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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201681

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201681

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201681
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 20 mai 2022, M. E D, demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales supplémentaires auxquelles il a été assujetti au titre des années 2018 et 2019.

Il soutient que :

- il n'a jamais eu la qualité d'associé de la SARL Med Construction ; sa signature a été imitée lors du dépôt de ses statuts, à l'occasion de sa constitution en 2016 ; il a d'ailleurs déposé une plainte sur ce point auprès de l'autorité judiciaire ;

- il n'a perçu aucune somme de la société Med Construction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

II. Par une requête enregistrée le 2 juin 2022 sous le n° 2201681, complétée par un mémoire enregistré le 1er juin 2023, M. E D, représenté par Me Alle, demande au tribunal :

- la décharge de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2018 et 2019 ;

- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a jamais eu la qualité d'associé de la SARL Med Construction ; sa signature a été imitée lors du dépôt de ses statuts, à l'occasion de sa constitution en 2016 ; il a d'ailleurs déposé une plainte sur ce point auprès de l'autorité judiciaire ;

- le représentant de la société Med Construction, à savoir la société VEC, n'était pas habilité à représenter celle-ci auprès du vérificateur dans le cadre des opérations de contrôle et sa réponse était insuffisante ;

- la désignation effectuée par la SARL Med Construction ne lui était pas opposable, et qu'il appartenait au vérificateur d'engager à son encontre une procédure de rectification particulière ainsi que d'apporter la preuve de l'appréhension des sommes réputées distribuées ;

- il n'a pas été informé du détail des rectifications notifiées en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée à la SARL Med Construction, dont il détient 40% du capital ;

- il conteste le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ;

- la majoration pour manquement délibéré doit être déchargée par voie de conséquence de la décharge des droits rappelés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Parisien,

-les conclusions de Mme Lellig, rapporteure public ;

- et les observations de Mme A, représentant le directeur départemental des finances publiques du Gard.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2201542 et n° 2201681 présentées par M. D présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. La société Med Constructions, dont M. D détient 40% des parts qui composent son capital social, exploite une entreprise de maçonnerie. Elle a fait l'objet en 2020 et 2021 d'une procédure de vérification de comptabilité qui a porté sur la période comprise entre le 25 mai 2016 et le 30 juin 2020. A l'issue des opérations de contrôle, le vérificateur a été conduit à procéder à des rectifications des bases imposables à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée, consécutives à des recettes non déclarées. Ces rectifications, notifiées le 3 juin 2021, ont été en outre considérées comme constituant des distributions de bénéfices au sens des dispositions prévues par les articles 109 et suivants du code général des impôts. M. D s'est vu notifier une proposition de rectification le 24 septembre 2021, visant à la réintégration dans ses revenus imposables des années 2018 et 2019 des revenus réputés distribués par la société Med Constructions à concurrence de sa participation dans le capital social, soit pour 40 % de leur montant. M. D n'ayant pas présenté d'observations écrites en réponse à cette proposition de rectification, des rappels d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, majorés de la sanction fiscale de 40 % pour manquement délibéré, ont été mises en recouvrement. La réclamation contentieuse que M. D a présentée le 10 février 2022 pour obtenir la décharge de ces impositions ayant été suivie d'une décision de rejet notifiée le 1er avril 2022, le requérant demande au tribunal la décharge des cotisations correspondantes.

3. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes et les valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ".

4. Considérant que, contrairement à ce que soutient le requérant, l'acceptation tacite des redressements qui lui ont été notifiés par une proposition de rectification du 24 septembre 2021 fait peser sur lui, en vertu de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve de l'absence de revenus distribués par la société Med Constructions et, en cas de distribution, de leur non-appréhension par M. D.

5. L'existence des revenus distribués contestés résulte de l'absence de comptabilisation de recettes et d'un défaut de justification de différentes charges, ce qui a conduit le service vérificateur à reconstituer le résultat de la société. Le montant des bénéfices reconstitué n'est pas contesté. Conformément aux dispositions de l'article 117 du code général des impôts, le vérificateur a demandé à la société de procéder à la désignation nominative des bénéficiaires des revenus distribués. Par un premier courrier en réponse daté du 29 juillet 2021, le mandataire fiscal de la société Med Constructions a désigné les trois porteurs de parts de la société à savoir M. C, gérant, M. B et M. D, à hauteur de leurs parts dans le capital social. La désignation de M. E D a été confirmée par le conseil de l'entreprise par un second courrier en date du 6 septembre 2021, faisant suite à une demande de précision du service vérificateur.

6. En l'absence de contreseing par M. D de la lettre du 29 juillet 2021 par laquelle la société Med Constructions, interrogée en vertu de l'article 117 du code général des impôts et représentée par son avocat, l'a désignée comme bénéficiaire des sommes réputées distribuées, l'administration ne pouvait regarder M. D comme ayant nécessairement appréhendé les sommes réputées distribuées par la société. L'administration soutient que M. D détient 40% des parts. Toutefois, elle ne soutient pas, et a fortiori n'établit pas, que celui-ci était le seul à pouvoir engager la société ou qu'il disposait du pouvoir de signature du compte bancaire, alors que M. D fait valoir qu'il n'a jamais eu la qualité d'associé de la SARL Med Construction, que sa signature a été imitée lors du dépôt de ses statuts, à l'occasion de sa constitution en 2016 et qu'il a d'ailleurs déposé une plainte pour ce motif auprès de l'autorité judiciaire. Dans ces conditions, la seule circonstance, à la supposer établie, que M. D détenait effectivement 40 % du capital social de la société Med Construction ne permet pas de le regarder comme maître de l'affaire. Ainsi, M. D démontre ne pas avoir appréhendé les revenus distribués par la société. Par suite, c'est à tort que le service a procédé aux rehaussements des revenus de capitaux mobiliers de M. D consécutivement aux distributions constatées lors du contrôle de la SARL Med Construction. M. D est par conséquent fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de ses requêtes, à obtenir la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales supplémentaires auxquelles il a été assujetti au titre des années 2018 et 2019.

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales supplémentaires auxquelles il a été assujetti au titre des années 2018 et 2019.

Article 2 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220154

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