mercredi 27 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300154 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | ROLLIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, Mme A, représentée par Me Rollin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de péril imminent du 22 décembre 2022 par lequel la commune de Saint-Quentin-la-Poterie lui ordonne d'effectuer des mesures de mise en sécurité ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Quentin-la-Poterie une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé :
* la motivation du caractère imminent de ce péril est extrêmement succincte ;
* il se borne à renvoyer à l'avis de l'expert pour en déduite le caractère imminent du péril ;
- le caractère imminent du péril n'est pas établi car si l'expert fait état de vices affectant l'immeuble, il ne hiérarchise pas ceux-ci et ne rapporte pas lequel créerait un tel risque imminent pour les personnes ou les biens ;
- s'agissant des mesures prescrites par l'arrêté, il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que :
* l'arrêté ne justifie pas que certaines mesures soient réalisées immédiatement ;
* aucun élément de l'arrêté ne vient justifier qu'un délai de 30 jours soit imposé pour la réalisation des autres mesures ;
-les mesures mises à la charge du propriétaire de l'immeuble ne sauraient excéder les mesures simplement " propres à remédier à la situation " et " indispensables ", conformément aux articles L. 511-11 et L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation, l'arrêté est donc entaché d'une erreur de droit ;
-s'agissant des mesures ordonnant de " purger et évacuer la toiture " et celle " d'extraire et d'évacuer tout le mobilier et les gravats ", elles sont manifestement disproportionnées, l'expert les prescrit sans justification particulière, aucun élément de l'arrêté ou de l'expertise ne permet de comprendre ces mesures ;
* pourquoi une mesure de renforcement moins lourde et moins couteuse ne pourrait pas être prise pour mettre fin au danger ;
* aucun élément ne vient justifier l'ampleur de la mesure ordonnée par le maire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, la commune de Saint-Quentin-la-Poterie, représentée par Me Audouin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rollin, représentant Mme A, et de Me Audouin, représentant la commune de Saint-Quentin-la-Poterie.
Une note en délibéré, présentée par Me Rollin, a été enregistrée le 5 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire d'un bâtiment situé 4, rue du Temple, cadastré section AK n°563 sur la commune de Saint-Quentin-la-Poterie. Celle-ci a pris un arrêté de péril imminent le 22 décembre 2022 par lequel elle lui ordonne, d'une part, d'effectuer des mesures de mise en sécurité dans un délai d'un mois, de purger et évacuer la toiture de l'immeuble et d'extraire et évacuer tout le mobilier et les gravats situés sur les planchers de l'immeuble et d'évacuer les planchers en cours d'effondrement et, d'autre part, de procéder immédiatement à l'installation de grilles de protection et de clore avec soin les ouvertures du rez-de-chaussée afin d'empêcher les instructions de personnes. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation, reprend un extrait du rapport d'expertise explicitant la nature des désordres affectant le bâtiment ainsi que les dangers qu'il représente, et en conclut qu'il y a urgence à prendre des mesures en vue de garantir la sécurité publique, laquelle est gravement menacée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit par conséquent être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L. 511-2 de ce code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers ; () ". Aux termes de l'article L. 511-4 du même code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : / 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2, sous réserve s'agissant du 3° de la compétence du représentant de l'Etat en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement prévue à l'article L. 512-20 du code de l'environnement () ". Aux termes de l'article L. 511-11 de ce code : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : / 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; / 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; / 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; / 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif () ".
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'expertise ordonné par le juge des référés du tribunal administratif de Nîmes, en date du 21 décembre 2022, établi par M. C, que le bâtiment cadastré AK n°563 constitue un danger imminent en ce qu'il " représente un danger pour les personnes qui y pénètreraient, et pourrait causer des dommages aux immeubles mitoyens en cas d'effondrement ", notamment en raison de la présence de fissures, de la dégradation et de la fragilité du plancher en raison d'un incendie. Celui-ci fléchit sous la charge des gravats et mobiliers, plusieurs poutres sont déchaussées, les murs de façades s'écartent vers l'extérieur, une poutre est suspendue et est susceptible de s'effondrer à tout moment et les ouvertures ne sont pas suffisamment protégées contre les intrusions. La requérante, qui n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les constats et conclusions du rapport d'expertise, n'est ainsi pas fondée à soutenir que le caractère imminent du péril ne serait pas établi.
6. En second lieu, s'agissant du moyen tiré du caractère disproportionné des mesures de purgation et d'évacuation de la toiture, ainsi que de la mesure d'extraction et d'évacuation du mobilier et des gravats situés sur les planchers de l'immeuble ainsi que des planchers en cours d'effondrement, il n'est pas établi que de simples travaux de consolidation seraient, ainsi que le soutient la requérante, suffisants à prévenir tout risque d'effondrement du plancher ainsi que de la toiture. Par conséquent, le moyen tiré du caractère disproportionné doit être écarté.
7. Enfin, compte tenu de ce qui vient d'être présenté au points 3, 4 et 5, l'immeuble présente un risque immédiat d'effondrement, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les mesures contestées présentent un caractère excessif et qu'ainsi l'arrêté litigieux devrait être annulé.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Quentin-la-Poterie, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la commune de Saint-Quentin-la-Poterie au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune de Saint-Quentin-la-Poterie est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Saint-Quentin-la-Poterie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.
Le magistrat désigné,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La république mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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