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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202246

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202246

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202246
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022 sous le n° 2202246, M. B D, représenté par Me Betrom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Cros a refusé de mettre en œuvre ses pouvoirs de police ;

2°) d'enjoindre au maire de Cros de mettre en œuvre ses pouvoirs de police ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cros la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le parcours de motocross en litige, qui a été spécialement aménagé à cet effet et ne constitue pas un parcours d'enduro, n'a pas fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme, ni d'une étude d'impact ;

- il appartenait au maire de faire constater une infraction au code de l'urbanisme et au code de l'environnement et de faire cesser cette activité ;

- en refusant de le faire, le maire de Cros a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, la commune de Cros, représentée par la SCP Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 20 juin 2024.

Le mémoire présenté par M. C A, enregistré le 15 novembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

II. Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022 sous le n° 2202247, M. B D, représenté par Me Betrom, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Cros à lui verser la somme de 10 500 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cros la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le parcours de motocross en litige, qui a été spécialement aménagé à cet effet et ne constitue pas un parcours d'enduro, n'a pas fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme, ni d'une étude d'impact ;

- il appartenait au maire de faire constater une infraction au code de l'urbanisme et au code de l'environnement et de faire cesser cette activité ;

- en refusant de le faire, le maire de Cros a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- il a subi, du fait de l'utilisation du parcours de motocross à proximité du gîte qu'il exploite, un préjudice de jouissance qui devra être réparé à hauteur de la somme de 7 500 euros ;

- il a subi un préjudice, qui devra être réparé à hauteur de la somme de 3 000 euros, en raison du combat qu'il mène pour faire cesser l'activité litigieuse qui " ruine l'environnement " et est pratiquée sans aucune autorisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, la commune de Cros, représentée par la SCP Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- son maire n'a commis aucune illégalité fautive en refusant de dresser un procès-verbal d'infraction ;

- les troubles allégués à la tranquillité publique ne sont aucunement établis et la responsabilité de la commune ne pourra pas être engagée ;

- le lien de causalité entre la faute alléguée et les préjudices n'est aucunement établi ;

- les préjudices allégués ne sont pas établis.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 19 juin 2024.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public dans l'instance n° 2202247.

Les observations présentées le 13 novembre 2024 par M. D en réponse à cette information ont été communiquées le même jour.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code du sport ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- et les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D exploite un gîte situé dans le hameau de Buisson sur le territoire de la commune de Cros (Gard). Par un courrier du 17 octobre 2021, reçu le 19 octobre suivant, l'intéressé a demandé au maire de Cros de lui transmettre certains documents relatifs à un " circuit de motocross " situé, selon lui, à proximité de ce gîte et de justifier des mesures prises au titre de ses pouvoirs de police et relatives aux activités motorisées en cause. Par un courrier du 2 novembre 2021, le maire de Cros a notamment informé l'intéressé du fait que ces activités étaient, selon lui, pratiquées sur un parcours d'enduro et non sur un circuit de motocross. Par une lettre du 8 avril 2022, reçue le 11 avril suivant, M. D a saisi le maire de Cros d'une demande indemnitaire préalable. Par ses requêtes visées ci-dessus, qui ont fait l'objet d'une instruction commune et qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. D demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision par laquelle le maire de Cros a refusé de mettre en œuvre ses pouvoirs de police et, d'autre part, de condamner la commune de Cros à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 362-3 du code de l'environnement : " L'ouverture de terrains pour la pratique de sports motorisés est soumise à l'autorisation prévue à l'article L. 421-2 du code de l'urbanisme () ". L'article L. 421-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Les travaux, installations et aménagements affectant l'utilisation des sols et figurant sur une liste arrêtée par décret en Conseil d'Etat doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager ". Selon l'article R. 421-19 du même code : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : () / g) L'aménagement d'un terrain pour la pratique des sports ou loisirs motorisés () ".

3. Le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4 du même code, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV de ce code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées.

4. Il ne ressort pas des pièces versées aux débats que les activités motocyclistes en litige seraient pratiquées sur un terrain aménagé pour la pratique des sports ou loisirs motorisés, au sens et pour l'application des dispositions citées ci-dessus de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, et alors que M. D ne conteste pas que ces activités sont exercées depuis la fin des années 1970 ainsi que l'a relevé le maire de Cros dans son courrier du 2 novembre 2021 mentionné au point 1, il n'apparaît pas que l'ouverture du parcours litigieux, dont le requérant n'établit au demeurant pas la consistance exacte, aurait dû être précédée, à l'époque de sa réalisation, de la délivrance d'un permis d'aménager, ni qu'une étude d'impact aurait alors dû être établie. Par suite, et à supposer que M. D puisse être regardé comme ayant, par son courrier du 17 octobre 2021, saisi le maire d'une demande tendant au constat d'une infraction au code de l'urbanisme, le maire de Cros n'a, en tout état de cause, commis aucune illégalité en s'abstenant de dresser un procès-verbal sur le fondement des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que () les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique () ".

6. Le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage des pouvoirs de police qui lui sont conférés par les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales n'est entaché d'illégalité que dans le cas où, en raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publique, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales.

7. Il ne ressort pas des seules pièces versées aux débats que les activités motocyclistes pratiquées de longue date à proximité du gîte exploité par M. D, qui ne produit notamment aucune étude acoustique ni aucune attestation de tiers, serait source de nuisances sonores de nature à compromettre la tranquillité publique. A cet égard, le maire de Cros a relevé, dans son courrier du 2 novembre 2021, que l'activité en cause n'a, à sa connaissance, jamais suscité aucune plainte de la part des habitants de la commune. Il suit de là que le maire de Cros n'a commis aucune illégalité en s'abstenant de faire usage des pouvoirs de police qu'il tient des dispositions citées au point 5.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. En premier lieu, d'une part, lorsqu'il exerce les attributions qui lui sont confiées par les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, le maire agit en tant qu'autorité de l'Etat. D'une part, il en résulte que la responsabilité de la commune de Cros ne saurait être engagée à raison de la faute prétendument commise par son maire en s'abstenant de dresser un procès-verbal en application de ces dispositions. D'autre part, la responsabilité de l'Etat ne saurait, compte tenu de ce qui a été dit au point 4 et en tout état de cause, être engagée à ce titre.

10. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction, eu égard à ce qui a été dit au point 7, que le maire de Cros aurait commis une faute en s'abstenant de faire usage des pouvoirs de police qu'il tient de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Cros, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Cros sur le fondement de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. D visées ci-dessus sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Cros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la commune de Cros, à M. C A et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera adressée au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2202246, 2202247

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