mercredi 14 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202737 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | GREFFIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, Mme A F, représentée par Me Greffier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel la préfète du Gard l'a obligée à quitter le territoire français sans délai à compter de sa levée d'écrou, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant 3 ans ;
2°) de solliciter la communication des pièces sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises par la préfète ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 000 euros.
Elle soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel du dossier ;
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004.
Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de 3 ans :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au principe de la liberté de circulation ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La procédure a été communiquée à la préfète du Gard, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aymard, magistrat désigné,
- les observations de Me Greffier, qui reprend en les développant les moyens de la requête,
- les observations de Mme F, assistée par Mme C, interprète en langue italienne,
- la préfète du Gard n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, ressortissante roumaine née le 3 juin 2003, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel la préfète du Gard l'a obligée à quitter le territoire français sans délai à compter de sa levée d'écrou, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant 3 ans.
Sur les conclusions tendant à la communication de pièces par la préfète :
2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux litiges portant sur les obligations de quitter le territoire français sans délai en vertu de l'article L. 614-6 du même code : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ". L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication des pièces sur lesquelles l'administration s'est fondée pour prendre les décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme D E, directrice par intérim des migrations et de l'intégration au sein de la préfecture du Gard. Cette dernière a reçu délégation à cet effet par arrêté de la préfète du Gard du 13 janvier 2022, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Gard. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète du Gard s'est fondée pour prononcer à l'encontre de Mme F une obligation de quitter le territoire français. En outre, il ressort des termes mêmes de la décision en litige que la préfète du Gard, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme F, a examiné le dossier de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen doivent être écartés.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38 CE du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres : " Principes généraux 1. Sous réserve des dispositions du présent chapitre, les Etats membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union ou d'un membre de sa famille, quelle que soit sa nationalité, pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique. Ces raisons ne peuvent être invoquées à des fins économiques. 2. Les mesures d'ordre public ou de sécurité publique doivent respecter le principe de proportionnalité et être fondées exclusivement sur le comportement personnel de l'individu concerné. L'existence de condamnations pénales antérieures ne peut à elle seule motiver de telles mesures. Le comportement de la personne concernée doit représenter un menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. Des justifications non directement liées au cas individuel concerné ou tenant à des raisons de prévention générale ne peuvent être retenues. () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".
7. Les dispositions citées au point précédent, qui assurent désormais la transposition de celles correspondantes de l'article 27 de la directive du 29 avril 2004 susvisée, doivent être interprétées à la lumière des objectifs de cette directive et notamment de son article 27. Il appartient dans ce cadre à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française.
8. En l'espèce, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige que Mme F a fait l'objet d'un jugement rendu le 27 janvier 2022 par le tribunal correctionnel de Nîmes qui l'a condamnée pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une circonstance, tentative, récidive, et qui a entraîné son incarcération à compter du 27 janvier 2022. Dans ces circonstances, eu égard notamment à la nature et à la gravité des faits commis par la requérante, la préfète du Gard n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interprétées à la lumière notamment de l'article 27 de la directive du 29 avril 2004, en estimant que le comportement de l'intéressée constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.
9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 7 septembre 2022.
En ce qui concerne l'interdiction de circuler sur le territoire français pendant 3 ans :
10. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète du Gard s'est fondée pour prononcer à l'encontre de Mme F une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de 3 ans, la préfète du Gard ayant notamment visé les dispositions des articles L. 251-4 à L. 251-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les éléments relatifs à la situation personnelle et administrative de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
11. En deuxième lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, la requérante ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que l'interdiction qui lui est faite de circuler sur le territoire français pendant 3 ans serait privée de base légale.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
13. En l'espèce, Mme F fait valoir qu'elle réside sur le territoire français depuis 2019 et qu'elle vit à Marseille avec son conjoint et leur enfant âgé de dix-huit mois. Toutefois, la requérante ne verse à l'instance aucun pièce étayant ses affirmations. Par ailleurs, l'intéressée n'établit pas être dépourvue d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine ou en Italie, pays dans lequel elle déclare avoir vécu l'essentiel de sa vie et où résiderait la majorité des membres de sa famille. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit de Mme F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels la mesure contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de la vie privée et familiale de la requérante doivent être écartés.
14. En quatrième lieu, eu égard aux motifs exposés aux points 8 et 13, la préfète du Gard n'a pas commis d'erreur d'appréciation, ni porté une atteinte illégale à la liberté de circulation de Mme F, ressortissante roumaine, en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de 3 ans en date du 7 septembre 2022.
16. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F sont rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à la préfète du Gard et à Me Greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. B
La greffière,
E. PAQUIERLa République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202729
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601396
Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant arménien, visant à annuler son arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et l'interdiction de retour d'un an prononcée par le préfet du Gard. La juridiction a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le requérant, célibataire sans enfant, n'apportait pas d'éléments suffisants pour établir des liens familiaux ou privés stables en France au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a toutefois accordé à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle en raison de l'urgence.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601647
Le Tribunal Administratif de Nîmes rejette la requête de M. D... visant à annuler son arrêté d'éloignement. Le tribunal estime que la décision préfectorale, fondée sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers, est légale, notamment car le signataire était compétent et que le requérant n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir une vie privée et familiale en France protégée par l'article 8 de la CEDH. Les autres moyens, concernant le pays de destination et l'interdiction de retour, sont également écartés.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2400503
Sujet principal : Recours d'un agent public stagiaire contre le refus de sa titularisation et la prorogation de son stage. Juridiction : Tribunal Administratif de Montpellier (2ème chambre). Solution retenue : Le jugement, non intégralement reproduit, statue sur la légalité de l'arrêté de prorogation de stage et de l'arrêté refusant la titularisation. L'agent invoque notamment des vices de procédure, une erreur manifeste d'appréciation, un détournement de procédure et une violation de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique concernant les conditions du stage. Textes appliqués : Le code général de la fonction publique (notamment article L. 327-1) et le code de justice administrative (article L. 761-1 sur les frais irrépétibles).
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601266
Le Tribunal Administratif de Nîmes a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre des arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière et d'assignation à résidence pris à l'encontre d'un ressortissant algérien. Le tribunal a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Sur le fond, il a examiné la légalité des mesures au regard notamment du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026