vaucluse.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire n'est pas signé ;

- la destination initiale du bâtiment, qui entrait dans l'une des catégories prévues par l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme, devait permettre l'exonération de la part communale de la taxe d'aménagement ;

- en conséquence, et puisqu'un changement de destination ne peut pas donner lieu à perception de taxes d'urbanisme, en application de la jurisprudence SCI Arcanciel du Conseil d'Etat, la taxe d'aménagement n'était pas due ;

- la taxe d'aménagement ne pouvait être due au titre d'un changement de destination sans agrandissement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, le Trésor public, représenté par le directeur départemental des finances publiques de Vaucluse, conclut à son incompétence.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 juin, 1er juillet et 22 aout 2022, le directeur départemental des finances publiques de Vaucluse indique n'avoir aucune observation à faire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive dès lors qu'elle a été introduite plus de deux mois après la notification de la décision de rejet du recours gracieux ;

- la nouvelle activité de la société requérante ne relève pas de la destination " équipements d'intérêt collectif et services publics " mais de la destination " commerces et activités de services ", laquelle est exclue des exonérations prévues à l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme ;

- l'absence d'agrandissement des locaux en question n'a aucune incidence sur la taxe d'aménagement dès lors qu'en application de l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme, l'unique changement de destination pouvait donner lieu au paiement de cette taxe ;

- les autres moyens sont infondés.

Par deux courriers enregistrés les 16 aout 2022 et 12 septembre 2023, la commune d'Oppede, représentée par son maire en exercice, fait valoir que le mémoire d'appel en cause présenté par la société requérante n'appelle aucune observation de sa part.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 septembre 2018, le maire de la commune d'Oppede a délivré à la SCEA Anne Hugues un permis de construire des bureaux et des locaux d'exploitations agricoles. Par un arrêté du 23 mai 2019, le maire de la commune d'Oppede a accordé à la société requérante un permis de construire modificatif portant changement de destination du local destiné au conditionnement en un espace d'exposition/dégustation, et de bureaux en espace de vente. Par deux titres de perception émis le 1er octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques (DDFIP) de Vaucluse a mis à la charge de la société requérante les sommes de 16 766 euros au titre de la taxe d'aménagement et de 1 032 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive. Par une lettre de réclamation du 28 octobre 2021, la SCEA Anne Hugues a demandé au directeur départemental des territoires de Vaucluse le dégrèvement de la somme correspondant à la taxe d'aménagement. Cette réclamation a été rejetée par courrier du 9 décembre 2021. Par un courriel de réclamation en date du 21 février 2022, la SCEA Anne Hugues a demandé au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse le dégrèvement de la somme mise à sa charge au titre de la taxe d'aménagement. Par un courriel en date du 16 mars 2022, cette réclamation a été rejetée. La SCEA Anne Hugues demande la décharge de la taxe d'aménagement à laquelle elle a été soumise au titre du permis modificatif qui lui a été accordé le 23 mai 2019.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire :

2. Si le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis, celui-ci n'a pas à être revêtu de la signature de son émetteur. Le moyen tiré de ce que le titre de perception contesté n'est pas signé doit alors être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé :

3. Aux termes de l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme en vigueur : " Les opérations d'aménagement et les opérations de construction, de reconstruction et d'agrandissement des bâtiments, installations ou aménagements de toute nature soumises à un régime d'autorisation en vertu du présent code donnent lieu au paiement d'une taxe d'aménagement, sous réserve des dispositions des articles L. 331-7 à L. 331-9. Les redevables de la taxe sont les personnes bénéficiaires des autorisations mentionnées au premier alinéa du présent article ou, en cas de construction sans autorisation ou en infraction aux obligations résultant de l'autorisation de construire ou d'aménager, les personnes responsables de la construction. Le fait générateur de la taxe est, selon les cas, la date de délivrance de l'autorisation de construire ou d'aménager, celle de délivrance du permis modificatif, celle de la naissance d'une autorisation tacite de construire ou d'aménager, celle de la décision de non-opposition à une déclaration préalable ou, en cas de constructions ou d'aménagements sans autorisation ou en infraction aux obligations résultant de l'autorisation de construire ou d'aménager, celle du procès-verbal constatant l'achèvement des constructions ou des aménagements en cause ".

4. La société requérante soutient qu'en raison de l'exonération dont elle a bénéficié au titre de la destination initiale de son bâtiment, qui entrait dans l'une des catégories prévues par l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme, elle ne pouvait être soumise à la taxe d'aménagement à raison d'un changement de destination, d'autant que celui-ci n'est accompagné d'aucun agrandissement. Il résulte toutefois des dispositions précitées que toute opération d'aménagement ou de construction soumise à autorisation, est soumise à la taxe d'aménagement en tenant compte de la surface plancher objet des travaux, et qu'il est également tenu compte du changement de destination de l'immeuble. C'est ainsi à bon droit que l'administration fiscale a pris en compte, pour le calcul de la taxe d'aménagement, le changement de destination du bâtiment appartenant à la société requérante. Dans ces conditions, la SCEA Anne Hugues n'est pas fondée à soutenir qu'en raison de l'exonération passée dont ses locaux ont fait l'objet, et de l'absence d'agrandissement de ces derniers à la suite du changement de destination, elle ne pouvait être soumise à la taxe d'aménagement. Par suite, le moyen soulevé par la SCEA Anne Hugues doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration, que la SCEA Anne Hugues n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation de taxe d'aménagement à laquelle elle a été soumise, et sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCEA Anne Hugues est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Anne Hugues, à la commune d'Oppede et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la préfète de Vaucluse, au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023 .

Le magistrat désigné,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion et des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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