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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203862

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203862

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203862
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nîmes a été saisi par Mme A d’une demande de décharge de son obligation solidaire de paiement de l’impôt sur les revenus de 2013 et de conclusions indemnitaires pour préjudice moral et frais. En cours d’instance, l’administration fiscale a accordé la décharge de responsabilité solidaire pour la somme de 9 780 euros, rendant sans objet les conclusions principales. Sur les conclusions indemnitaires, le tribunal les a déclarées irrecevables, faute pour la requérante d’avoir adressé une demande préalable à l’administration, conformément à l’article R. 421-1 du code de justice administrative. La solution retenue est donc un non-lieu à statuer sur la décharge et un rejet des demandes de dommages et intérêts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2022, complétée par un mémoire enregistré le 11 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Mazel, demande au tribunal :

- la décharge de son obligation de paiement de l'impôt sur les revenus perçus en 2012 par elle et son ex-époux,

- de condamner la direction départementale des finances publiques du Gard au versement de la somme de 1 500 euros à titre de dommages et intérêts,

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été contrainte de saisir la Justice afin de faire valoir ses droits ; la multiplication de ses démarches amiables préalables n'a pas été prise en compte par l'administration, alors qu'elles ont été source de nombreux frais ;

- cette situation lui a également causé un préjudice moral indemnisable

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, complété par un mémoire enregistré le 8 novembre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au non-lieu à statuer à hauteur de la décharge de responsabilité accordée le 24 janvier 2023 et au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que :

- il a prononcé la décharge de responsabilité solidaire de l'impôt sur les revenus de l'année 2013 dus par M. C et Mme A à hauteur de 8 891 euros ;

- cette décision a été notifiée à Mme A le 31 janvier 2023 et la somme de 437,43 euros lui a été remboursée le 26 janvier 2023 ;

- pour le surplus, la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Par une lettre du 28 novembre 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en l'absence de demande préalable adressée à l'administration fiscale

Par une lettre du 11 décembre 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les dispositions de l'article R. 772-1 du code de justice administrative, s'opposent à ce que des demandes de dommages et intérêts puissent être jointes à des demandes de décharge de l'obligation de payer un impôt dans la mesure où elles sont jugées selon des règles de procédure différentes et où il n'appartient pas au juge de l'impôt, eu égard à son office, de se prononcer sur des conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à verser une indemnité à un contribuable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Parisien,

-les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de Me Mazel pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D et Mme A B se sont mariés le 14 août 1984. Une requête en divorce a été déposée le 25 février 2014. M. et Mme C ont fait l'objet d'une procédure de rectification de leurs impositions sur plusieurs années en raison de détournements de fonds que M. C avait réalisés entre 2008 et 2014 dans le cadre de son activité professionnelle et pour lesquels il a été condamné pénalement. Une imposition rectificative au titre des revenus de l'année 2013 a été mise en recouvrement le 31 décembre 2018 au nom du couple, M. C et Mme A étant solidairement tenus au paiement de cet impôt en application de l'article 1691 bis du code général des impôts (CGI). Cette imposition a été liquidée à hauteur de 8 891 euros, auxquels s'ajoutent la somme forfaitaire de 889 euros de majoration pour paiement tardif au-delà de la date limite de paiement. Mme A, qui a divorcé de son ex-époux le 26 juin 2017, a demandé sans succès à bénéficier d'une décharge de responsabilité solidaire au visa de l'article 1691 bis du code général des impôts le 15 avril 2019. Par la suite, le Comptable du pôle de recouvrement spécialisé (PRS) du Gard a adressé une saisie à tiers détenteur à la Banque populaire du Sud, dont Mme A est cliente, en paiement de cette imposition le 1er juillet 2022. La somme de 437, 43 euros a été versée au Comptable et Mme A a renouvelé sa demande de décharge de responsabilité solidaire le 18 juillet 2022. Le directeur départemental des finances publiques du Gard a rejeté cette demande de décharge de responsabilité solidaire par courrier du 17 octobre 2022. Dans le dernier état de ses écritures, la requérante demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'administration fiscale au versement de la somme de 1 500 euros à titre de dommages et intérêts.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 24 janvier 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le service a prononcé la décharge de responsabilité solidaire de l'impôt sur les revenus de l'année 2013 dus par M. C et Mme A à hauteur de la somme de 9 780 euros. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a plus lieu de statuer sur le litige.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

4. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait présenté une demande préalable tendant au paiement de dommages et intérêts auprès de l'administration fiscale. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables et ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais de procès

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A tendant à la décharge de responsabilité solidaire de l'impôt sur les revenus 2013.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220386

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