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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300374

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300374

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300374
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantSOULIER CLAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 455435 du 24 juin 2022, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par M. A E, a annulé le jugement n° 200567 du tribunal administratif de Nîmes en date du 10 juin 2021 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Par une requête, enregistrée le 17 février 2020, et des mémoires, enregistrés le 19 novembre 2020, le 5 janvier 2021, le 1er février 2021 et le 10 mai 2023, M. A E, représenté par Me Soulier, dans le dernier état de ses écritures, forme opposition à la contrainte émise le 23 janvier 2020 par Pôle emploi pour le recouvrement de la somme de 9 944,71 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er juin 2015 au 31 janvier 2018 et demande au tribunal de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la contrainte est entachée d'un vice de forme dès lors que la mention de la période de l'indu est inexacte ;

- la contrainte est entachée d'incompétence ;

- aucune intention frauduleuse ne peut lui être imputé dès lors qu'il a déclaré son autoentreprise à Pôle emploi le 13 mai 2016 ;

- Pôle emploi est responsable de cette situation dès lors que le formulaire d'actualisation mensuelle n'est pas adapté aux activités non salariées ;

- il n'a cumulé aucun autre revenu avec l'allocation de solidarité spécifique ;

- il remplissait les conditions prévues par l'article R. 5425-5 du code du travail dès lors qu'il n'a pas dépassé le plafond de 750 heures de travail.

Par cinq mémoires en défense, enregistrés le 30 novembre 2020, le 7 janvier 2021, le 13 février 2023, le 28 avril 2023 et le 3 mai 2023 Pôle emploi conclut au rejet de la requête de M. E et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à sa charge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Soulier.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par Pôle emploi, a été enregistrée le 11 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. E est régulièrement inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi depuis 2000 et a bénéficié de l'allocation de solidarité spécifique à compter de 2015. Par un courrier du 20 avril 2018, Pôle emploi a mis à la charge de M. E un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 9 940 euros pour la période allant du 1er juin 2015 au 31 janvier 2018. M. E forme opposition à la contrainte émise le 23 janvier 2020 par Pôle emploi pour le recouvrement de la somme de 9 944,71 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er juin 2015 au 31 janvier 2018.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la contrainte émise le 23 janvier 2020 :

En ce qui concerne la régularité de la contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations () indûment versées par Pôle emploi () pour le compte de l'Etat, () le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 5426-21 du même code: " La contrainte est notifiée au débiteur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la lettre recommandée mentionne : / 1° La référence de la contrainte ; / 2° Le montant des sommes réclamées et la nature des allocations, aides et autres prestations en cause ; / 3° Le délai dans lequel l'opposition doit être formée ; / 4° L'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. / L'huissier de justice avise dans les huit jours l'organisme créancier de la date de signification. ".

3. Il résulte de l'examen de la contrainte du 23 janvier 2020 signifiée par acte d'huissier du 31 janvier suivant qu'elle fait mention des articles L. 5426-8-2, R. 5426-20, R. 5426-21 et R. 5426-22 du code du travail et de sa référence. De plus, elle indique avoir pour objet le recouvrement de l'allocation de solidarité spécifique indûment versée après la mise en demeure restée sans effet du 6 février 2019 ainsi que le montant de l'indu notifié. Elle précise enfin le tribunal administratif compétent ainsi que son adresse, le délai et les formes requises pour le saisir. Cette contrainte comporte en conséquence l'ensemble des mentions requises par l'article R. 5426-21 du code du travail cité au point précédent et la circonstance qu'elle comporterait une période d'indu erronée n'est pas de nature à l'entacher d'illégalité. Par suite, le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.

4. Par une décision Oc n° 2019-61 DS DR du 3 décembre 2019, publiée au bulletin officiel de Pôle emploi n° 2019-95 le jour même, accessible tant aux parties qu'au juge sur le site internet de Pôle emploi, le directeur régional de Pôle emploi Occitanie a donné délégation de signature à M. B C, directeur de la plateforme contentieux, à l'effet de notifier ou faire signifier une contrainte en vue de recouvrer les prestations en trop versées par Pôle emploi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la contrainte manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la contrainte :

5. Aux termes de l'article L. 5141-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable : " Peuvent bénéficier des exonérations de cotisations de sécurité sociale prévues à l'article L. 161-1-1 du code de la sécurité sociale, lorsqu'elles créent ou reprennent une activité économique, industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale, soit à titre individuel, soit sous la forme d'une société, à condition d'en exercer effectivement le contrôle, ou entreprennent l'exercice d'une autre profession non salariée : () 3° Les bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique ou du revenu de solidarité active ; () ". Aux termes de l'article L. 5141-3 de ce code : " Les personnes () qui perçoivent l'allocation de solidarité spécifique () reçoivent une aide de l'Etat, attribuée pour une durée courant à compter de la date de création ou de reprise d'une entreprise. ". Aux termes de l'article R. 5141-1 du même code : " Les aides destinées aux personnes qui créent ou reprennent une entreprise, ou qui entreprennent l'exercice d'une autre profession non salariée, prévues au présent chapitre, comprennent : / 1° L'exonération de cotisations sociales prévue à l'article L. 161-1-1 du code de la sécurité sociale. Cette exonération peut être cumulée avec les allocations mentionnées à l'article 9 de la loi n° 98-657 du 29 juillet 1998 d'orientation relative à la lutte contre les exclusions ; () / 3° Le versement par l'Etat, aux bénéficiaires des exonérations prévues au 1°, effectué conformément aux dispositions de l'article L. 5141-3. Pour les personnes admises au bénéfice de ces exonérations au cours de leur période d'indemnisation au titre de l'allocation d'assurance, le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique prévue à l'article L. 5423-1 est maintenu jusqu'au terme du bénéfice de ces exonérations ; () ". Aux termes de l'article R. 5141-28 du code du travail : " L'aide de l'Etat prévue à l'article L. 5141-3 est attribuée pour une durée d'un an à compter de la date de création ou de reprise d'une entreprise. ". Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique, qui est perçue sans considération du montant des revenus générés par la création d'une entreprise, est ouvert uniquement dans un délai d'un an à compter de la création de cette entreprise.

6. Il résulte de l'instruction que M. E a créé sa société à compter du 1er juin 2015 et qu'il a bénéficié de l'aide aux chômeurs créateurs et repreneurs d'entreprise (ACCRE). Or, le bénéfice d'une telle aide ne lui permettait de conserver ses droits au versement de l'allocation de solidarité spécifique que pendant une période d'un an. A cet égard, la circonstance que l'intéressé ait ou non perçu des revenus de l'activité qu'il a créée est sans influence sur le versement de l'aide qui est prévue pour une durée de douze mois sans être conditionnée à une activité effective et aux revenus qu'elle est susceptible de produire, ainsi qu'en disposent les textes cités au point précédent. En outre, si M. E soutient qu'il aurait informé Pôle emploi de la création de son activité, cette circonstance est sans incidence sur l'existence du trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique et, partant, sur le bien-fondé de l'indu mis à sa charge.La circonstance, à la supposer même établie, que l'indu litigieux soit imputable à une erreur de Pôle emploi ne saurait ouvrir à M. E un droit à conserver les sommes indûment versées. Enfin, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que le dispositif permettant de bénéficier de l'ACCRE et de l'allocation de solidarité spécifique simultanément pendant une période d'un an maximum puisse se cumuler avec le dispositif prévu par les dispositions des articles R. 5425-1 et suivants du code du travail. Par suite, M. E ne pouvait plus prétendre au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er juin 2016. Pôle emploi était par conséquent fondé à demander à l'intéressé la répétition de l'indu correspondant au trop-perçu de cette allocation et à délivrer pour son recouvrement la contrainte contestée

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par Pôle emploi, qui n'a d'ailleurs pas eu recours au ministère d'un avocat.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Pôle emploi présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à Pôle emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023

Le président,

C. D

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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