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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202092

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202092

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202092
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes, statuant en plein contentieux, a examiné la requête de M. et Mme B contestant des impositions supplémentaires (impôt sur le revenu et contributions sociales) pour 2018 et 2019, résultant de la qualification de sommes perçues de la SAS Sage comme revenus distribués. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir tirée du caractère prématuré de la requête, celle-ci ayant été régularisée en cours d'instance. Sur le fond, il a jugé que M. B, n'ayant pas contesté les rectifications dans le délai légal, supportait la charge de la preuve de la non-appréhension des revenus distribués en application de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales. La solution retenue est le rejet de la requête, les requérants n'ayant pas démontré que M. B n'était pas le maître de l'affaire de la société.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, Mme C B et M. D B, représentés par Me Milhe-Colombain, demandent au tribunal :

1°) la décharge des impositions, contributions sociales, pénalités, intérêts de retard et majorations mis à leur charge par l'administration fiscale au titre des années d'imposition 2018 et 2019 pour les sommes respectives de 160 287 euros et 146 530 euros ;

2°) la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 6 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- M. D B n'est pas le maître de l'affaire de la SAS Sage ; en effet, il ne détient que 13, 33 % des parts sociales ; il n'a pas la capacité physique et intellectuelle de se comporter comme le maître de l'affaire, étant atteint de troubles psychiatriques ; le maître de l'affaire est M. A B, associé majoritaire et directeur général de la société Sage ; le service n'apporte pas la preuve contraire qui lui incombe.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable et que pour le surplus, les moyens invoqués ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Philippe Parisien ;

- et les conclusions de M. Joël Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Sage a pour activité l'exploitation agricole et la vente des produits de l'exploitation agricole. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant la période allant du 1er décembre 2017 au 31 décembre 2019. À l'issue des opérations de contrôle sur place, une proposition de rectification a été adressée à la société le 6 mai 2021, portant notamment sur des distributions de revenus effectuées sur le fondement de l'article 109-1-1°du code général des impôts (CGI), au profit de M. D B. Par suite, M. et Mme B ont fait l'objet d'une proposition de rectification, concernant les années 2018 et 2019 et portant sur ces revenus distribués. M. et Mme B n'ayant présenté aucune réponse en observation à cette proposition de rectification, les rappels d'impôt sur le revenu et de contributions sociales ont été mis en recouvrement. Par une réclamation du 28 février 2022, M. et Mme B ont contesté les impositions supplémentaires susvisées. Par leur requête, M. et Mme B demandent au tribunal la décharge des cotisations correspondantes.

Sur la recevabilité

2. Aux termes de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif ". L'article R. 199-1 du même livre dispose que : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. / Toutefois, le contribuable qui n'a pas reçu la décision de l'administration dans un délai de six mois mentionné au premier alinéa peut saisir le tribunal dès l'expiration de ce délai () ".

3. S'il est constant M. et Mme B ont introduit leur requête le 8 juillet 2022, soit avant l'expiration du délai de six mois suivant l'introduction de leur réclamation du 4 mars 2022, laquelle n'avait donné lieu à aucune décision expresse de l'administration à la date d'enregistrement de la requête, le caractère prématuré de ladite requête a été régularisé par l'expiration en cours d'instance du délai de six mois suivant l'introduction de ladite réclamation. Ainsi, la fin de non-recevoir tirée par l'administration du caractère prématuré de la requête doit être écarté.

Sur les conclusions à fin de décharge

4. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

5. M. B n'a pas refusé les rectifications qui lui ont été notifiées dans le délai de trente jours qui lui était imparti par l'article R. 57-1 du livre des procédures fiscales. Il doit par conséquent être regardé comme les ayant tacitement acceptées, alors même qu'il les conteste dans le cadre de la présente procédure. Dès lors, contrairement à ce que soutient le requérant, l'acceptation tacite des redressements qui lui ont été notifiés fait peser sur lui, en vertu de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve de la non-appréhension des revenus distribués par la SAS Sage qui lui sont imputés.

6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. () ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

7. L'administration fait valoir, pour justifier de la qualité de maître de l'affaire de M. D B, que ce dernier est le président de la SAS Sage, et qu'en vertu de ses statuts, il dispose de tous les pouvoirs nécessaires pour agir au nom de la société. L'administration ajoute que M. D B est également celui qui a décidé de créer la société, a choisi la banque et le comptable, ainsi que le lieu de domiciliation de la société. Elle relève que lors des opérations de contrôle sur place, le requérant, représentant légal de la société, a indiqué assurer seul la gestion concrète de la SAS Sage, et a été l'unique interlocuteur du service. Le service précise aussi que M. B dispose de la signature et des procurations sur les comptes bancaires de la société, qu'il assure la gestion de la société auprès du comptable et des administrations, qu'il est également le seul interlocuteur des clients et des fournisseurs, signant les contrats, les devis, et effectuant seul les règlements, ainsi que la ventilation des chèques sur les différents comptes. En outre, lors des opérations de contrôle, M. B a transmis des factures fournisseurs au nom de B D avec le numéro de TVA intracommunautaire de son activité individuelle. L'administration en conclut qu'il existait une confusion entre la SAS Sage et la personne de M. D B.

8. Toutefois, il résulte de l'instruction que si le requérant a exercé les fonctions de président de la SAS Sage, son frère et associé, M. A B, détenait 86,66 % des parts du capital de cette société, dont il était également le directeur général. A ce titre, les statuts de la société prévoient qu'il disposait à ce titre des mêmes pouvoirs de direction que son frère, et que ses actes engageaient la société. Les conditions de rémunération et de retraits sur les comptes courants ne sont pas précisées par les statuts. Il bénéficiait d'une procuration sur les comptes de la société, qui ne lui aurait été retirée qu'au cours de l'année 2018. Par conséquent, le requérant établit qu'au titre de l'année 2018, il n'était pas le seul maître de l'affaire. Il ne peut, par suite, être réputé avoir appréhendé pour cette année l'ensemble des bénéfices dissimulés correspondant aux omissions de recettes constatées lors de la vérification de comptabilité de la SAS Sage et avoir disposé de ces sommes. C'est par suite à tort qu'il a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2018 à raison de l'imposition entre ses mains des revenus ainsi distribués.

9. En revanche, dès lors que les investigations du service vérificateur ont montré que, suite à la clôture du compte ouvert à la Banque Populaire Méditerranée en avril 2019, il avait encaissé les recettes de la SAS Sage sur son compte personnel ouvert à la Banque Postale, il doit être regardé comme ayant pu disposer sans contrôle des fonds sociaux. Par conséquent, nonobstant les éléments, notamment médicaux, présentés, lesquelles n'établissent pas son incapacité professionnelle, le service établit que son frère et associé, M. A B, était le véritable maître de l'affaire. Les conclusions au titre de l'année 2019 doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: M. et Mme B sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2018, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des revenus distribués par la société SAGE, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. et Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. D B, et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN Le président,

P. PERETTI

La greffière,

I. MASSOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220209

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