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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203200

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203200

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203200
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 1er décembre 2022 sous le n° 2203706, la SARL Pharmacie Defert, représentée par la SCP d'avocats Lemoine Clabeaut, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté du maire de la commune d'Avignon du 22 novembre 2021, portant modification du sens de circulation avenue de la Trillade, ensemble de la décision de rejet de sa demande d'abrogation,

- d'enjoindre l'abrogation du même arrêté ;

- la mise à la charge de la commune d'Avignon d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 22 novembre 2021 est illégal dès lors qu'il émane d'une autorité incompétente ; il aurait dû être signé par le président de la communauté d'agglomération du Grand Avignon ;

- le changement de circulation réalisé l'a été sans étude d'impact et sans véritable concertation ;

- la mesure de police est disproportionnée, dès lors que la disparition de l'officine est programmée par la mise en place du " plan faubourg ".

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2023, la commune d'Avignon, représentée par la SELARL Maillot Avocats Associés conclut au rejet de la requête et à la mise à charge de la SARL Pharmacie Defert de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

II. Par une requête enregistrée le 24 octobre 2022 sous le n° 2203200, la SARL Pharmacie Defert, représentée par la SCP d'avocats Lemoine Clabeaut, demande au tribunal :

- de condamner la commune d'Avignon au versement de la somme de 498 937,23 euros en réparation des préjudices subis par elle du fait de la modification du sens de circulation opéré avenue de la Trillade en Avignon,

- de mettre à la charge de la commune la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le plan Faubourg l'impacte objectivement de façon anormale et spéciale et se traduit par une rupture d'égalité des citoyens devant les décisions administratives.

- la modification du sens de circulation se traduit par une perte sèche du chiffre d'affaires de son exploitation de façon pérenne ;

- elle accuse au jour de la requête une baisse de chiffre d'affaire de 57,98 %, par rapport à l'année N-1 ; la perte de son chiffre d'affaires s'établit à 398.937,23 euros du 1er janvier 2022 au 30 juin 2022, tandis que son préjudice moral peut être évalué à la somme de 100 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2023, la commune d'Avignon, représentée par la SELARL Maillot Avocats Associés conclut au rejet de la requête et à la mise à charge de la SARL Pharmacie Defert de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A Parisien ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lemoine pour la pharmacie Defert et de Me Bard pour la commune d'Avignon.

Une note en délibéré pour la pharmacie Defert a été produite le 2 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 novembre 2021, la commune d'Avignon a procédé à l'établissement de prescriptions particulières pour certaines voies de la commune, dont l'avenue de la Trillade, dans le cadre du plan " zéro transit-zéro degré " approuvé lors du conseil municipal du 6 mars 2021, mettant en place un plan local de circulation. Par ses requêtes, la SARL Pharmacie Defert demande au tribunal l'annulation dudit arrêté et sollicite l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de la mise en place de cet arrêté à hauteur de 498.937,23 euros.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2203706 et 2203200 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et les voies de communication à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. A l'extérieur des agglomérations, le maire exerce également la police de la circulation sur les voies du domaine public routier communal et du domaine public routier intercommunal, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. / Les conditions dans lesquelles le maire exerce la police de la circulation sur les routes à grande circulation sont fixées par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. En premier lieu, si la société requérante soutient que le maire était incompétent pour prendre l'arrêté contesté, la commune d'Avignon fait valoir sans être contestée, ni par les requérants ni par les plans versés au dossier, que les compétences du Grand Avignon portent sur un champ limité et non sur la police de la circulation. En outre, les voies règlementées par l'arrêté litigieux se situent à l'intérieur de l'agglomération avignonnaise. Par suite, le moyen tiré de ce que la maire d'Avignon était incompétente pour prendre les arrêtés contestés doit être écarté.

5. En deuxième lieu, ni les dispositions précitées de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire n'imposaient au maire de soumettre l'arrêté attaqué à la concertation préalable des usagers et des riverains. Le moyen tiré de l'absence de concertation préalable doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, les arrêtés par lesquels le maire réglemente, en vertu de ses pouvoirs de police, la circulation dans sa commune, ne sont pas soumis aux dispositions des articles L. 122-3 et R. 122-5 du code de l'environnement qui prescrivent au maître d'ouvrage de réaliser des études d'impact en cas de projet susceptible d'avoir un impact sur l'environnement ou la santé humaine. Le moyen tiré de l'absence d'étude d'impact est ainsi inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, la SARL Pharmacie Defert soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation en faisant valoir que, par l'effet de son adoption, la disparition de l'officine est programmée par la mise en place du " plan faubourg ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier produites par la commune, notamment par les photographies des lieux en cause, que la mise en place de l'arrêté contesté sur l'avenue de la Trillade n'a fait que modifier le sens de circulation, dès lors que d'une voie à double sens de circulation, l'avenue est devenue une voie à sens unique. En outre, l'accès de la clientèle à la pharmacie, située en angle de rue entre l'avenue de la Trillade et le Boulevard Montesquieu, n'est pas remis en cause dans la mesure où, d'une part, les piétons ont toujours accès à l'entrée de la pharmacie et, d'autre part, que les voitures, qui peuvent à la fois circuler et stationner, grâce au parking situé juste en face de la pharmacie ainsi qu'aux places de stationnement, maintenues devant celle-ci, comme, à proximité immédiate, au niveau du boulevard Montesquieu, lequel reste en double sens.

8. Dans ces conditions, alors que la société requérante n'établit pas que les inconvénients qui résulteraient de l'arrêté en litige excèderaient, par leur nature et leur importance, les sujétions que le maire pouvait imposer dans le cadre de son pouvoir de police, les mesures qu'il édicte n'apparaissent pas inappropriées ou disproportionnées au regard des buts recherchés, à savoir développer les déplacements les moins polluants et la sécurité des usagers. Par suite, les moyens tirés, d'une part, de l'erreur d'appréciation dont serait entaché l'arrêté contesté et, d'autre part, de son caractère disproportionné, ne sont pas fondés et doivent, dès lors, être écartés.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

10. Le riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics, à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers, doit établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages allégués et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter, sans contrepartie, les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général. Le caractère grave du préjudice et des dommages supportés se déduit, notamment, des difficultés particulières rencontrées par les clients dans l'accès au fonds de commerce ou encore de l'impossibilité même d'accéder à ce fonds.

11. Si en principe, les modifications apportées à la circulation générale et résultant soit de changements effectués dans l'assiette, la direction ou l'aménagement des voies publiques, soit de la création de voies nouvelles, ne sont pas de nature à ouvrir droit à indemnité, il en va autrement dans le cas où ces modifications ont pour conséquence d'interdire ou de rendre excessivement difficile l'accès des riverains à la voie publique. Au cas d'espèce, il résulte de l'instruction que, ainsi qu'il a été dit au point 7, la rectification du plan de circulation n'a fait que modifier le sens de circulation sur l'avenue de la Trillade, dès lors que d'une voie à double sens de circulation, l'avenue est devenue une voie à sens unique, sans compromettre l'accès de ses usagers piétions ou automobilistes. Dès lors, si les travaux effectués et les modifications apportées au plan de circulation du quartier d'implantation de la pharmacie, ont entraîné une gêne dans l'activité de l'officine, ces inconvénients n'ont pas excédé les sujétions normales que doivent supporter, sans indemnité, les riverains dans l'intérêt général.

12. La SARL Pharmacie Defert produit plusieurs extractions comptables de son journal des ventes, sur diverses périodes comprises entre les années 2020 et 2022, de même que des tableaux de bord issus d'une application de gestion, qui tendent à établir une baisse globale du chiffre d'affaires, notamment au premier trimestre 2022 par rapport aux trois années précédentes. Elle fait par ailleurs état d el'aggravation de sa situation fiancière, ayant conduit à sa liquidation en 2023. Toutefois, ces éléments, en l'absence de toute analyse comptable circonstanciée, n'établissent pas l'existence d'un lien de causalité entre les difficultés financières de la pharmacie et la modification du plan de circulation ou les travaux correspondants. Au surplus, en l'absence notamment de production des liasses fiscales de la société, la perte d'exploitation invoquée n'est pas davantage avérée par les pièces du dossier. Ce lien n'est pas non plus établi par les attestations de chiffres d'affaires du cabinet comptable, ou encore par les relevés quotidiens produits, dépourvus des précisions nécessaires à leur interprétation. Le préjudice moral allégué à raison " de la mort économique programmée de l'officine " est, quant à lui, dépourvu de toute justification.

13. Par suite, la SARL Pharmacie Defert n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune d'Avignon à lui verser une somme au titre de l'indemnisation de ses préjudices.

Sur les frais liés au litige :

14. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la commune d'Avignon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente l'instance, une somme au titre des frais exposés par la SARL Pharmacie Defert et non compris dans les dépens.

15. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SARL Pharmacie Defert la somme demandée par la commune d'Avignon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SARL Pharmacie Defert sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Avignon formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pharmacie Defert et à la commune d'Avignon.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2203706, 2203200

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