vendredi 22 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202788 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BRUN CHABADEL EXPERT PITON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2022 et le 25 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Bonnet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le département de Vaucluse à lui verser la somme de 96 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;
2°) de " condamner " le département de Vaucluse à procéder à ses frais, et dans la limite d'un montant maximum de 96 000 euros, à titre principal, à la réfection complète du mur situé sur sa propriété ou, à titre subsidiaire, à la confortation complète de ce mur, le cas échéant en accroissant l'emprise de ce mur, à charge pour ce département d'indemniser cette emprise supplémentaire sur sa propriété ;
3°) de mettre à la charge du département de Vaucluse, le cas échéant solidairement avec la commune de Mormoiron, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que la totalité des frais d'expertise.
Elle soutient que :
- le département n'est pas fondé à lui opposer l'exception de prescription quadriennale ;
- elle a subi, en sa qualité de tiers à l'ouvrage public constitué par la route départementale 14 et ses accessoires, un dommage lié à cet ouvrage indissociable du mur situé sur sa propriété, lequel subit des pressions latérales provenant de cette voie publique ;
- l'altération du mur litigieux n'est pas liée à la présence d'une mouillère ;
- il existe un lien de causalité entre la voie publique et le mouvement latéral ayant affecté le mur situé sur sa propriété ;
- elle n'a commis aucune faute, à l'origine du mouvement latéral relevé par l'experte, de nature à exonérer le département de sa responsabilité ;
- si le mur litigieux est regardé comme un mur de soutènement de la voie publique, il devra être regardé comme une partie intégrante de l'ouvrage public et le département devra être condamné pour défaut d'entretien de ce mur ;
- il appartient au département, qui a commis une faute en s'abstenant d'entretenir le mur litigieux, de prendre en charge les travaux de réfection complète ou de confortation de ce mur, conformément aux préconisations de l'experte désignée.
Par des mémoires en défense enregistrés le 24 mars 2023, le 21 février 2024 et le
23 avril 2024, le département de Vaucluse, représenté par la SCP BCEP Avocats Associés, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la désignation d'un expert, au rejet de la requête, subsidiairement, à ce que Mme A soit condamnée à lui verser une somme équivalente à celle du coût des travaux mis à sa charge et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la demande d'expertise de Mme A ayant été satisfaite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions identiques à fin d'expertise présentées dans le cadre de la présente instance ;
- la prescription quadriennale est acquise dès lors que le désordre affectant le mur existait en 2017 ;
- l'existence d'un fait dommageable n'est pas établie ;
- le lien de causalité n'est pas établi ;
- la somme réclamée n'est étayée par aucune pièce, le devis produit étant insuffisamment précis et l'experte ne s'étant pas prononcée sur ce point ;
- il est possible que le désordre soit lié à une faute de la victime et le maire de Mormoiron dispose du pouvoir de police de la circulation ;
- les conclusions de la requérante tendant à ce que le département réalise des travaux devront être rejetées dès lors que le mur litigieux a été construit par les anciens propriétaires sans respect des règles de l'art et il n'est pas démontré qu'il aurait été endommagé par le fonctionnement d'un ouvrage public.
Par un mémoire enregistré le 13 février 2024, ainsi qu'un mémoire enregistré le 3 mai 2024 et non communiqué, la commune de Mormoiron, représentée par Me Hequet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'expertise présentée à titre subsidiaire ;
- la route départementale 14 ne prend pas appui sur le mur de clôture et de soutènement en cause, lequel a été édifié pour l'aménagement du fonds dont la requérante est propriétaire ;
- le mur litigieux présente, de longue date, un déversement important et une mouillère a été mise à jour en 2012 ;
- l'entretien de la route départementale incombe au seul département ;
- la prescription quadriennale est acquise ;
- l'existence d'un fait dommageable n'est pas établie ;
- les désordres allégués ne sauraient être imputés à la commune dont le maire a seulement mis en œuvre ses pouvoirs de police en faisant installer des barrières de sécurité ;
- la faute de la victime est susceptible d'exonérer la commune et le département de toute responsabilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public,
- les observations de Me Bonnet, représentant Mme A, celles de Me Callens, représentant le département de Vaucluse, et celles de Me Hequet, représentant la commune de Mormoiron.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire d'un terrain, composé des parcelles cadastrées section AP nos 22 et 27, situé sur le territoire de la commune de Mormoiron. Le 11 janvier 2022, le maire de Mormoiron a demandé à l'intéressée de réaliser, dans un délai de quatre-vingt-dix jours, des travaux de réparation du " mur de soutènement " à l'état dégradé situé sur la parcelle cadastrée section AP n° 22 et bordé par un accotement de la route départementale 14. Par une lettre datée du 23 juin 2022, reçue le lendemain, Mme A a saisi la présidente du conseil départemental de Vaucluse d'une demande préalable afin d'obtenir le paiement de la somme de 96 000 euros, à parfaire le cas échéant, au titre du dommage qu'elle estime avoir subi du fait de la présence et du fonctionnement de l'ouvrage public constitué par la route départementale 14 et ses accotements au droit de ce mur qui en est indissociable. Cette demande a été expressément rejetée le 20 juillet 2022 par la présidente du conseil départemental de Vaucluse. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner le département de Vaucluse à réparer le préjudice qu'elle estime avoir subi et d'enjoindre à cette autorité de réaliser les travaux requis sur le mur en cause.
2. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de justice administrative : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif () peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai ".
3. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures.
4. La requête de Mme A présente à juger les questions suivantes :
1°) Lorsqu'il estime que les conditions d'engagement d'une action en responsabilité du maître de l'ouvrage public sont réunies mais qu'il rejette les conclusions indemnitaires en raison de l'absence de préjudice indemnisable, le juge administratif peut-il faire droit uniquement aux conclusions à fin d'injonction présentées en complément de ces conclusions indemnitaires '
2°) Dans l'affirmative, le juge administratif peut-il enjoindre à la personne publique en cause de prendre les mesures de nature à prévenir un dommage lié à l'existence ou au fonctionnement d'un ouvrage public et dont la réalisation est probable '
5. Ces questions de droit sont nouvelles, présentent des difficultés sérieuses et sont susceptibles de se poser dans de nombreux litiges. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 113-1 du code de justice administrative, de surseoir à statuer sur la requête de Mme A et de transmettre le dossier de cette requête, pour avis, au Conseil d'Etat.
D É C I D E :
Article 1er : Le dossier de la requête de Mme A est transmis au Conseil d'Etat pour examen des questions de droit définies dans les motifs du présent jugement.
Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête de Mme A jusqu'à l'avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la transmission du dossier prévue à l'article 1er.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, à Mme B A, au département de Vaucluse et à la commune de Mormoiron.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026