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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300140

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300140

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300140
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCETINKAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 16 janvier 2023, M. D A C, représenté par Me Cetinkaya, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 22/84/432 du 16 décembre 2022, par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois, suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois, suivant la notification de la décision à intervenir puis sous astreinte de 100 euros par jour de retard, conformément à l'article L 911-1 du CJA ;

- à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de réexaminer sa situation.

- de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision ;

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et révèle un défaut d'examen de sa situation particulière ; il a bien déposé un dossier de demande de renouvellement à la préfecture du Haut-Rhin ; sa garde à vue pour des faits de violation de domicile, dégradation de biens et menaces de mort n'a débouché que sur une médiation pénale ; il bénéficie de la présomption d'innocence ; la condamnation pour infraction routière ne peut caractériser une menace pour l'ordre public ; il est menacé au Maroc car regardé comme apostat ; il ne présente aucune menace pour l'ordre public ; pour ces motifs la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la CESDH ; la décision est contraire à l'article L. 423-1 ;

- la notification de la décision n'a pas respecté les prescriptions de l'article L. 613-6 alinéa 2 du CESEDA ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision ne mentionne pas le pays de renvoi ;

- il craint pour sa sécurité au Maroc en raison de ses opinions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 février 2022 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Cetinkaya, pour M. A C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle provisoire.

2. Entré régulièrement en France en qualité de conjoint d'une ressortissante française M. D A C ressortissant marocain, né le 1er avril 1986 à Majmaa (Maroc), a bénéficié d'un titre de séjour valide jusqu'au 17 avril 2020 qui n'a pas été renouvelé. Il demande l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

3. Par un arrêté du 1er septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de Vaucluse a accordé à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer les actes attaqués. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

4. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conditions de son entrée et de son maintien sur le territoire français, sa situation familiale actuelle et les risques éventuellement encourus par le requérant en cas de retour au Maroc.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;/ 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

6. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. ". Il résulte de ce texte qu'en l'absence d'accomplissement des formalités requises dans le délai requis la demande présentée en vue du renouvellement du titre de séjour est irrecevable.

7. M. A C soutient avoir demandé à la préfecture du Haut-Rhin, par l'intermédiaire de son épouse, le renouvellement de son titre de séjour expiré le 17 avril 2020. Toutefois ce n'est que plus d'une année plus tard, et alors que le couple s'apprêtait à déménager à Carpentras, où ils ont vécu à compter du 1er août 2021, que Mme E A C aurait adressé une correspondance début juin 2021 à la préfecture du Haut-Rhin, puis deux mails, en 2021 et 2022, s'enquérant de l'avancement de l'examen d'un dossier. Ces démarches tardives ne peuvent être regardées comme régularisant une demande de renouvellement et c'est dès lors sans erreur de droit que la préfète de Vaucluse a pu faire application à M. A C des dispositions du 2° précité.

8. En application de ses pouvoirs de police des étrangers, la préfète pouvait en outre fonder la mesure administrative sur le 5°, eu égard à une condamnation pour des faits de conduite sans assurance et sous l'empire de produits stupéfiant, et aux faits de violation de domicile, dégradations de biens privés et menaces de mort réitérées entraînant sa garde à vue du 15 décembre 2022, nonobstant la circonstance qu'elle n'a débouché que sur une médiation pénale.

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; () ". Il est constant que M. A C est séparé de son épouse de nationalité française. Il n'est dès lors pas fondé à se prévaloir d'un droit à bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de cet article, qui ferait obstacle à son éloignement.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. A C, qui est désormais séparé de son épouse, ne justifie d'aucune vie privée et familiale à laquelle la mesure d'éloignement porterait, eu égard à ses buts, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il ne ressort pas par ailleurs que la mesure serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation en France de l'intéressé.

Sur la décision privant le requérant d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 613-3 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office./ Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. ". Le manquement à ces dispositions ne peut pas être utilement invoqué pour contester la légalité la décision refusant un délai de départ.

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1er Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; ". En l'espèce le préfet a pu légalement se fonder sur les dispositions précitées pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire, eu égard au comportement violent du requérant et au maintien du requérant sur le territoire plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. L'arrêté attaqué, en mentionnant que M. A C, ressortissant marocain, serait éloigné vers le pays dont il a la nationalité, a nécessairement désigné le Maroc comme pays de destination.

15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si le requérant craint d'être persécuté en cas de retour au Maroc eu égard à ses convictions sur la religion, il ne justifie pas de risques personnels de persécution et n'a d'ailleurs pas présenté de demande de protection.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2022 ne peut être que rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C, à la préfète de Vaucluse et à Me Cetinkaya.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

Le magistrat désigné,

F. B

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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