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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203237

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203237

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203237
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantDIMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Dimier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a laissé à sa charge une dette de 4 008 euros résultant d'un trop-perçu d'aide personnelle au logement pour la période de juillet 2020 à juin 2022 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Gard de lui restituer les sommes prélevées sur ses prestations en remboursement de l'indu ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner la caisse d'allocations familiales du Gard à lui verser la somme de 4 008 euros à titre de dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gard la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- sa déclaration de situation, enregistrée par la caisse d'allocations familiales du Gard le 30 avril 2020 et visant à obtenir l'allocation de logement sociale, était en règle dans la mesure où elle a coché la case " chômeur indemnisé ou non " et précisé " depuis mars 2020 " et qu'elle a joint une attestation de ressources 2018, éléments correspondant à ce que sollicitait la caisse d'allocations familiales ; elle a en outre régulièrement renseigné son changement d'adresse en septembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard conclut au rejet de la requête et réclame la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La caisse d'allocations familiales du Gard soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mr C, vice-président, pour statuer sur les litiges énumérés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative, la rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique, au cours de laquelle le rapport de M. C a été présenté, en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 30 septembre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Gard, après avis de la commission de recours amiable du 16 septembre 2022, a rejeté son recours préalable obligatoire dirigé contre la décision du 29 juin 2022 lui réclamant un indu d'allocation de logement sociale de 4 008 euros au titre de la période courant de juillet 2020 à juin 2022. Elle demande par voie de conséquence qu'il soit enjoint à la caisse de lui restituer les sommes prélevées sur ses prestations, et formule à titre subsidiaire des conclusions indemnitaires à hauteur de 4 008 euros.

2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent / () 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale / b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. A défaut, l'organisme payeur peut, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues soit au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, soit au titre des prestations mentionnées à l'article L. 168-8 ainsi qu'aux titres II et IV du livre VIII du présent code, soit au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles. ".

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur les conclusions aux fin d'annulation et d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, accédant à la propriété ou résident en logement-foyer ". En vertu des dispositions de l'article R. 822-3 du même code : " Les ressources et les charges prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois, sous réserve des dispositions prévues à l'article R. 823-6-1 () ". Enfin, aux termes de l'article R. 823-13 du même code : " Tout changement de nature à modifier les droits aux aides personnelles au logement, en particulier tout changement de la composition familiale, prend effet et cesse de produire ses effets selon les règles prévues pour l'ouverture et pour l'extinction des droits définies, respectivement, au premier alinéa de l'article R. 823-10 et au premier alinéa de l'article R. 823-12 () ".

5. A la suite d'un signalement des services fiscaux du 27 janvier 2022, la caisse d'allocations familiales du Gard a sollicité Mme B afin d'obtenir des précisions quant à ses ressources. Le 8 juin 2022, celle-ci a déclaré percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi versée par Pôle Emploi depuis le mois de mars 2020. La caisse d'allocations familiales, qui avait jusque-là considéré la requérante comme dépourvue de toute ressource, a alors procédé à un nouveau calcul de l'allocation de logement sociale due pour la période de juillet 2020 à juin 2022 et a informé l'intéressée qu'elle était redevable d'un indu de 4 008 euros à rembourser sur ses prestations à venir.

6. Mme B soutient que l'indu en litige résulte d'une erreur de traitement de son dossier par la caisse d'allocations familiales, dès lors qu'elle a bien déclaré son chômage dès sa première demande d'aide au logement du 10 avril 2020, qu'elle a fourni la seule déclaration de ressources alors exigée, à savoir celle correspondant aux ressources 2018 et qu'elle a régulièrement renseigné son changement d'adresse.

7. En premier lieu, il est exact qu'en 2020, seule la déclaration de l'avant dernière année précédant la demande d'aide au logement était exigée par les services sociaux. Néanmoins, il résulte de l'instruction que dans sa demande du 10 avril 2020, bien que s'étant déclarée au chômage depuis le 24 mars 2020, la requérante n'a pas complété les mentions relatives à l'organisme et aux modalités d'indemnisation dudit chômage. Par ailleurs, s'agissant ensuite de sa nouvelle demande d'aide au logement formulée le 7 septembre 2020 à l'occasion de la signature d'un nouveau bail, la requérante ne s'est pas déclarée au chômage, mais sans activité depuis le 31 juillet 2013. Dans ces conditions déclaratives, la caisse d'allocations familiales, qui a mis un terme à l'allocation pour le logement initial, a initié une allocation pour le nouveau logement par un calcul s'opérant sur une absence totale de revenus.

8. En second lieu, il résulte de l'instruction que la requérante n'a véritablement détaillé auprès de la caisse d'allocations familiales le montant de ses allocations d'aide au retour à l'emploi que le 8 juin 2022, et ce après y avoir été invitée par la caisse. L'organisme a pu alors établir le montant exact de la dette d'allocation de logement sociale, en application des dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation, par un calcul dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il serait erroné.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à contester le bien-fondé de sa dette d'allocation de logement sociale au motif d'une erreur de traitement de son dossier au regard de la régularité de ses obligations déclaratives. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

10. Mme B ne démontrant pas une faute de la caisse d'allocations familiales de nature à engager sa responsabilité, ses conclusions subsidiaires à fin d'indemnisation doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gard, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme réclamée par la caisse d'allocations familiales du Gard sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales du Gard formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales du Gard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le magistrat désigné,

J.B. C

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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