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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202906

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202906

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202906
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. C, qui contestait le refus de révision de sa pension militaire d'invalidité pour aggravation de ses séquelles de traumatisme crânien. Le requérant demandait l'attribution d'un taux d'invalidité de 35% pour cette infirmité, incluant des troubles psychiques et de la marche. La juridiction a jugé que l'administration avait correctement évalué l'aggravation à 5% (portant le taux à 15%), conformément aux expertises médicales, et que cette aggravation était inopérante en application de l'article L.154-1 du code des pensions militaires d'invalidité. Le tribunal a également estimé que les troubles de la marche n'étaient pas médicalement imputables au service de manière directe et certaine.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2022, M. D C, représenté par Me Stark, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours préalable obligatoire présenté à l'encontre de l'arrêté du 7 février 2022 répondant à sa demande de révision de ses droits à pension militaire d'invalidité du 17 février 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'administration d'établir un nouveau titre de pension avec effet au jour de la demande de pension, soit le 17 février 2020, pour l'infirmité séquelles de traumatisme crânien n° l, mentionnant un taux d'invalidité de 35% et ajoutant au descriptif figurant sur la fiche descriptives des infirmités de 2010 " état de stress post-traumatique, troubles de la concentration et de l'attention, troubles du sommeil, hypersensibilité accrue, état dépressif, état apathique, douleurs chroniques, déficit des membres inférieurs, perte de l'équilibre, troubles à la marche " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 850 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que :

- pour l'infirmité n° 1, pour laquelle un taux de 15% est admis, il est justifié de porter le taux d'invalidité à 35% en raison des composantes mises en évidence et décrites dans les certificats médicaux produits soit : " état de stress post-traumatique, troubles de la concentration et de l'attention, troubles du sommeil, hypersensibilité accrue, état dépressif, état apathique, douleurs chroniques, déficit des membres inférieurs, perte de l'équilibre, troubles à la marche " ;

- les troubles à la marche sont imputables au service dès lors qu'ils sont en lien avec le traumatisme et sa dimension psychiatrique et qu'il n'y a pas d'état antérieur ou de fait détachable du service, encore moins une maladie pouvant limiter le requérant dans sa demande ;

- la référence à des " troubles sexuels " évoqués par l'administration dans la décision querellée du 27 juillet 2022 ne constitue pas un argument utile dès lors que si ceux-ci n'ont pas été indemnisés par le passé, ils ne constituaient pas l'objet de la demande de réexamen des droits à pension présentée le 17 février 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- conformément au guide barème, les trois invalidités dont M. C se prévaut doivent être examinées séparément ;

- s'agissant de l'infirmité correspondant à l'état de stress post-traumatique, elle a été évaluée, conformément à l'expertise, à 25% ; c'est à bon droit qu'une part de 15% correspondant à des troubles sexuels et des troubles de la marche a été retenue comme non imputable au service ;

- s'agissant de l'infirmité correspondant aux troubles de la marche et de l'équilibre, en conformité avec l'expertise, la commission a retenu l'absence de lien médical direct, certain et déterminant entre la pathologie et le service ; le requérant produit des documents qui ne sont pas de nature à démontrer ce lien ; l'absence d'état antérieur est insuffisante pour démontrer la relation médicale certaine, directe et déterminante entre la pathologie et l'accident ;

- s'agissant de l'infirmité " séquelles de traumatisme crânien ", en accord avec l'expertise du Dr B du 25 mars 2021, le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité a accordé une aggravation de 5% au regard des troubles cognitifs, soit un taux de 25% conforté par l'expertise du Dr A ; une telle aggravation est toutefois inopérante en application des dispositions de l'article L.154-1 du code des pensions militaires d'invalidité ; le requérant ne joint aucun élément de nature à contredire l'avis concordants des médecins.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Boyer et les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été victime d'un accident de la route le 13 octobre 2003 dont l'imputabilité au service a été reconnue. Il a été rayé des contrôles le 2 novembre 2010 au grade d'adjudant. Il était titulaire d'une pension militaire d'invalidité au taux de 35% concédée, en dernier lieu, par la fiche descriptive des infirmités et l'arrêté du 6 décembre 2010 pour des infirmités résultant d'un fait de service du 13 octobre 2003 ayant donné lieu à une infirmité relative à des " Séquelles de traumatisme crânien. Céphalées pulsatiles rebelles. Pseudo-vertiges, amnésie lacunaire des faits récents " évaluées au taux de 10% et à d'autres invalidités en lien avec différentes fractures qui ne sont pas en litige. Par une demande enregistrée le 17 février 2020, M. C a sollicité la révision de sa pension militaire d'invalidité en raison de l'aggravation de ses infirmités notamment en ce qui concerne les troubles de la marche et de l'équilibre ainsi que les conséquences psychiques résultant de ses infirmités. Par arrêté du 7 février 2022, le taux d'invalidité correspondant à l'infirmité relative à des " Séquelles de traumatisme crânien. Céphalées pulsatiles rebelles. Pseudo-vertiges, amnésie lacunaire des faits récents " a été évalué à 15%, soit une aggravation de 5% estimée inopérante en application de l'article L.154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et les taux d'invalidité des autres infirmités pensionnées sont restés inchangés faute d'aggravation. Il a toutefois été accordé au requérant un droit à pension temporaire au taux d'invalidité de 10% pour l'infirmité " Etat de stress post-traumatique avec ruminations, troubles anxio-dépressifs, troubles du sommeil, sentiment d'inutilité, péjoration du devenir, troubles de l'attention et de la concentration, traitement médicamenteux. ". Enfin aucun droit à pension ne lui a été reconnu pour l''infirmité " Troubles de la marche et de l'équilibre nécessitant l'utilisation d'une canne et parfois d'un fauteuil roulant, périmètre de marche de 75 m " au motif qu'elle n'est pas imputable aux infirmités pour lesquelles la pension a été accordée par défaut de preuve et de présomption et sans relation médicale certaine, directe et déterminante avec une autre infirmité imputable. Son taux d'invalidité a ainsi été porté à 45%. Saisie le 25 avril 2022, la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire par décision du 27 juillet 2022 dont M. C demande l'annulation.

Sur les droits à pension militaire d'invalidité :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; / 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service. " Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Est présumée imputable au service : / 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ; () ". Aux termes de l'article L. 121-4 du même code : " les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 % ". Aux termes de l'article L. 154-1 code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. Cette demande est recevable sans condition de délai. La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 %. ". Aux termes de l'article L.125-1 du même code : " Le taux d'invalidité reconnu à chaque infirmité examinée couvre l'ensemble des troubles fonctionnels et l'atteinte à l'état général ". Aux termes de l'article L.125-3 du même code : " L'indemnisation des infirmités est fondée sur le taux d'invalidité reconnu à celles-ci en application des dispositions d'un guide-barème portant classification des infirmités d'après leur gravité. ".

4. En premier lieu, M. C demande l'application d'un taux de 35% pour les séquelles de traumatisme crânien afin que soient prises en compte leur dimension psychiatrique et leur incidence sur l'existence de douleurs et de troubles de l'équilibre gênant notamment la marche. Il résulte toutefois de l'avis de la commission du 23 septembre 2021 que la seule aggravation admise au titre de cette infirmité résulte de l'apparition de pseudo-vertiges et amnésie lacunaire de faits récents, et, qu'en revanche, l'état de stress post-traumatique a bien été pris en compte en tant qu'infirmité distincte et qu'enfin, l'infirmité revendiquée concernant les troubles de la marches, également envisagée de manière distincte, n'a pas été prise en compte en raison de son absence d'imputabilité à une infirmité pensionnée. Si M. C semble soutenir que le trouble de la marche ne constituerait qu'un trouble fonctionnel en rapport avec son traumatisme crânien ou son état de stress post-traumatique, l'avis consultatif du 21 juillet 2021 du médecin conseil expert chargé des pensions militaires d'invalidité conclut, au contraire, que le trouble de la marche n'est pas en lien avec un infirmité pensionnée. De même, l'expertise du Dr B du 25 mars 2021 conclut également à ce que le trouble de la marche soit considéré comme une infirmité distincte. Enfin, M. C se borne à produire cinq certificats médicaux qui ne prennent pas position sur cette question. Par suite et au regard de ce qui été dit au point précédent, M. C ne peut prétendre à une évaluation globale des infirmités revendiquées ou de leur aggravation dès lors que le guide-barème prévoit pour les infirmités en cause une description et une évaluation distincte et que le trouble à la marche ne peut être envisagé au vu des éléments produits comme un trouble fonctionnel d'une autre infirmité. Par suite, le moyen tiré de ce que le taux alloué à l'infirmité relative au traumatisme crânien pour laquelle il est pensionné devrait être portée à 35% doit être écarté.

5. En deuxième lieu, s'agissant de l'infirmité relative aux troubles de la marche, il résulte de l'instruction que la commission de recours de l'invalidité s'est notamment fondée sur le compte-rendu du 25 mars 2021 établi par le médecin expert-rhumatologue de la direction des ressources humaines du ministère de la défense, désigné par le service général des armées, lequel a relevé, en se fondant sur les examens médicaux du requérant, qu'aucun élément ne permettait d'établir une relation entre cette infirmité et l'accident du 13 novembre 2003. La commission de recours de l'invalidité s'est également fondée sur l'avis consultatif du 21 juillet 2021 du médecin-conseil expert chargé des pensions militaires d'invalidité, qui a constaté que l'infirmité de troubles de la marche et de l'équilibre de M. C n'était pas imputable au service par défaut de preuve et de présomption, ni en lien avec une infirmité pensionnée. Enfin la commission consultative médicale a, dans son avis du 23 septembre 2021, considéré que l'infirmité en cause était une maladie, au sens des dispositions du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, qui n'était pas imputable au service ni par preuve ni par présomption. M. C produit des certificats médicaux qui, s'ils décrivent les difficultés auxquelles l'expose son état de santé actuel, ne permettent pas d'établir un lien direct et certain entre ses difficultés de marche et l'accident de la route de 2003. Par suite, les troubles de la marche de M. C ne peuvent être regardés comme étant en lien avec l'accident imputable au service.

6. Enfin, en se bornant à soutenir que la référence à des " troubles sexuels " évoqués par l'administration dans la décision querellée du 27 juillet 2022 ne constitue pas un argument utile dès lors que ceux-ci ne constituaient pas l'objet de la demande de réexamen des droits à pension présentée le 17 février 2020, M. C ne conteste pas utilement le taux d'aggravation retenu par la commission de recours de l'invalidité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre des armées et des anciens combattants.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BOYER

L'assesseure la plus ancienne,

L. LAHMAR

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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