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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201785

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201785

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201785
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAZINGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 211849 enregistrée le 10 juin 2021, complétée par des mémoires enregistrés les 29 avril 2022, 16 juin 2023 et 4 octobre 2023, la société Gival, représentée par Me Caron, demande au tribunal :

- à titre principal, de prononcer la décharge, à hauteur de 69 % de son montant, de la taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison de locaux situés à Valréas,

- à titre subsidiaire, de statuer sur la méthode d'évaluation, d'ordonner un supplément d'instruction dans l'hypothèse où la méthode par comparaison serait jugée régulière, d'enjoindre à l'administration de fournir un terme de comparaison pour les années 2019 et 2020 et des éléments tangibles permettant la prise en compte du changement des caractéristiques de l'immeuble et de fixer la valeur locative cadastrale de l'immeuble,

- de prononcer, en conséquence, la décharge partielle de la taxe en litige,

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, son local est en état d'insalubrité et impropre à toute utilisation depuis 2015 et le départ des sociétés Mecaval et Valplast, soit postérieurement à la déclaration 6660-Rev qu'elle a souscrite le 10 avril 2013, il ne devrait plus être passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties ;

- à titre subsidiaire, s'agissant des années 2019 et 2020, il convient de procéder à la révision de la valeur locative du local par une méthode régulière et au regard de la nécessaire prise en compte des caractéristiques physiques et environnementales du local ; en effet, le recours à la méthode par comparaison avec le local type n°28 figurant sur le procès-verbal de la commune de Valréas, et fixant le prix unitaire au m² à 2,13 euros n'est pas un élément de comparaison pertinent, même après application d'un abattement de 20 % tenant compte de l'état de vétusté de son bâtiment, puisque ce local de comparaison a été restructuré depuis l'évaluation de sa valeur locative en 1992 tandis que son propre local est vandalisé et délabré ;

- l'administration fiscale ne classe pas les locaux dans la catégorie adéquate ; la partie vacante de 8 000 m² doit être classée dans la catégorie IND1 (établissements industriels nécessitant un outillage important autres que les carrières et assimilés) au lieu de la catégorie DEP2 (lieux de dépôt couverts), la dernière activité de ce local étant une activité industrielle ; en effet, en cas de cessation d'activité et de locaux vacants, les biens continuent à être évalués comme des locaux professionnels aussi longtemps qu'ils ne font pas l'objet d'une nouvelle affectation ou d'une nouvelle Utilisation et continuent d'être affectés à la catégorie du dernier occupant ; le local de 3 100 m² doit être classé dans la catégorie IND1 au lieu de ATE1 ;

- c'est à tort que le service ne pondère pas la surface en raison de leur état et de leur inoccupation ; il doit être appliqué aux surfaces de la partie vacante de 8 000 m2 un coefficient de 0,5 dès lors que ce local est totalement inexploitable en raison des dégradations et des actes de vandalisme subis fin juin et début juillet 2021 ;

- les pondérations doivent revues pour le local anciennement occupé par la société Serfer ; en effet, seuls 2 600 m² constituent des surfaces utiles à l'exploitation des activités ; pour les 500 m² restants (dégagements et sanitaires), un coefficient de pondération de 0,5 doit être appliqué.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2021, complété par des mémoires enregistrés les 16 mai 2022, 12 septembre et 10 octobre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

II. Par une requête n° 2201785 enregistrée le 13 juin 2022, complétée par des mémoires enregistrés les 13 février 2023 et 16 juin 2023, la SARL Gival, représentée par Me Caron, demande au tribunal :

- le dégrèvement de la taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison d'un bien situé 9006 chemin de la Barthelasse à Valréas,

- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, son local est en état d'insalubrité et impropre à toute utilisation depuis 2015 et le départ des sociétés Mecaval et Valplast, soit postérieurement à la déclaration 6660-Rev qu'elle a souscrite le 10 avril 2013, il ne devrait plus être passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties ;

- l'administration fiscale ne classe pas les locaux dans la catégorie adéquate ; la partie vacante de 8 000 m² doit être classée dans la catégorie IND1 (établissements industriels nécessitant un outillage important autres que les carrières et assimilés) au lieu de la catégorie DEP2 (lieux de dépôt couverts), la dernière activité de ce local étant une activité industrielle ; en effet, en cas de cessation d'activité et de locaux vacants, les biens continuent à être évalués comme des locaux professionnels aussi longtemps qu'ils ne font pas l'objet d'une nouvelle affectation ou d'une nouvelle Utilisation et continuent d'être affectés à la catégorie du dernier occupant ; le local de 3 100 m² doit être classé dans la catégorie IND1 au lieu de ATE1 ;

- c'est à tort que le service ne pondère pas la surface en raison de leur état et de leur inoccupation ; il doit être appliqué aux surfaces de la partie vacante de 8 000 m² un coefficient de 0,5 dès lors que ce local est totalement inexploitable en raison des dégradations et des actes de vandalisme subis fin juin et début juillet 2021 ;

- les pondérations doivent revues pour le local anciennement occupé par la société Serfer ; en effet, seuls 2 600 m² constituent des surfaces utiles à l'exploitation des activités ; pour les 500 m² restants (dégagements et sanitaires), un coefficient de pondération de 0,5 doit être appliqué.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2022, complété par des mémoires enregistrés les 5 avril et 10 octobre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A Parisien ;

- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Caron pour la SARL Gival.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2101849 et n° 2201785 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2.La SARL Gival, propriétaire d'un ensemble immobilier à usage de dépendance commerciale situé chemin de la Barthelasse à Valréas, sur un terrain cadastré section AL numéro de parcelle 767, a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties dans les rôles de la commune pour les années 2019, 2020 et 2021. Par réclamations du 7 janvier 2020 et du 29 octobre 2020, la société, a contesté l'imposition à la taxe foncière des années 2019 et 2020 du local situé 9006 chemin de la Barthelasse à Valréas. Par décision du 8 février 2021, le service départemental des impôts fonciers (SDIF) du Vaucluse a rejeté la demande de la société Gival. Par réclamation du 7 décembre 2021, la société a contesté l'imposition à la taxe foncière de l'année 2021 du même local. Par décision du 11 avril 2022, le SDIF de Vaucluse a rejeté la demande de la société Gival. La SARL Gival demande au tribunal la décharge des taxes foncières établies à son nom au titre des années 2019, 2020 et 2021.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le caractère exploitable des locaux :

3.En premier lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Selon le premier alinéa de l'article 1393 de ce code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". En application de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties () sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ".

4.Un immeuble rendu dans son ensemble impropre à toute utilisation ne peut plus être regardé comme une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 précité mais doit être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés non bâties en application de l'article 1393 précité.

5. La SARL Gival soutient que son local serait en état d'insalubrité et impropre à toute utilisation depuis 2015 et le départ des sociétés Mecaval et Valplast, soit postérieurement à la déclaration 6660-Rev qu'elle a souscrite le 10 avril 2013, et que par conséquent, ledit local ne devrait plus être passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties. Elle produit un rapport d'information de la police municipale de Valréas en date du 18 septembre 2013 selon lequel le bâtiment en cause, délabré et vandalisé, n'abrite aucune machine et un constat d'huissier dressé les 9 et 24 décembre 2015 illustrant les importantes dégradations de ce local. Elle fait valoir que seule une surface résiduelle de 3 100 m² de l'usine a pu faire l'objet d'une location à usage de réparation et installation de machines et équipements, au profit de la société Serfer jusqu'à la fin de l'année 2020, celle-ci ayant une activité industrielle. Elle ajoute que le site a été complètement vandalisé en 2021.

6. Toutefois, l'administration fiscale fait valoir, sans être contredite, que l'ensemble litigieux a été partiellement occupé par la société Hervé Pneus du 20 février 2015 au 31 mai 2017. Le service ajoute, sans davantage être contredit, que la société Gival a signé le 13 avril 2017 un état descriptif de division (EDD) sur ce bien afin de constituer 38 volumes, corrélativement avec un bail emphytéotique pour une durée de 20 ans entre la SARL Gival et la société CAP SOLAR 52 pour les volumes concernant les toitures du bâtiment. Sur ce bail, il est prévu des travaux de pose et dépose des toitures, ces travaux étant corroborés par des photos avant travaux du 14 avril 2017 et après travaux du 6 septembre 2019. Enfin, le service relève que comme indiqué dans le procès-verbal d'audition du 19 novembre 2021 du représentant légal de la société Gival, cette dernière avait signé une convention d'occupation précaire avec la SASU Carolino le 13 janvier 2021, le bail prévoyant une occupation des locaux d'une surface de 11 200 m² pour une activité à " usage industriel-stockage ", avec fixation d'un loyer mensuel hors taxes de 7 000 euros. En réponse, la SARL Gival se borne à faire valoir que l'implantation des panneaux solaires aurait été une alternative à l'inexploitation du site et qu'elle n'aurait tiré " aucun avantage financier considérable " de son bail emphytéotique. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les locaux étaient totalement impropres à toute utilisation. Par conséquent, en l'état des pièces du dossier, le moyen tiré de ce que le local en cause ne pouvait pas être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés bâties pour les années en litige au motif d'une impossibilité de l'affecter à une quelconque utilisation doit être écarté.

En ce qui concerne le classement des locaux

7. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts dans sa rédaction en vigueur le 1er janvier 2019 : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II. B. - 1. Il est constitué, dans chaque département, un ou plusieurs secteurs d'évaluation qui regroupent les communes ou sections cadastrales de communes qui, dans le département, présentent un marché locatif homogène. Pour l'application du présent 1 : 1° Le territoire de la métropole de Lyon est, avec le territoire du département du Rhône, assimilé au territoire d'un département ; 2° Le territoire de la Ville de Paris est assimilé au territoire d'un département. 2. Les tarifs par mètre carré sont déterminés sur la base des loyers moyens constatés dans chaque secteur d'évaluation par catégorie de propriétés. A défaut, lorsque les loyers sont en nombre insuffisant ou ne peuvent être retenus, ces tarifs sont déterminés par comparaison avec les tarifs fixés pour les autres catégories de locaux du même sous-groupe du même secteur d'évaluation. A défaut d'éléments suffisants ou pouvant être retenus au sein du même secteur d'évaluation, ces tarifs sont déterminés par comparaison avec ceux qui sont appliqués pour des propriétés de la même catégorie ou, à défaut, du même sous-groupe dans des secteurs d'évaluation présentant des niveaux de loyers similaires, dans le département ou dans un autre département. Les tarifs par mètre carré peuvent être majorés de 1,1,1,15,1,2 ou 1,3 ou minorés de 0,7,0,8,0,85 ou 0,9, par application d'un coefficient de localisation destiné à tenir compte de la situation particulière de la parcelle d'assise de la propriété au sein du secteur d'évaluation. C. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives. III. - A. - La valeur locative des propriétés ou des fractions de propriété qui présentent des caractéristiques exceptionnelles est déterminée en appliquant un taux de 8 % à la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété, telle qu'elle serait constatée si elle était libre de toute location ou occupation à la date de référence définie au B du présent III. A défaut, la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété est déterminée en ajoutant à la valeur vénale du terrain, estimée à la date de référence par comparaison avec celle qui ressort de transactions relatives à des terrains à bâtir situés dans une zone comparable, la valeur de reconstruction de la propriété à la date de référence. La valeur locative mentionnée au premier alinéa du présent A est réduite de moitié pour tenir compte de l'impact de l'affectation de la propriété ou fraction de propriété, partielle ou totale, à un service public ou d'utilité générale. B. - La valeur locative des propriétés et fractions de propriétés mentionnées au A du présent III est, sous réserve de la mise à jour prévue au deuxième alinéa du IV de l'article 1518 ter, déterminée au 1er janvier 2013 ou, pour celles créées après le 1er janvier 2017, au 1er janvier de l'année de leur création. ".

8. Les règles suivant lesquelles est déterminée la valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties sont différemment définies, à l'article 1496 du code général des impôts pour ce qui est des "locaux affectés à l'habitation ou servant à l'exercice d'une activité salariée à domicile", à l'article 1498 en ce qui concerne les locaux autres que ceux mentionnés au I de l'article 1496, les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501 et à l'article 1499 s'agissant des "immobilisations industrielles". Revêtent un caractère industriel, au sens de ces dispositions, les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre, fût-ce pour les besoins d'une autre activité, est prépondérant. La vacance d'un local, résultant de la cessation de l'activité industrielle qui y était exercée, n'est pas de nature, par elle-même, à lui faire perdre son affectation industrielle sauf si elle est assortie de la disparition de tout moyen technique industriel, qui rend l'immeuble disponible pour une autre activité.

S'agissant des locaux précédemment occupés par les sociétés Mecaval et Valplast :

9. La SARL Gival soutient que l'administration fiscale ne classe pas les locaux dans la catégorie adéquate. Elle estime que la partie vacante de 8 000 m² doit être classée dans la catégorie IND1 (établissements industriels nécessitant un outillage important autres que les carrières et assimilés) au lieu de la catégorie DEP2 (lieux de dépôt couverts), la dernière activité de ce local étant une activité industrielle. Elle soutient à cet égard qu'en cas de cessation d'activité et de locaux vacants, les biens continuent à être évalués comme des locaux professionnels aussi longtemps qu'ils ne font pas l'objet d'une nouvelle affectation ou d'une nouvelle utilisation et continuent d'être affectés à la catégorie du dernier occupant.

10. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment des constats d'huissier produits par la société requérante, que le local litigieux, abandonné par les sociétés Mecaval et Valplast, était dépourvu de tout moyen technique industriel. Par conséquent, nonobstant la circonstance que la dernière activité de ce local était une activité industrielle, c'est à bon droit que le service l'a classé dans la catégorie DEP2, correspondant aux lieux de dépôt couverts.

S'agissant des locaux précédemment occupés par la société Serfer

11. La SARL Gival soutient que l'administration fiscale ne classe pas les locaux dans la catégorie adéquate. Pour les mêmes motifs que ceux exposés pour les locaux abandonnés par les sociétés Mecaval et Valplast, la requérante soutient que le local de 3 100 m² précédemment occupé par la société Serfer doit être classé dans la catégorie IND1. Toutefois, aucun indice témoignant de la présence dans ces locaux de moyens techniques industriels ne ressort des pièces du dossier. Le service réplique en outre, sans être contredit, que la société Serfer n'a pas justifié d'une valeur des installations techniques, matériels et outillages industriels présents dans les bâtiments ou sur les terrains destinés à son activité et détenus par l'exploitant ou le propriétaire ou mis à sa disposition pendant une durée totale d'au moins 6 mois au cours de l'année civile précédant celle au titre de laquelle l'imposition a été établie ou, en cas de clôture d'un exercice légal à douze mois, au cours de cette même année dépassant un montant de 500 000 euros. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la pondération de la surface des locaux :

12. Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III au code général des impôts dans sa version applicable aux années en litige : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa. La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur. Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire. ".

13. L'appréciation de la consistance d'un bien, par le recours à sa superficie, peut faire l'objet d'une pondération de la surface de ces différents éléments afin de tenir compte de la valeur d'utilisation des différentes unités composant le bien, notamment en fonction de leur affectation et de leur emplacement au sein du local. Il résulte des dispositions précitées de l'article 324 Z de l'annexe III du code général des impôts qu'une pondération différente ne trouve à s'appliquer, par application d'un coefficient de 0,5 ou 0,2, que lorsque l'une des parties du local à évaluer présente une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale.

S'agissant des locaux précédemment occupés par les sociétés Mecaval et Valplast :

14. La SARL Gival soutient que c'est à tort que le service ne pondère pas la surface en raison de leur état et de leur inoccupation. Elle estime qu'il doit être appliqué aux surfaces de la partie vacante de 8 000 m² un coefficient de 0,5 dès lors que ce local est totalement inexploitable en raison des dégradations et des actes de vandalisme subis fin juin et début juillet 2021.

15. Il résulte de l'instruction qu'au cours des mois de juin et juillet 2021, la société Gival a été victime d'actes de vandalisme, des tonnes de déchets ayant été déversées au sein de l'usine. La société a transmis un dépôt de plainte en date du 19 novembre 2021, un arrêté préfectoral du 15 juillet 2021 ainsi qu'un devis d'évacuation des déchets. Toutefois, en application du principe d'annualité résultant de l'article 1415 du code général des impôts et rappelé au point 3 du présent jugement, dès lors que les dégradations invoquées ont eu lieu courant 2021, la demande de la société de pondérer une partie des surfaces d'un coefficient de 0,5 ne peut être envisagée au titre de la taxe foncière établie au titre des années 2019, 2020 et 2021.

S'agissant des locaux précédemment occupés par la société Serfer :

16. La SARL Gival soutient que les pondérations doivent revues pour le local anciennement occupé par la société Serfer. Elle considère que seuls 2 600 m² constituent des surfaces utiles à l'exploitation des activités et que pour les 500 m² restants (dégagements et sanitaires), un coefficient de pondération de 0,5 devrait être appliqué.

17. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, au vu des seuls éléments produits, que les dégagements présenteraient une moindre utilité que les locaux principaux, tandis que la surface représentée par les sanitaires, vraisemblablement marginale, n'est pas précisée. Par conséquent, le moyen, en l'état des pièces du dossier, doit être écarté.

En ce qui concerne le choix du local-type :

18. Aux termes de l'article 324 AA de l'annexe III du code général des impôts, " la valeur locative cadastrale des biens loués à des conditions anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un titre autre que celui de locataire, vacants ou concédés à titre gratuit est obtenue en appliquant aux données relatives à leur consistance - telles que superficie réelle, nombre d'éléments - les valeurs unitaires arrêtées pour le type de la catégorie correspondante. Cette valeur est ensuite ajustée pour tenir compte des différences qui peuvent exister entre le type considéré et l'immeuble à évaluer, notamment du point de vue de la situation, de la nature de la construction, de son état d'entretien, de son aménagement, ainsi que de l'importance plus ou moins grande de ses dépendances bâties et non bâties si ces éléments n'ont pas été pris en considération lors de l'appréciation de la consistance. "

19. La SARL Gival soutient que, s'agissant des années 2019 et 2020, il conviendrait de procéder à la révision de la valeur locative du local par une méthode régulière et au regard de la nécessaire prise en compte des caractéristiques physiques et environnementales du local. Elle estime que le recours à la méthode par comparaison avec le local type n°28, figurant sur le procès-verbal de la commune de Valréas, et fixant le prix unitaire au m² à 2,13 euros n'est pas un élément de comparaison pertinent, même après application d'un abattement de 20 % tenant compte de l'état de vétusté de son bâtiment, puisque ce local de comparaison a été restructuré depuis l'évaluation de sa valeur locative en 1992 tandis que son propre local est vandalisé et délabré.

20. Le juge de l'impôt, saisi d'une contestation portant sur la méthode d'évaluation de la valeur locative d'un local professionnel, a l'obligation, lorsqu'il estime irrégulière la méthode d'évaluation initialement retenue par l'administration, de lui substituer la méthode d'évaluation qu'il juge régulière. Dans le cas où il retient une évaluation par comparaison, il doit, pour l'application des dispositions du 2° de l'article 1498 du code général des impôts, statuer d'office sur le terme de comparaison qu'il estime, par une appréciation souveraine, pertinent et dont il a vérifié la régularité, au vu des éléments dont il dispose ou qu'il a sollicités par un supplément d'instruction.

21.D'une part, la valeur locative du bien immobilier de la SARL GIVAL, a été à bon droit déterminée par l'administration fiscale, à partir de la déclaration 6660-Rev déposée par la contribuable le 10 avril 2013 faisant état d'un entrepôt, selon la nouvelle valeur locative révisée dans sa rédaction issue de l'article 34 de la loi n°2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010.

22.D'autre part, afin d'apprécier l'application du coefficient d'ajustement prévu par l'article 324 AA de l'annexe III au code général des impôts puis de mettre en œuvre les mécanismes du planchonnement et du lissage, l'administration a comparé le local à évaluer avec le local-type n° 28 des locaux commerciaux et bien divers ordinaires identifiables sur le procès-verbal des opérations de révision des évaluations foncières des propriétés bâties communales de la ville de Valréas, déterminant un tarif applicable de 2,13 euros par m², sur lequel deux abattements de 20 % ont été appliqués pour tenir compte des différences d'abord de surface, ensuite de vétusté. Pour répondre aux critiques formulées par la requérante, l'administration fiscale propose de lui substituer le local-type n°37 de la commune de Pernes-les-Fontaines puisque les zones de commercialité des communes de Valréas et de Pernes-les-Fontaines sont identifiées comme unique sur la commune et que ce local-type est un entrepôt vacant de 600 m² en état passable. Le tarif applicable à ce local-type est de 2,44 euros par m², sur lequel l'administration a proposé d'appliquer deux ajustements de 20 % pour tenir compte de la différence respectivement de surface et de vétusté avec le bien de la SARL Gival. Le service relève toutefois que cette substitution aboutirait à un supplément d'imposition et que par suite, l'imposition de la requérante est plus favorable en conservant pour les années en litige le local-type n° 28 de la commune de Valréas avec application de deux abattements de 20%.

23. La société requérante conteste le choix de ce deuxième local-type. Elle fait successivement valoir l'absence de similitude économique entre les communes de Valréas et Pernes-les-Fontaines , la différence de surface et de consistance des locaux, les différences d'affectation et d'usage de ces locaux et enfin la différence de valeur vénale des locaux.

24. Toutefois et en premier lieu, s'agissant de locaux à usage principal d'entrepôts, les différences de situation économique des deux communes ne constituent pas, en l'espèce, un élément susceptible d'entraîner une réduction, pour l'évaluation du bien appartenant à la société requérante, de la valeur locative unitaire retenue pour le bien choisi comme terme de comparaison.

25. En second lieu, la différence, même significative, de superficie entre le local type et l'immeuble à évaluer ne fait pas par elle-même obstacle à ce que ce local type soit valablement retenu comme terme de comparaison. Dans ce cas, la valeur locative doit être ajustée afin de tenir compte de cette différence par application du coefficient prévu à l'article 324 AA de l'annexe III du code général des impôts. Au cas d'espèce, au vu des différences de surfaces, un ajustement de -20 % a été pratiqué par le service. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un abattement supérieur doive être accordé à ce titre à la société requérante.

26. En troisième lieu, afin de prendre en compte la vétusté d'une partie des locaux, un abattement supplémentaire de 20 % a également été appliqué, sachant que le local type N°37 était déjà en état passable. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un abattement supérieur doive être accordé à la SARL Gival.

27. En quatrième lieu, si la SARL Gival soutient que le local type N°37, précédemment à usage de remise, serait devenu une surface commerciale où sont vendus tous les produits de métiers de bouche, elle n'assortit le moyen ainsi soulevé d'aucune précision ni pièce justificative, relative notamment à la date de ce changement d'affectation, permettant au tribunal d'en apprécier la portée.

28. En cinquième et dernier lieu, si la SARL Gival fait valoir la différence de valeur vénale des locaux, en observant que l'administration fiscale retient en tenant compte du local type n°37, une valeur locative proche de 150 000 euros, laquelle serait selon elle portée à 550 000 euros en application des nouvelles règles d'évaluation des locaux, alors qu'elle a échoué à vendre ses propres locaux au prix de 650 000 euros, le moyen tel que soulevé est inopérant sur le bien-fondé des cotisations litigieuses et ne peut qu'être écarté.

29.Il résulte de tout ce qui précède, et dans la mesure où les cotisations de taxes foncières résultant de la substitution de local-type sont supérieures à celles qui avaient été initialement mises en recouvrement, que les conclusions de la SARL Gival à fin de décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties mise à sa charge pour l'année 2017 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

30.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Gival demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2101849 et n° 2201785 de la SARL Gival sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Gival et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2101849

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