mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203896 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | BIFECK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, Mme C B, représentée par Me Bifeck, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 3 325,44 euros contractée au titre du revenu de solidarité active (INK 006) pour la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2020 ;
2°) d'annuler la décision du 11 août 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 499 euros résultant de l'amende administrative qui lui a été infligée le 7 juillet 2022 ;
3°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 1 973,44 euros contractée au titre de l'aide personnalisée au logement et de la prime de solidarité active ;
4°) de la décharger des indus litigieux ;
5°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse de procéder à la restitution des sommes recouvrées, le cas échéant, en remboursement des indus ;
6°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active, à l'aide personnalisée au logement et à la prime de solidarité active à compter du 1er janvier 2020 jusqu'au 31 août 2020 ;
7°) de mettre à la charge du département de Vaucluse une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions du 2 et du 9 août 2022 sont entachées d'incompétence ;
- la décision du 25 mai 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à sa charge les indus litigieux méconnaît les dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent assermenté ayant diligenté le contrôle de sa situation disposait d'un agrément et avait fait l'objet d'une assermentation ;
- elle a été contrainte de rester au Togo jusqu'au 9 août 2020 en raison des restrictions de voyage imposées durant la crise sanitaire liée à la covid-19 ;
- la période sur laquelle s'étale l'indu litigieux ne peut débuter au 1er janvier 2020 dès lors qu'il est établi qu'elle a quitté le territoire français à partir du 14 janvier 2020 ;
- elle pouvait légitimement espérer jouir de son bien au sens de l'article 1er du premier protocole à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la caisse d'allocations familiales de Vaucluse et le département de Vaucluse ont méconnu l'article 13 de la charte sociale européenne ;
- sa bonne foi est établie dès lors qu'elle a pu légitimement penser qu'au regard des contraintes sanitaires, la condition de séjour sur le territoire français ne lui serait pas opposable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, le département de Vaucluse conclut au rejet de la requête de Mme B.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 mai 2022 de la requête sont irrecevables dès lors que la décision du 2 août 2022 s'est substituée à cette décision ;
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 2 août 2022 de la requête sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'un recours administratif préalable obligatoire tendant à contester le bien-fondé des indus litigieux ;
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 août 2022 sont irrecevables pour tardiveté ;
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Bifeck, avocate de Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis le 1er juin 2011. Par une décision du 25 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active (INK 006) d'un montant de 3 325,44 euros au titre de la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2020 et un indu d'aide personnalisée au logement et de prime de solidarité active d'un montant total de 1 973,44 euros au titre de la même période. Par un courrier du 17 juin 2022, Mme B a sollicité une remise gracieuse de ses dettes. Par une décision du 2 août 2022, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a rejeté sa demande. Par une décision implicite, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes contractées au titre de l'aide personnalisée au logement et de la prime de solidarité active. Par un courrier du 10 mai 2022, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a informé la requérante qu'une amende administrative d'un montant de 499 euros pourrait lui être infligée. Par une décision du 7 juillet 2022, cette amende a été infligée et notifiée à Mme B. Par une décision du 11 août 2022, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 499 euros contractée au titre d'une amende administrative infligée le 7 juillet 2022. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 3 325,44 euros contractée au titre du revenu de solidarité active (INK 006) pour la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2020, d'autre part, d'annuler la décision du 11 août 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 499 euros contractée au titre d'une amende administrative infligée le 7 juillet 2022 et enfin, d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 1 973,44 euros contractée au titre de l'aide personnalisée au logement et de la prime de solidarité active. Mme B demande également au tribunal de la décharger des indus litigieux.
2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre (). ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "
3. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
4. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
5. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent :1° L'aide personnalisée au logement (). ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ;() ". Aux termes de l'article R. 822-2 de ce code : " () Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () "
6. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active, de l'aide personnalisée au logement et de la prime de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de ses dettes résultant d'un paiement indu d'allocations que si, tout à la fois, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par le département et la caisse d'allocations familiales à la date de sa décision, justifie l'octroi d'une remise.
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
8. Il résulte de l'instruction que les indus litigieux mis à la charge de Mme B et dont elle sollicite la remise gracieuse totale, résultent de la prise en compte de son séjour en dehors du territoire français pour une période supérieure à trois mois. Il résulte des termes même de son mémoire enregistré le 15 décembre 2022 que Mme B a séjourné au Togo du 14 janvier 2020 au 9 août 2020. Si Mme B se prévaut de la suspension des liaisons aériennes au Togo, elle n'établit pas avoir informé les services de la caisse d'allocations familiales ou du département de Vaucluse, au plus tard dès son retour sur le territoire français, de cette situation. Par ailleurs, le département de Vaucluse soutient sans être contredit que le séjour au Togo de Mme B n'a été révélé qu'à compter du 4 septembre 2020, dans le cadre d'un échange téléphonique. Mme B, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis le 1er juin 2011, ne pouvait ignorer son obligation de déclarer tout changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales et notamment tout séjour à l'étranger excédant trois mois. Mme B doit, eu égard à ces circonstances, être regardée comme ayant sciemment procédé à une fausse déclaration de sa situation. Par suite, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point 7, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que les indus litigieux trouvent leur cause dans de fausses déclarations de Mme B, celle-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de ses dettes.
9. Si Mme B sollicite une remise gracieuse de l'amende administrative de 499 euros qui lui a été infligée sur le fondement de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles en raison de l'omission délibérée de déclaration dont elle s'est rendue coupable, aucune disposition législative ou réglementaire n'autorise l'autorité administrative à accorder la remise gracieuse d'une amende. Par suite, les conclusions à fin de remise gracieuse de l'amende administrative infligée à la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
10. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration.
11. Il résulte de l'instruction que la requérante, qui n'a pas formé de recours administratif préalable tendant à contester le bien-fondé de ses dettes, ainsi que le fait valoir le département de Vaucluse sans être contesté sur ce point, ne peut utilement invoquer, à l'appui d'une requête tendant uniquement à la remise gracieuse d'indus, de moyens tendant à en contester le bien-fondé. Par suite, et à supposer même que la requérante ait entendu contester le bien-fondé de ses dettes, il y a lieu d'écarter comme inopérant l'ensemble des autres moyens soulevés par Mme B.
12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées en défense, la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et de décharge et celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au département de Vaucluse et à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
Le président,
C. ALa greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026