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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300578

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300578

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300578
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOUSSOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une protestation, enregistrée le 15 février 2023, le syndicat CFDT Interco du Vaucluse et la fédération Interco CFDT, représentés par Me Boussoum, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2022 par laquelle le président du bureau de vote du centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse a rejeté le recours administratif préalable obligatoire du 12 décembre 2022, formé par le syndicat CFDT Interco du Vaucluse, tendant à l'annulation des opérations électorales qui se sont déroulées le 8 décembre 2022 en vue de la désignation des représentants du personnel au comité social territorial de ce centre de gestion, ainsi que ces opérations électorales elles-mêmes ;

2°) d'enjoindre au président du centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse d'organiser un nouveau scrutin en vue des élections des représentants du personnel au comité social territorial du centre de gestion ;

3°) de mettre à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la liste présentée par le syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT) ne répond pas au critère d'indépendance fixé par l'article L. 211-1 du code général de la fonction publique de sorte que sa liste n'aurait pas dû être déclarée recevable ; en effet, ce syndicat ne défend pas les droits de l'ensemble des agents de la fonction publique territoriale mais seulement ceux de certains d'entre eux exerçant des fonctions de direction ; l'indépendance de ce syndicat vis-à-vis des employeurs n'est par conséquent pas acquise ;

- la composition de la liste présentée par le SNDGCT est irrégulière, en méconnaissance des articles L. 251-1 et L. 251-5 du code général de la fonction publique et des articles 4, 6, 34, et 35 du décret n° 2021-571 du 10 mai 2021 relatif aux comités sociaux territoriaux des collectivités territoriales et de leurs établissements publics ; en effet, les candidats de cette liste représentent, par leurs fonctions, leurs employeurs ; cette liste ne pouvait pas comporter de candidats non membres du SNDGCT ; elle ne pouvait pas non plus comporter cinq agents de catégorie B et deux agents de catégorie C qui ne relèvent pas de la catégorie d'emploi défendue par le SNDGCT ; l'irrégularité de la composition de la liste présentée par le SNDGCT a altéré la sincérité du scrutin.

Par deux mémoires en intervention, enregistrés les 3 et 26 mars 2023, le syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT), représenté par Me Boukheloua, conclut au rejet de la protestation et à ce que la somme de 4 500 euros soit mise à la charge des syndicats requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- son intervention est recevable dès lors qu'il se trouve au centre du litige ;

- les griefs de la protestation ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse conclut au rejet de la protestation et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des syndicats requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à Mmes B A, Christine Pouillard, Madeleine Sambati, Laurence Weber, Christiane Blanc, Claire Ricobelli, Christine Kaspar et Mauricette Hilaire-Gautier ainsi qu'à MM. Philippe Veglio, Pascal Grespinet, Didier Bouquillon, Lucien Gils, Patrick Porte et Yohann Eyssautier, qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code électoral ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2021-571 du 10 mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chevillard,

- les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,

- les observations de Me Boussoum, représentant le syndicat CFDT Interco du Vaucluse et la fédération Interco CFDT et de Mmes C et Deschamps, agents mandatés, représentant le centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite des élections des représentants du personnel au comité social territorial du centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse organisées le 8 décembre 2022, le SNDGCT a obtenu un siège, le syndicat autonome de la fonction publique territoriale (SAFPT) a obtenu deux sièges, le syndicat force ouvrière (FO) a obtenu un siège, le syndicat confédération générale du travail (CGT) a obtenu deux sièges et le syndicat confédération française démocratique du travail (CFDT) Interco du Vaucluse syndicat a obtenu un siège. Ce dernier a exercé un recours administratif préalable auprès du président du bureau de vote, le 12 décembre 2022, rejeté le 15 décembre 2022. Par la présente protestation, ce syndicat ainsi que la fédération Interco CFDT demandent l'annulation des élections ainsi que celle de la décision du 15 décembre 2022, par laquelle le président du bureau de vote a rejeté le recours préalable formé par le syndicat CFDT Interco du Vaucluse.

Sur l'intervention du syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT) :

2. Le SNDGCT, dont la liste a obtenu un siège aux élections contestées, a intérêt au maintien des élections en cause. Son intervention est, par suite, recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation des opérations électorales :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code général de la fonction publique : " Peuvent se présenter aux élections professionnelles : / 1° Les organisations syndicales représentant les agents publics qui, dans la fonction publique où est organisée l'élection, sont légalement constituées depuis au moins deux ans à compter de la date de dépôt légal des statuts et satisfont aux critères de respect des valeurs républicaines et d'indépendance ; / 2° Les organisations syndicales représentant les agents publics affiliées à une union de syndicats de la fonction publique remplissant les conditions mentionnées au 1°. Pour l'application du 2°, ne sont prises en compte en qualité d'unions de syndicats de la fonction publique que les unions de syndicats dont les statuts déterminent le titre et prévoient l'existence d'organes dirigeants propres désignés directement ou indirectement par une instance délibérante et de moyens permanents constitués notamment par le versement de cotisations par les membres. ". Aux termes de l'article 6 du décret du 10 mai 2021 relatif aux comités sociaux territoriaux des collectivités territoriales et de leurs établissements publics : " () / Pour les centres de gestion, les membres du comité social territorial représentant les collectivités territoriales et établissements publics sont désignés par le président du centre parmi les élus issus des collectivités et des établissements employant moins de cinquante agents affiliés au centre de gestion, après avis des membres du conseil d'administration issus de ces collectivités et établissements, et parmi les agents de ces collectivités et établissements ou les agents du centre de gestion. / Les membres des comités sociaux territoriaux représentant les collectivités territoriales ou établissements publics forment avec le président du comité le collège des représentants des collectivités et établissements publics. Le nombre de membres de ce collège ne peut être supérieur au nombre de représentants du personnel au sein du comité. / () " . Aux termes de l'article 34 du même décret : " Sont éligibles au titre d'un comité social territorial les agents remplissant les conditions requises pour être inscrits sur la liste électorale de ce comité () ". Aux termes de l'article 35 de ce décret : " Les candidatures sont présentées par les organisations syndicales qui, dans la fonction publique territoriale, remplissent les conditions fixées au I de l'article 9 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. () Lorsque l'autorité territoriale constate que la liste ne satisfait pas aux conditions fixées au I de l'article 9 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, elle informe le délégué de liste au plus tard le jour suivant la date limite de dépôt des listes, par décision motivée, de l'irrecevabilité de la liste. ".

4. Il résulte notamment de ces dispositions que les agents détachés ou recrutés sur un emploi fonctionnel de directeur général ou de directeur général adjoint des services d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public de coopération intercommunale affiliés à un centre de gestion de la fonction publique territoriale, ainsi que les agents détachés ou recrutés sur un emploi fonctionnel d'un centre de gestion ne peuvent se porter candidats aux élections des représentants du personnel au sein du comité social territorial de ce centre de gestion, dès lors qu'ils doivent être regardés, eu égard à la nature particulière de leurs fonctions, comme ayant vocation à représenter les collectivités territoriales et établissements publics qui y sont affiliés.

5. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction et n'est d'ailleurs pas même soutenu que l'un des membres de la liste du SNDGCT occupait des fonctions de directeur général ou de directeur général adjoint au sein d'une des collectivités territoriales ou d'un des établissements publics de coopération intercommunale affiliés au centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse ou au sein de ce centre de gestion. Dans ces conditions, les syndicats requérants ne sont pas fondés à soutenir que la liste présentée par le SNDGCT aux élections en cause ne présentait pas les garanties d'indépendance requises par les dispositions de l'article L. 211-1 du code général de la fonction publique.

6. D'autre part, le syndicat CFDT Interco de Vaucluse soutient que la liste présentée par le SNDGCT aurait dû être écartée comme irrecevable dès lors que ce syndicat a uniquement pour objet statutaire de représenter les intérêts professionnels des directeurs généraux, des directeurs généraux adjoints, des secrétaires généraux, des secrétaires généraux adjoints et des autres cadres A des collectivités territoriales, des établissements publics de coopération intercommunale et des établissements publics territoriaux et n'est pas représentatif de l'ensemble des agents de la fonction publique territoriale. Toutefois, ni les dispositions citées au point 2 ni aucune autre disposition n'imposent comme condition de recevabilité d'une liste de candidats qu'elle émane d'organisations représentant l'ensemble des agents de la fonction publique territoriale. Cette branche du grief ne peut, par suite, qu'être écartée.

7. En second lieu, le syndicat CFDT Interco du Vaucluse soutient que la liste présentée par le SNDGCT serait, en méconnaissance des dispositions de l'article 9 bis de la loi du 13 juillet 1983, désormais codifiées à l'article L. 211-1 du code général de la fonction publique, et de celles des articles 34 et 35 du décret du 10 mai 2021, irrégulièrement composée en ce que 7 des 20 candidats y figurant n'étaient pas susceptibles d'adhérer, d'être défendus ou même représentés par ce syndicat, étant des agents de catégorie B ou C. Toutefois, ni les dispositions de l'article L. 211-1 du code général de la fonction publique ni celles du décret du 10 mai 2021, lesquelles précisent les conditions imposées aux organisations syndicales pour se présenter aux élections professionnelles, pas plus qu'aucun principe n'interdisent qu'un candidat figure sur la liste présentée par un syndicat auquel il n'appartient pas ou ne pourrait pas appartenir. Ainsi, le syndicat requérant n'est pas fondé à soutenir que la liste présentée par le SNDGCT serait irrégulièrement composée et qu'elle n'aurait pas dû être autorisée à participer au scrutin, ni que la présence, sur cette liste, de sept candidats qui ne pourraient adhérer à ce syndicat compte tenu de son objet statutaire altère par principe la sincérité du scrutin. En outre, il ne résulte pas de l'instruction et n'est en rien démontré que la composition de la liste incriminée aurait eu une quelconque incidence sur les résultats des opérations électorales litigieuses.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le syndicat CFDT Interco du Vaucluse et la fédération Interco CFDT ne sont pas fondés à demander l'annulation des opérations électorales relatives aux représentants du personnel au comité social territorial du centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse, qui se sont déroulées le 8 décembre 2022 et de la décision du 15 décembre 2022 par laquelle le président du bureau de vote du centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse a rejeté le recours administratif préalable obligatoire en date du 12 décembre 2022. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge du SNDGCT, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Ces mêmes dispositions font obstacle à que soit mise à la charge des syndicats requérants la somme que demande, à ce titre, le SNDGCT qui, en tant qu'intervenant, n'a pas la qualité de partie à la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au titre des mêmes dispositions par le centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse, qui n'a d'ailleurs pas eu recours au ministère d'un avocat.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du SNDGCT est admise.

Article 2 : La protestation du syndicat CFDT Interco du Vaucluse et de la fédération Interco CFDT est rejetée.

Article 3 : Les conclusions du SNDGCT et du centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CFDT Interco du Vaucluse, à la fédération Interco CFDT, au syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales, au syndicat autonome de la fonction publique territoriale, au syndicat Force ouvrière, au syndicat Confédération générale du travail, au centre de gestion de la fonction publique territoriale de Vaucluse, ainsi qu'à Mmes B A, Christine Pouillard, Madeleine Sambati, Laurence Weber, Christiane Blanc, Claire Ricobelli, Christine Kaspar, Mauricette Hilaire-Gautier et MM. Philippe Veglio, Pascal Grespinet, Didier Bouquillon, Lucien Gils, Patrick Porte et Yohann Eyssautier.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ciréfice, président,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

F. CHEVILLARDLe président,

C. CIRÉFICE

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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