mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202158 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | CABINET ABP CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juillet 2022 et 19 décembre 2022, Mme B E, représentée par Me Pomares, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Gard a laissé à sa charge une dette de 15 321,79 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 003 et INL 001), pour la période du 1er avril 2020 au 28 février 2022 ;
2°) de mettre à la charge du département du Gard le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 13 juin 2022 est insuffisamment motivée en fait ;
- la décision attaquée est entachée d'inexactitude matérielle de faits s'agissant tant de sa communauté de vie avec M. A que de l'existence de revenus en espèce non déclarés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, le département du Gard conclut au rejet de la requête de Mme E.
Il soutient que les moyens de la requête de Mme E ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 9 mars 2022, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme E une dette de 15 231,79 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 003 et INL 001) pour la période du 1er avril 2020 au 28 février 2022. Par un courrier du 14 mars 2022, Mme E a formé un recours administratif pour contester le bien-fondé de sa dette contractée au titre du revenu de solidarité active. Par une décision du 13 juin 2022, le président du conseil départemental du Gard a refusé de faire droit à sa demande. Mme E demande au tribunal d'annuler la décision du 13 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Gard a laissé à sa charge une dette de 15 321,79 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 003), pour la période du 1er avril 2020 au 28 février 2022.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du président du conseil départemental du Gard du 13 juin 2022 concernant le revenu de solidarité active :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ".
3. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active, de l'allocation de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
6. En l'espèce, la décision contestée du 13 juin 2022 précise la nature de l'indu mis à la charge de l'intéressée, son montant, la période sur lequel il porte, ses motifs tirés de la prise en compte de la situation de vie maritale de Mme E et de l'ensemble de ses ressources, et mentionne, en outre, les dispositions des articles L. 262-2, R. 262-83, L. 262-9 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté comme manquant en fait.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes du troisième aliéna de l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment en met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges. ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. Pour permettre à l'organisme chargé du versement revenu de solidarité active et déterminer ses droits, l'allocataire doit déclarer les informations relatives à sa situation familiale et, s'agissant des membres du foyer, l'ensemble des ressources qu'ils perçoivent.
8. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme E trouve son origine, d'une part, dans la prise en compte rétroactive par la caisse d'allocations familiales du Gard, de son concubinage avec M. A et, d'autre part, dans l'absence de déclaration de la pension alimentaire versée par sa mère en 2020 et 2021. Il résulte de l'instruction et notamment des éléments figurant au rapport d'enquête établi le 4 janvier 2022 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A a déclaré être domicilié à l'adresse de Mme E depuis le mois de décembre 2020 lors de son ouverture de compte bancaire auprès de French Bank et ING Bank, qu'ils partagent certains frais de la vie courante et que de nombreux échanges financiers ont lieu entre leurs comptes bancaires respectifs. Le rapport énonce par ailleurs que M. A effectue régulièrement des achats dans les mêmes commerces de la commune de Fourques que Mme E alors qu'il déclare résider à Marseille. S'il apparaît que M. A a été domicilié auprès du centre communal d'action sociale de Marseille puis chez M. D à Fourques, cette circonstance ne suffit pas à établir qu'il résidait effectivement à Marseille puis chez M. D. En se bornant à faire valoir qu'elle ne souhaite pas pérenniser sa relation avec M. A et qu'elle n'a pas de vie de couple stable et continue avec lui, Mme E ne conteste pas utilement les éléments contenus dans le rapport d'enquête du 4 janvier 2022. Dans ces conditions, l'existence d'une vie de couple entre Mme E et M. A sur la période à prendre en considération pour apprécier le droit de celle-ci au revenu de solidarité active doit être regardée comme établie. Il résulte également de l'instruction que Mme E n'a pas déclaré les aides financières versées par sa mère en 2020 et 2021, alors que cette aide, qui doit être regardée comme une pension alimentaire, constituait une ressource, au sens des dispositions de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, qui devait être prise en compte pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active. Il résulte par ailleurs de l'instruction, notamment du rapport d'enquête, que M. A n'a pas davantage déclaré auprès de la caisse d'allocations familiales la pension alimentaire versée par sa mère.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Gard a laissé à sa charge une dette de 15 321,79 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 003), pour la période du 1er avril 2020 au 28 février 2022. Les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme E doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge du département du Gard qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au département du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
Le président,
C. CLa greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026