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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203729

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203729

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203729
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantTURRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2022, Mme F A D, représentée par Me Turrin, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 octobre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu de prime d'activité (IM1 004) d'un montant de 10 988,72 euros, au titre de la période du 1er mai 2020 au 30 avril 2022 et d'un indu d'aide personnalisé au logement (IN5 004) d'un montant de 5 964,91 euros, au titre de la période du 1er décembre 2019 au 31 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse de procéder à la restitution des sommes recouvrées, le cas échéant, en remboursement de l'indu ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est séparée de M. B depuis novembre 2019 et supporte seule l'intégralité des charges courantes ;

- elle a saisi le juge aux affaires familiales afin de déterminer les droits et obligations alimentaires du père de ses enfants ;

- la créance litigieuse est partiellement prescrite en ce qui concerne la période de novembre 2019 à mai 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse conclut au rejet de la requête et à ce que Mme A D soit condamnée à lui payer la somme 10 988,72 euros correspondant au solde de l'indu de revenu de solidarité active et la somme de 5 964,91 euros correspondant au solde de l'indu d'aide personnalisée au logement.

Elle soutient que :

- la requérante reste redevable de la somme de 10 988,72 euros correspondant au solde de l'indu de prime d'activité et de la somme de 5 964,91 euros correspondant au solde de l'indu d'aide personnalisée au logement ;

- les moyens soulevés par Mme A D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. E a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 30 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de Mme A D un indu de prime d'activité (IM1 004) d'un montant de 10 988,72 euros au titre de la période du 1er mai 2020 au 30 avril 2022 et un indu d'aide personnalisé au logement (IN5 004) d'un montant de 8 204,36 euros au titre de la période du 1er décembre 2019 au 31 mai 2022. Par un courrier du 3 juin 2022, Mme A D a formé un recours administratif pour contester le bien-fondé de ces dettes. Par une décision du 3 octobre 2022, dont Mme A D sollicite l'annulation, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a rejeté son recours et confirmé la récupération des indus litigieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 octobre 2022 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; () ". Aux termes de l'article L. 822-1 du même code : " Les dispositions du présent livre relatives au bénéficiaire, à la résidence principale ou à la prise en compte des ressources applicables au conjoint, sont applicables, dans les mêmes conditions, au partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou au concubin ". Aux termes de l'article L. 823-1 de ce code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. / Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci. ".

3. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Il résulte ensuite de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article R. 842-3 de ce code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; () ".

4. Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que pour le bénéfice de l'aide personnalisé au logement et de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. Pour permettre à l'organisme chargé du versement de la prestation de déterminer ses droits, l'allocataire doit déclarer les informations relatives à sa situation familiale et, s'agissant des membres du foyer, l'ensemble des ressources qu'ils perçoivent.

6. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année, de prime d'activité ou d'aide personnalisée au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. Il résulte de l'instruction que l'indu de prime d'activité et l'indu d'aide personnalisée au logement mis à la charge de Mme A D, qui a déclaré être en situation d'isolement depuis le mois de novembre 2019, trouve son origine dans l'absence de déclaration par la requérante de sa vie maritale et par suite, de l'intégralité des ressources du foyer devant être prises en compte pour déterminer ses droits à l'aide personnalisée au logement et à la prime d'activité. Pour mettre à la charge de Mme A D les indus litigieux, l'administration s'est fondée sur les éléments figurant au rapport d'enquête établi le 8 avril 2022 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, faisant apparaître que Mme A D et M. C B, prétendument séparés depuis le mois de novembre 2019, ont eu deux enfants, postérieurement à la date de séparation indiquée, qu'aucune pension alimentaire n'est versée par M. B à Mme A D pour contribuer à l'entretien de ses enfants, que M. B est connu à l'adresse de Mme A D auprès de la caisse primaire d'assurance maladie, adresse qu'il a confirmé à deux reprises au mois de juillet 2020 et au mois de mars 2021, auprès de son établissement bancaire, qu'il s'est inscrit au registre du commerce en tant que commerçant en mai 2021 et a indiqué à cette occasion être domicilié chez Mme A D, que son nom figure sur la boîte aux lettres et que des virements bancaires réciproques apparaissent sur les comptes bancaires de M. B et Mme A D notamment le 4 novembre 2020 et le 12 novembre 2020. Si Mme A D fait valoir qu'elle a saisi le juge aux affaires familiales afin de procéder à la fixation des droits et obligations alimentaires de M. B à l'égard de ses enfants, elle n'apporte toutefois aucune indication concernant l'issue de cette procédure, qu'elle a d'ailleurs engagée postérieurement au contrôle effectué par les services de la caisse d'allocations familiales. Par ailleurs, Mme A D ne démontre pas l'absence de vie commune avec M. B en faisant état de ses relevés de compte bancaire, qui confirment d'ailleurs l'existence d'intérêts financiers entre Mme A D et M. B, et ne suffisent pas à remettre en cause les éléments nombreux, précis et concordants constatés dans le rapport d'enquête permettant d'établir la situation de vie maritale de la requérante. Dans ces conditions, l'existence d'une vie de couple entre Mme A D et M. B sur la période à prendre en considération pour apprécier le droit de celle-ci à l'aide personnalisé logement et à la prime d'activité doit être regardée comme établie.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manoeuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans () ". Aux termes de l'article L. 845-4 de ce code : " L'article L. 553-1 est applicable à la prime d'activité. ". Aux termes de l'article L. 821-7 du code de la construction et de l'habitation : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale./ () " Il résulte de ces dispositions que le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations étant de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu.

9. Les indus en litige résultent de l'absence de déclaration par Mme A D de la réalité de sa situation maritale sur les périodes litigieuses. Il résulte de ce qui précède et notamment de ce qui a été dit au point 7, que Mme A D a délibérément omis de déclarer son concubinage avec M. B auprès de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse. Par suite, la fraude de Mme A D est établie et la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a pu légalement répéter l'indu litigieux au-delà de la période de prescription de deux ans résultant de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale cité au point précédent.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 octobre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu de prime d'activité (IM1 004) d'un montant de 10 988,72 euros, au titre de la période du 1er mai 2020 au 30 avril 2022 et d'un indu d'aide personnalisé au logement (IN5 004) d'un montant de 5 964,91 euros, au titre de la période du 1er décembre 2019 au 31 mai 2022. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse :

11. L'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale dispose que : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".

12. Ces dispositions, qui investissent les directeurs des caisses d'allocations familiales du pouvoir de recouvrer directement, par voie de contrainte, les sommes indûment versées au titre de la prime d'activité et de l'aide personnalisée aux logement aux allocataires, font obstacle à ce que la condamnation de ceux-ci au reversement de ces sommes puisse être demandée au juge administratif. Par suite, les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de Vaucluse tendant à la condamnation de Mme A D à lui payer la somme de 10 988,72 euros correspondant au solde de l'indu de prime d'activité et la somme de 5 964,91 euros correspondant au solde de l'indu d'aide personnalisée au logement mis à sa charge ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse tendant à la condamnation de Mme A D à lui verser le solde des indus litigieux sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A D et à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le président,

C. E

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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