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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202379

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202379

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202379
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la demande de M. B, qui contestait la remise en cause du taux réduit de TVA à 5,5 % sur ses factures de courtage. La juridiction a rappelé que, selon les articles 256 et 256 bis du code général des impôts, seul un intermédiaire agissant en son nom propre (opaque) peut appliquer le taux réduit aux biens et services sous-jacents, tandis qu'un intermédiaire transparent est soumis au taux de droit commun sur sa seule commission. M. B, en tant qu'agent commercial transparent, ne pouvait bénéficier du taux réduit, et les textes invoqués (loi de finances pour 2021) étaient inapplicables à la période vérifiée (2017-2019). La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant les rappels de TVA mis en recouvrement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2022, complétée par un mémoire enregistré le 11 avril 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la proposition de rectification suite à une vérification de comptabilité de la direction départementale des finances publiques de Vaucluse pour un montant de 17 500 euros ;

2°) la décharge des cotisations correspondantes ;

3°) la possibilité de présenter un référé-suspension concernant la mise en recouvrement des impositions ;

Il soutient que :

Il conteste la remise en cause, par le service vérificateur, du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée (5,5%) qu'il a appliqué sur ses factures de courtage ; il demande le bénéfice des dispositions de la loi de finances pour 2021 ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, complété le 25 avril 2023, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Parisien,

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de M. B.

Une note en délibéré a été enregistrée dans les intérêts de M. B le 26 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui exerce l'activité d'agent commercial, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 10 novembre 2020 au 7 janvier 2021 concernant la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, tant en matière de bénéfice non commercial (BNC) soumis à l'impôt sur le revenu (IR) que de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue des opérations de vérification, une proposition de rectification n° 3924 a été adressée au requérant le 14 janvier 2021. La procédure de taxation d'office a été utilisée en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Le montant des droits et pénalités rappelés au titre de la taxe sur la valeur ajoutée a été mis en recouvrement le 21 janvier 2022. Le requérant a présenté une réclamation contentieuse le 1er mars 2022 dans laquelle il contestait l'intégralité des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge. La demande précitée ayant fait l'objet d'une décision de rejet le 11 mai 2022, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée correspondants.

2 Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () V. L'assujetti, agissant en son nom propre mais pour le compte d'autrui, qui s'entremet dans une livraison de bien ou une prestation de services, est réputé avoir personnellement acquis et livré le bien, ou reçu et fourni les services considérés ". Selon l'article 256 bis du même code : " I. 1° Sont également soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les acquisitions intracommunautaires de biens meubles corporels effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ou par une personne morale non assujettie lorsque le vendeur est un assujetti agissant en tant que tel et qui ne bénéficie pas dans son Etat du régime particulier de franchise des petites entreprises. () III. Un assujetti, agissant en son nom propre mais pour le compte d'autrui, qui s'entremet dans une acquisition intracommunautaire, est réputé avoir personnellement acquis et livré le bien ". En vertu de l'article 266 du code général des impôts : " 1. La base d'imposition est constituée : / () b. Pour les opérations ci-après, par le montant total de la transaction : / Opérations réalisées par un intermédiaire mentionné au V de l'article 256 et au III de l'article 256 bis ; / Opérations réalisées par les personnes établies en France qui s'entremettent dans la livraison de biens ou l'exécution de services par des redevables qui n'ont pas établi dans l'Union européenne le siège de leur activité, un établissement stable, leur domicile ou leur résidence habituelle () ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'intermédiaire agissant en son nom propre mais pour le compte d'autrui (opaque) est assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée à raison du montant total de l'opération incluant sa commission, au taux correspondant aux produits et services qu'il est dans ce cas réputé avoir personnellement acquis et livrés ou reçus et fournis. A l'inverse, l'intermédiaire agissant au nom et pour le compte d'autrui (transparent) est soumis à la taxe sur la valeur ajoutée à raison des seules sommes perçues en contrepartie de la prestation d'entremise qu'il assure, au taux de droit commun correspondant à cette dernière, indépendamment du taux applicable aux produits ou services faisant l'objet de la prestation d'entremise.

4. Il s'ensuit que les articles 278-0 bis à 281 nonies du code général des impôts, qui énumèrent les catégories de produits et services pour lesquelles la taxe sur la valeur ajoutée est perçue à un taux réduit à l'occasion des opérations d'achat, d'importation, d'acquisition intracommunautaire, de vente, de livraison, de commission, de courtage ou de façon ne sauraient, depuis l'intervention de la loi du 17 juillet 1992 et dans leur version en vigueur jusqu'au 31 décembre 2020, s'appliquer qu'aux biens et services acquis par un intermédiaire agissant en son nom propre pour le compte d'autrui, à l'exclusion des prestations d'entremise assurées par un intermédiaire agissant au nom et pour le compte d'autrui.

5. Il résulte de l'instruction que M. B exerce son activité d'agent commercial en tant qu'indépendant. Son activité consiste en la mise en relation entre un agriculteur spécialisé en culture de pommes de terre et un utilisateur ou conditionneur de pommes de terre chargé de la mise en sac et du conditionnement des pommes de terre avant leur vente en grandes ou moyennes surfaces ou auprès de négociants. Aucun contrat écrit n'est signé entre le requérant et les agriculteurs, ni entre les fournisseurs. Les échanges entre M. B, l'agriculteur et le conditionneur, se font par l'intermédiaire de l'entremise téléphonique. Il résulte également de l'instruction que dès que les divers intervenants s'accordent sur la qualité et la variété de la pomme de terre ainsi que le tonnage et le prix de sa commission, M. B confirme l'accord oral par un accord écrit qui fait office de facture " proforma ". M. B exerce aussi son activité auprès d'une usine de chips qui consiste en la mise en relation de l'agriculteur, du producteur de pommes de terre et du directeur de l'usine. Lors de l'émission des factures, et s'agissant de pommes de terre, M. B applique le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée de 5,5 % sur sa commission facturée. Dans ses relations avec les tiers cocontractants (acheteurs ou vendeurs), M. B agissant au nom d'autrui apparaît clairement comme le représentant du commettant. Il doit ainsi être regardé comme un intermédiaire dit " transparent ".

6. Dans ces conditions, conformément aux principes rappelés au point 4 du présent jugement, M. B était redevable de la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 20% sur les seules commissions perçues, et non de la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 5,5 % en application de l'article 278-0 bis du code général des impôts au motif que le code général des impôts prévoit l'application du taux réduit aux opérations de courtage et/ou de commission portant sur les produits destinés à l'alimentation humaine. Il en résulte que l'administration était fondée à porter de 5,5% à 20 % le taux de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les prestations de services relatives aux opérations d'entremise réalisées par le requérant et à procéder en conséquence aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés, et des pénalités correspondantes, au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. Si le requérant, en demandant le bénéfice du " texte de loi européen N° 7-LF 2021 ", a entendu se prévaloir des dispositions de la loi 2020-1721 du 29 décembre 2020 portant loi de finances pour 2021, lesdites dispositions ne s'appliquent pas à la période en litige, étant au surplus observé que la soumission des opérations des intermédiaires transparents au taux normal est désormais la règle pour les opérations de commission et de courtage. La législation communautaire à laquelle fait référence sans plus de précision le requérant ne comporte pas d'interprétation différente des règles dont il est fait application dans le présent jugement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin de décharge et par suite et en tout état de cause, de suspension de l'imposition, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

La greffière,

I. MASSOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202379

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