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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300800

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300800

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300800
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a examiné la requête de M. A B, agent territorial, contestant les décisions de la communauté de communes Terres de Camargue fixant son régime indemnitaire (IFSE, ISS, PSR) et demandant réparation pour des préjudices matériels et moraux liés à une discrimination et à des irrégularités dans sa carrière. Le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de M. B, jugeant que ses demandes indemnitaires étaient irrecevables en raison de l'autorité de la chose jugée par un précédent jugement du 18 juillet 2022 et de la prescription quadriennale pour la période antérieure. Il a également estimé que les décisions attaquées étaient légales, la modulation de l'ISS et de la PSR étant justifiée par la manière de servir de l'agent, et a rejeté les allégations de discrimination et de détournement de procédure. La solution retenue s'appuie notamment sur les dispositions du code général de la fonction publique et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 mars 2023 et 3 juin 2025, M. A B, représenté par Me Bacha, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le président du conseil communautaire de la communauté de communes Terres de Camargue (CCTC) lui a attribué un montant annuel de 1 800 euros au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) à compter du 1er septembre 2022 et la décision du 16 septembre 2022 en tant qu'elle fixe le montant mensuel de son indemnité spécifique de service (ISS) à 36,19 euros et celui de sa prime de service et de rendement (PSR) à 8,42 euros pour la période du 18 juillet 2016 au 31 août 2022, ensemble la décision du 4 janvier 2023 rejetant son recours gracieux formé contre ces deux actes ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil communautaire de la CCTC a rejeté sa demande, formée le 7 mars 2023, tendant à la reconstitution de sa carrière et à la régularisation de ses droits à rémunération, à avancement et à la retraite en conséquence des illégalités commises lors de sa nomination dans le grade de technicien territorial en avril 2014 ;

3°) de condamner la CCTC à lui verser la somme de 106 860 euros, à parfaire, en réparation des préjudices matériels qu'il estime avoir subis du fait de la privation puis de la fixation discriminatoire de son régime indemnitaire depuis le 1er juin 2009, du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence résultant de ces mêmes fautes ainsi que des illégalités fautives commises lors de sa nomination au grade de technicien territorial en avril 2014, déduction faite de la période déjà indemnisée par le jugement n° 2002089 du 18 juillet 2022, assortie des intérêts au taux légal à compter de chaque mois où aurait dû être mis en paiement les sommes en cause et la capitalisation annuelle de ces intérêts, ainsi que celle de 15 00 euros, à parfaire, en réparation des préjudices matériels résultant des illégalités fautives commises lors de sa nomination en avril 2014 ;

4°) d'enjoindre au président du conseil communautaire de la CCTC, à titre principal, de reconstituer sa carrière avec rétablissement de son échelon, indice et grade en tenant compte de la totalité des services accomplis de 2002 à 2014 ainsi que ses droits à rémunération et à la retraite depuis avril 2014 et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation au regard du régime indemnitaire institué par les délibérations successives en vigueur, pour chaque année de juin 2009 à la date du jugement à intervenir, en fixant les coefficients de modulation de son ISS et de sa PSR à des valeurs au moins égales aux coefficients moyens appliqués de 2016 à 2022 pour les agents titulaires de son grade au sein de l'établissement public, ou, à défaut d'éléments comparatifs, aux taux maximum de 1,1 pour l'ISS et 2 pour la PSR, et en lui attribuant un montant d'IFSE égal à celui servi aux autres agents de catégorie B du même groupe de fonctions auquel se rattache son emploi depuis l'instauration du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) et de procéder au versement des sommes dues dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir ;

5°) de mettre à la charge de la CCTC la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 août 2022, notifié le 5 septembre suivant, ne sont pas tardives et sont donc recevables dans la mesure où il justifie de l'envoi de son recours gracieux le 5 novembre 2022, avant l'expiration du délai de recours contentieux ;

- ses conclusions indemnitaires sont également recevables dans la mesure où, d'une part, l'autorité de la chose jugée par le tribunal administratif de Nîmes le 18 juillet 2022 ayant rejeté comme irrecevables pour défaut de liaison du contentieux ses précédentes conclusions indemnitaires portant sur la période du 1er juin 2009 au 31 mars 2014 et du 31 mars 2014 au 18 juillet 2016, ne fait pas obstacle à ce qu'il présente les mêmes conclusions après avoir lié le contentieux, d'autre part, le tribunal n'a pas examiné ses demandes en réparation du préjudice financier sur la période du 18 juillet 2016 au 28 juillet 2022 mais s'est borné à ordonner des mesures d'injonction découlant de l'annulation des décisions en litige lui ayant refusé l'attribution d'un régime indemnitaire sur cette période et les décisions des 16 août et 16 septembre 2022, prises en exécution de ce jugement étant elles-mêmes entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et constitutives de la réitération d'un comportement discriminatoire à son égard, ces illégalités constituent de nouvelles fautes de nature à engager la responsabilité de la CCTC ; les règles de la prescription quadriennale ne font pas obstacle à l'indemnisation de ses préjudices sur toute la période pendant laquelle il a été maintenu dans une situation irrégulière au regard de ses droits à régime indemnitaire en raison d'un traitement discriminatoire continu depuis sa prise de fonctions en 2009 ;

- la décision du 16 septembre 2022 en tant qu'elle fixe les coefficients de modulation de son ISS et de sa PSR à 0,1 n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de sa manière de servir compte tenu de ses évaluations professionnelles positives ;

- cette décision, qui ne repose sur aucune justification objective, caractérise le maintien délibéré d'une situation discriminatoire à son égard dans la mesure où aucun autre agent ne s'est vu attribuer un coefficient aussi bas ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure visant à permettre à son employeur d'échapper à son obligation de communication préalable du dossier à l'agent ;

- en l'absence de visa et de production d'une délibération instaurant le RIFSEEP pour les agents au grade de technicien territorial au sein de la CCTC, l'arrêté du 16 août 2022 est dépourvu de base légale et a été pris par une autorité incompétente ;

- cet arrêté n'est pas motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation du classement de son emploi au sein du groupe de fonctions n° 3 de la catégorie B et constitue une nouvelle mesure discriminatoire et vexatoire ;

- la décision implicite refusant de faire droit à sa demande formée le 7 mars 2023 tendant à la reconstitution de carrière et de régularisation de ses droits à avancement, rémunération et à la retraite méconnaît les dispositions des articles 14 et 23 du décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 dans la mesure où, lors de sa nomination au grade de technicien territorial en avril 2014, il n'a pas bénéficié du maintien du traitement qu'il détenait en tant qu'agent contractuel de droit public et n'a été reclassé qu'au 3ème échelon de ce grade, à un indice majoré inférieur à celui qu'il détenait dans ses fonctions d'agent contractuel, sans prise en compte de la totalité de son ancienneté depuis 2002 ;

- il est fondé à demander, à titre principal, l'indemnisation des préjudices matériels résultant de l'illégalité des décision et arrêté des 16 août et 16 septembre 2022, soit 29 060 euros correspondant au montant de l'ISS qu'il aurait dû percevoir sur la période du 18 juillet 2016 au 31 août 2022, 12 288 euros correspondant au montant de la PSR qu'il aurait dû percevoir sur la même période et 3 400 euros, à parfaire correspondant au montant de l'IFSE qu'il aurait dû percevoir depuis septembre 2022 après déduction des sommes effectivement versées, à titre subsidiaire, d'enjoindre à son employeur de réexaminer sa situation au regard du régime indemnitaire institué par la délibération du 18 juillet 2016, en fixant les coefficients de modulation de son ISS et de sa PSR à des valeurs au moins égales aux coefficients moyens appliqués de 2016 à 2022 pour les agents titulaires de son grade au sein de l'établissement public, ou, à défaut d'éléments comparatifs, aux taux maximum de 1,1 pour l'ISS et 2 pour la PSR et en lui attribuant un montant d'IFSE égal à celui servi aux autres agents de catégorie B du même groupe de fonctions auquel se rattache son emploi depuis l'instauration du RIFSEEP par la délibération du 20 mai 2019 ;

- il est également fondé à demander la réparation des préjudices matériels résultant des irrégularités et mesures discriminatoires dans la gestion de sa carrière depuis 2009 liés à la perte de rémunération évaluée au montant de 32 828 euros pour la période du 1er juin 2009 au 31 mars 2014 pendant laquelle il était agent contractuel puis 15 282 euros pour la période du 1er avril 2014 au 18 juillet 2016 en l'absence de versement d'un régime indemnitaire alors que la délibération du 3 avril 2002 prévoyait le versement de l'ISS et de la PSR aux agents titulaires du grade de technicien territorial et en étendait le bénéfice aux agents contractuels ;

- il est fondé à demander, à titre principal, qu'il soit enjoint à la CCTC de procéder à la reconstitution de sa carrière avec reclassement à l'échelon de son grade tenant compte de la totalité de son ancienneté depuis 2002 et à la régularisation de ses droits à rémunération et à la retraite en conséquence depuis avril 2014 ; à titre subsidiaire, l'indemnisation des préjudices matériels liés à la perte de rémunération subie depuis avril 2014 et à la perte de chance sérieuse de bénéficier d'un avancement au grade de technicien principal de 2ème classe, ouvert aux agents justifiant d'au moins un an d'ancienneté dans le 6ème échelon de son grade auquel il aurait pu prétendre dès le 1er avril 2019 alors qu'il n'a atteint cet échelon que le 1er décembre 2021, qu'il conviendra de fixer au montant de 15 000 euros à parfaire, ou 8 555 euros, hors période couverte par la prescription, soit à compter du 1er janvier 2018 ;

- il est également fondé à demander la condamnation de la CCTC à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence résultant des mesures discriminatoires dont il a fait l'objet depuis son entrée en fonctions en 2009, et dont il conviendra de déduire la somme de 6 000 euros déjà perçue en exécution du jugement du 18 juillet 2022 pour la période du 18 juillet 2016 au 18 juillet 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2024, la communauté de communes Terre de Camargue, représentée par Me Bocognano, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 août 2022, notifié le 5 septembre suivant, sont tardives et donc irrecevables dès lors que le recours gracieux n'a été reçu que le 8 novembre 2022, postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux ;

- les conclusions indemnitaires portant sur les périodes du 1er juin 2009 au 18 juillet 2016 sont irrecevables du fait de la prescription de la créance en cause ;

- les conclusions indemnitaires en conséquence d'une éventuelle annulation de la décision du 16 septembre 2022 sont irrecevables devant le juge administratif ;

- les conclusions tendant à la reconstitution de sa carrière et à la régularisation de ses droits à rémunération du fait de la part de traitement indiciaire dont il a été indûment privé depuis sa nomination dans le grade de technicien territorial et les conclusions indemnitaires liées aux fautes dans la gestion de sa carrière sont irrecevables à défaut de liaison du contentieux et dans la mesure où, étant fondées sur des faits générateurs distincts des décisions contestées, elles nécessitent d'être régularisées par voie de requête distincte ;

- l'autorité de la chose jugée par le tribunal administratif le 18 juillet 2022 fait obstacle à sa nouvelle demande d'indemnisation portant sur la période du 18 juillet 2016 au 18 juillet 2022 ;

- le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 16 septembre 2022, qui lui attribue des primes et ne lui est pas défavorable, est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 août 2022 en tant qu'il porte attribution de l'IFSE, qui n'est pas une décision lui faisant grief et à l'encontre de laquelle il ne justifie pas d'un intérêt à agir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;

- le décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 ;

- le décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 ;

- le décret n° 2012-1293 du 22 novembre 2012 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- l'arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d'application du décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;

- l'arrêté du 15 décembre 2009 pris pour l'application du décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 ;

- l'arrêté du 5 novembre 2021 pris pour l'application au corps des techniciens supérieurs du développement durable des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vosgien, rapporteure,

- les conclusions de M. Chaussard, rapporteur public,

- et les observations de Me Bacha, représentant M. B, et de Me Soulier, substituant Me Bocognano, représentant la communauté de communes Terres de Camargue.

Des notes en délibéré ont été présentées le 23 juin 2025 respectivement pour M. B et pour la communauté de communes Terres de Camargue.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, recruté au bénéfice d'un contrat à durée indéterminée de droit privé par la régie autonome du port de plaisance du Grau du Roi à compter du 1er mai 2002, a été transféré à compter du 1er juin 2009 à la communauté de communes Terres de Camargue (CCTC) en tant qu'agent polyvalent des bâtiments, dans le cadre d'un contrat de droit public à durée indéterminée, avant d'être nommé dans le cadre d'emploi des techniciens territoriaux en qualité de stagiaire à compter du 1er avril 2014 et titularisé dans ce grade le 1er octobre suivant. Par un jugement n° 2002089 du 18 juillet 2022, le tribunal administratif de Nîmes a annulé les décisions du président de cet établissement public des 15 avril 2019 et 19 février 2020 refusant de déterminer le montant de son régime indemnitaire en méconnaissance de la délibération du 18 juillet 2016 qui l'instaure et du principe d'égalité entre fonctionnaires appartenant au même cadre d'emplois, enjoint à cette même autorité de réexaminer sa situation au regard du régime indemnitaire applicable pour chaque année depuis l'entrée en vigueur de ladite délibération du 18 juillet 2016 jusqu'à la date dudit jugement et de procéder au versement des sommes dues à ce titre dans un délai de deux mois, et enfin, condamné la CCTC à verser à M. B la somme de 6 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant du traitement discriminatoire subi durant cette période de privation de son régime indemnitaire. Ce jugement a été confirmé par un arrêt n° 22TL22058 de la Cour administrative d'appel de Toulouse du 11 mars 2025. Par sa requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 lui attribuant l'IFSE et fixant son montant annuel à 1 800 euros à compter du 1er septembre 2022 et la décision du 16 septembre 2022 fixant, en exécution du jugement susvisé, le montant mensuel de son ISS à 36,19 euros et celui de sa PSR à 8,42 euros pour la période du 18 juillet 2016 au 31 août 2022, ensemble la décision du 4 janvier 2023 rejetant son recours gracieux formé contre ces deux actes, ainsi que la décision implicite rejetant sa demande, formée le 7 mars 2023, tendant à la reconstitution de sa carrière et à la régularisation de ses droits à rémunération et à la retraite en conséquence des illégalités commises lors de sa nomination dans le grade de technicien territorial en avril 2014. M. B sollicite également la condamnation de la CCTC à lui verser la somme de 106 860 euros, à parfaire, en réparation des préjudices matériels, moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il estime avoir subis du fait de la privation puis de la fixation discriminatoire de son régime indemnitaire depuis le 1er juin 2009 ainsi que des illégalités fautives commises lors de sa nomination au grade de technicien territorial en avril 2014, déduction faite, pour ces deux derniers préjudices, de la période déjà indemnisée par le jugement du 18 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 16 août 2022 :

S'agissant de la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, telles les dispositions relatives à la contestation des élections politiques ou celles prévoyant des délais exprimés en heures ou expirant à un horaire qu'elles précisent, la date à prendre en considération pour apprécier si un recours contentieux adressé à une juridiction administrative par voie postale a été formé dans le délai de recours contentieux est celle de l'expédition du recours, le cachet de la poste faisant foi. Ces principes sont également applicables aux recours administratifs non obligatoires.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 16 août 2022, comportant la mention des voies et délais de recours, a été notifié à M. B le 5 septembre suivant. Le délai de recours de deux mois fixé à l'article R. 421-1 du code de justice administrative, qui est un délai franc, expirait donc le lundi 7 septembre 2022. Or, tel qu'en atteste le bordereau d'envoi tamponné par les services de La Poste, le recours gracieux dirigé contre cet arrêté, que M. B a adressé au président du conseil communautaire de la CCTC, a été expédié le 5 novembre 2022, avant l'expiration du délai de recours contentieux qu'il a prorogé et qui n'a recommencé à courir qu'à compter de la notification, le 11 janvier 2023, de la décision expresse rejetant ce recours administratif préalable. La requête de M. B enregistrée le 8 mars 2023, moins de deux mois après cette notification, n'est donc pas tardive. La fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point doit, dès lors, être écartée.

S'agissant de l'intérêt à agir contre l'arrêté du 16 août 2022 en tant qu'il porte attribution de l'IFSE :

5. L'arrêté contesté du 16 août 2022, en tant qu'il porte attribution de l'IFSE à M. B et lui alloue une part de régime indemnitaire, constitue une décision qui lui est favorable et à l'annulation de laquelle il ne justifie d'aucun intérêt. Ses conclusions tendant à cette fin sont donc irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

S'agissant de la légalité de l'arrêté du 16 août 2022 en tant qu'il fixe le montant de l'IFSE :

6. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) dans la fonction publique de l'Etat : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. / Des arrêtés du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé désignent, après avis du comité technique compétent ou du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat, des corps et emplois bénéficiant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, le cas échéant, du complément indemnitaire annuel mentionné à l'alinéa précédent. ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : / 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; / 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; / 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. / Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque corps ou statut d'emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Ce même arrêté fixe les montants minimaux par grade et statut d'emplois, les montants maximaux afférents à chaque groupe de fonctions et les montants maximaux applicables aux agents logés par nécessité de service. / Le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est mensuel. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 5 novembre 2021 pris pour l'application au corps des techniciens supérieurs du développement durable des dispositions de ce décret : " Le corps des techniciens supérieurs du développement durable régi par le décret du 18 septembre 2012 susvisé bénéficie des dispositions du décret du 20 mai 2014 susvisé. ", corps équivalent au cadre d'emploi des techniciens territoriaux selon l'annexe 1 du décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984.

7. Aux termes de la délibération du conseil communautaire de la CCTC du 30 juillet 2020 ayant abrogé la précédente délibération du 20 mai 2019 instaurant le RIFSEEP au bénéfice des agents relevant de certains cadres d'emplois : " () Il est ainsi proposé d'instituer, selon les modalités ci-après et dans la limite des textes applicables à la fonction publique d'Etat, l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) aux : / agents titulaires et stagiaires à temps complet, non complet et à temps partiel () / Chaque part de l'IFSE correspond à un montant maximum fixé dans la limite des plafonds déterminés ci-dessous et applicables aux fonctionnaires de l'Etat. / Chaque cadre d'emplois repris ci-après est réparti en groupes de fonctions auxquels correspondent les montants plafonds suivants ", soit pour le cadre d'emplois des techniciens territoriaux les groupes de fonctions 1 pour les emplois de chef de service, direction d'une structure, 2 pour les emplois d'adjoint au chef de service, requérant une expertise ou des fonctions de coordination, 3 pour les emplois d'encadrement de proximité et d'assistant de direction.

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de sa fiche de poste, que M. B exerce les fonctions d'agent de terrain requérant un certain degré d'expertise notamment pour le suivi de la politique de la collectivité et le contrôle de la conformité aux règlements et contrats en matière de gestion des services d'eau et d'assainissement, l'instruction et le contrôle des dossiers de demandes d'urbanisme, de comptabilité des travaux d'exploitation avec l'environnement naturel et de diagnostic par les prestataires et délégataires des installations existantes, le respect de la signalisation et des règles de sécurité ainsi que le remplacement de l'agent du service " études et travaux " qui justifieraient compte tenu de ses treize années d'expérience sur cet emploi de le classer au sein du groupe de fonctions 2 défini par la délibération susvisée du 30 juillet 2020. Par suite, et en l'absence de tout autre élément comparatif produit par la CCTC concernant le classement des autres agents du même cadre d'emploi au sein des groupes de fonctions instituées par cette délibération, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du 16 août 2022 en tant qu'il fixe le montant annuel de son IFSE à compter du 1er septembre 2022 après avoir classé son emploi au sein du groupe de fonctions 3 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et doit, ainsi que la décision du 4 janvier 2023 rejetant son recours gracieux formé contre celui-ci, pour ce motif, être annulé.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 16 septembre 2022 :

9. D'une part, aux termes de l'article 1 du décret n° 2003-799 du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, alors en vigueur : " Les ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et les fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, ingénieurs des travaux publics de l'Etat, techniciens supérieurs du développement durable, dessinateurs, experts techniques des services techniques bénéficient, dans la limite des crédits ouverts à cet effet, d'une indemnité spécifique de service. ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Sous réserve des dispositions de l'article 3, les taux moyens annuels de cette indemnité sont définis, pour les fonctionnaires des corps de l'équipement mentionnés à l'article 1er du présent décret, par un taux de base affecté d'un coefficient correspondant à leurs grades et emplois et d'un coefficient propre à chaque service. Le taux de base et le coefficient de modulation par service qui lui est affecté sont fixés par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. ". Aux termes de l'article 7 du même décret : " Les montants de l'indemnité spécifique de service susceptibles d'être servis peuvent faire l'objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d'application de ce décret, dans sa version applicable au litige : " Le taux de base prévu à l'article 2 du décret du 25 août 2003 susvisé est fixé à 361,90 euros. ". Aux termes de l'article 1 du décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 relatif à la prime de service et de rendement allouée à certains fonctionnaires relevant du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, alors en vigueur : " I. ' Il est institué, au profit des membres de certains corps relevant du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, une prime de service et de rendement, dans les conditions prévues par le présent décret et dans la limite des crédits disponibles. / II. ' La prime de service et de rendement est attribuée aux fonctionnaires titulaires appartenant aux corps ci-après énumérés : / () / -techniciens supérieurs du développement durable ; / () / -experts techniques des services techniques ; () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " I. ' Les fonctionnaires mentionnés au II de l'article 1er bénéficient de la prime de service et de rendement aux taux correspondant aux corps auxquels ils appartiennent. ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 15 décembre 2009 pris pour l'application de ce décret : " Les taux annuels de base de la prime de service et de rendement prévus à l'article 4 du décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 susvisé sont fixés ainsi qu'il suit : / technicien supérieur : 1 010 ". Aux termes de l'article 88 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, alors en vigueur : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. Ces régimes indemnitaires peuvent tenir compte des conditions d'exercice des fonctions et de l'engagement professionnel des agents. ".

10. D'autre part, aux termes de la délibération du conseil communautaire de la CCTC du 18 juillet 2016 : " () / Il est proposé d'adopter pour l'ensemble des primes ci-après les critères d'attribution suivants : niveau de responsabilité ou d'expertise / - la contribution à l'activité du service (implication, partage d'informations, respect des règles de fonctionnement) / - l'appréciation de la manière de service (au vu de l'entretien professionnel) / Les montants individuels sont décidés par l'autorité territoriale dans le cadre fixé par la présente délibération et dans la limite des crédits ouverts. ". Aux termes du point VI de cette délibération : " Une indemnité spécifique de service (ISS) est instituée au profit des agents appartenant aux cadres d'emplois des ingénieurs et des techniciens au regard des critères d'attribution dans la limité énoncée ci-après (). Cette indemnité est liée au service rendu sans que celui-ci soit limité à une participation directe à la conception ou à la réalisation de travaux. L'ISS est calculée à partir d'un taux de base annuel affecté de trois coefficients : coefficient de grade (déterminé par arrêté ministériel) coefficient géographique de service (déterminé par arrêté ministériel) coefficient de modulation individuelle ", ce dernier étant fixé, pour le grade de technicien territorial au taux minimal de 0 et au taux maximal de 1,1. Aux termes du point VII de ladite délibération : " Une prime de service et de rendement (PSR) est instituée au profit des agents appartenant aux cadres d'emplois des ingénieurs et des techniciens au regard des critères d'attribution dans la limité énoncée dans le tableau ci-après () ", soit pour le grade de technicien un coefficient multiplicateur minimal de 0 et maximal de 2 appliqué au taux de base annuel fixé par arrêté ministériel.

11. Ainsi qu'il a été dit au point 1, en exécution du jugement n° 2002089 du 18 juillet 2022 du tribunal administratif de Nîmes, le président du conseil communautaire de la CCTC a, par la décision contestée du 16 septembre 2022, fixé pour la période allant du 18 juillet 2016 au 31 août 2022, le montant mensuel de l'ISS due à M. B à 36,19 euros et celui de sa PSR à 8,42 euros, en appliquant au taux de base respectif de ces primes fixé par les arrêtés ministériels susvisés à 361,90 euros mensuel pour l'ISS et 1 010 euros annuel pour la PSR, ainsi qu'un coefficient de modulation individuel de 0,1. Il ressort des termes de la délibération du 18 juillet 2016 précitée que les montants individuels de ces primes sont fixés selon trois critères d'attribution liés au niveau de responsabilité ou d'expertise, à la contribution à l'activité du service et à l'appréciation de la manière de servir. Or, conformément à sa fiche de poste d'agent de terrain, M. B bien que n'ayant exercé sur la période en litige aucune fonction de responsabilité ou d'encadrement, ainsi que le fait valoir la CCTC, a, toutefois, assuré des missions requérant un certain degré d'expertise notamment pour le suivi de la politique de la collectivité et le contrôle de la conformité aux règlements et contrats en matière de gestion des services d'eau et d'assainissement, l'instruction et le contrôle des dossiers de demandes d'urbanisme, de comptabilité des travaux d'exploitation avec l'environnement naturel et de diagnostic par les prestataires et délégataires des installations existantes, le respect de la signalisation et des règles de sécurité ainsi que le remplacement de l'agent du service " études et travaux ". De plus, il ressort de ses comptes rendus d'évaluation professionnelle pour les années 2015 à 2018 que sa manière de servir a fait l'objet, chaque année, d'appréciations positives soulignant l'atteinte de la plupart des objectifs fixés l'année précédente, son caractère consciencieux, motivé et son implication dans ses missions et l'activité du service et il n'est pas établi ni même allégué par la CCTC que cette manière de servir se serait dégradée depuis. Dans ces conditions, eu égard, d'une part, à l'ensemble des critères de modulation des primes instituées par la délibération du 18 juillet 2016 et, d'autre part, aux niveaux minimal et maximal des coefficients de modulation individuels fixés par cette délibération entre 0 et 1,1 pour l'ISS et 0 et 2 pour la PSR, le président du conseil communautaire de la CCTC, en limitant à 0,1 le coefficient de modulation individuel de ces deux primes, a entaché la décision en litige du 16 septembre 2022 d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce dernier est donc fondé à demander l'annulation de cette décision en tant qu'elle fixe les montants de l'ISS et de la PSR qui lui sont dus pour la période du 18 juillet 2016 au 31 août 2022, ainsi que de la décision du 4 janvier 2023 rejetant le recours gracieux qu'il a exercé contre celle-ci.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du 7 mai 2023 :

12. D'une part, aux termes de l'article 1 du décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 portant dispositions statutaires communes à divers cadres d'emplois de fonctionnaires de la catégorie B de la fonction publique territoriale : " Les cadres d'emplois de fonctionnaires classés dans la catégorie B par leurs statuts particuliers et inscrits par eux en annexe au présent décret relèvent des dispositions de celui-ci. ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " Le recrutement des membres des cadres d'emplois mentionnés à l'article 1er intervient dans le premier grade de ces cadres d'emplois, dans les conditions définies à la section 1. ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Les recrutements dans le premier grade interviennent : / 1° Après inscription sur une liste d'aptitude établie en application de l'article 36 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. Sont inscrits sur cette liste les candidats admis : / a) A un concours externe () ; / b) A un concours interne () ; / c) Le cas échéant, à un troisième concours sur épreuves (). / 2° Après inscription sur une liste d'aptitude établie en application des dispositions du 1° ou du 2° de l'article 39 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. ". Aux termes de l'article 14 du même décret : " Les personnes qui justifient, avant leur nomination dans l'un des cadres d'emplois régis par le présent décret, de services accomplis en tant qu'agent public non titulaire, ancien fonctionnaire civil ou agent d'une organisation internationale intergouvernementale sont classées, lors de leur nomination, dans le premier grade à un échelon déterminé en prenant en compte les services accomplis dans un emploi de niveau au moins équivalent à celui de la catégorie B à raison des trois quarts de leur durée, et ceux accomplis dans un emploi de niveau inférieur à raison de la moitié de leur durée. ". Aux termes de l'article 23 dudit décret : " () II. ' Les agents qui, avant leur nomination dans l'un des cadres d'emplois régis par le présent décret, avaient la qualité d'agent non titulaire de droit public, classés en application de l'article 14, ou, le cas échéant de l'article 21, à un échelon doté d'un traitement dont le montant est inférieur à celui qu'ils percevaient avant leur nomination, conservent à titre personnel le bénéfice de leur traitement antérieur, jusqu'au jour où ils bénéficient dans leur nouveau grade d'un traitement au moins égal. Toutefois, le traitement ainsi maintenu ne peut excéder la limite du traitement indiciaire afférent au dernier échelon du grade dans lequel ils sont classés. / Le traitement pris en compte pour l'application de l'alinéa précédent est celui qui a été perçu au titre du dernier emploi occupé avant la nomination, sous réserve que l'agent justifie d'au moins six mois de services effectifs dans cet emploi au cours des douze mois précédant cette nomination. ".

13. D'autre part, aux termes de l'article 1 du décret n° 2012-1293 du 22 novembre 2012 pris pour l'application du chapitre II du titre Ier de la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " En application de l'article 13 de la loi du 12 mars 2012 susvisée, des recrutements réservés aux agents remplissant les conditions fixées aux articles 14 et 15 de la même loi peuvent être ouverts, dans les conditions fixées par le présent décret, jusqu'au 13 mars 2016. ". Aux termes de l'article 16 de ce décret : " I. ' Les agents recrutés en application du présent décret dans un cadre d'emplois de la fonction publique territoriale sont classés, en qualité de fonctionnaire stagiaire, à un échelon déterminé en prenant en compte une fraction de leur ancienneté de services publics en qualité d'agent non titulaire dans les conditions suivantes : / () / 2° Pour un classement en catégorie B, en application des dispositions du chapitre III du décret du 22 mars 2010 susvisé. / Toutefois, par dérogation aux dispositions du II de l'article 23 du même décret, si leur traitement indiciaire, à l'issue de leur classement, est inférieur à leur rémunération antérieure, il est maintenu, à titre personnel, à un indice majoré le plus proche de celui permettant à l'intéressé d'obtenir un traitement mensuel brut égal à 80 % de sa rémunération mensuelle antérieure, dans la limite du traitement afférent au dernier échelon du grade dans lequel il est classé. / La rémunération mensuelle antérieure prise en compte pour l'application du précédent alinéa est la moyenne des six meilleures rémunérations mensuelles perçues par l'agent dans son dernier emploi, au cours de la période de douze mois précédent la nomination dans un cadre d'emplois de catégorie B. Elle ne prend en compte aucun élément accessoire lié à la situation familiale, au lieu de travail ou aux frais de transport ; ".

14. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes mêmes de l'arrêté du 17 mars 2014 portant nomination de M. B au grade de technicien territorial en tant que stagiaire à temps complet pour une durée de six mois à compter du 1er avril 2014, que celui-ci, alors, titulaire d'un contrat de droit public à durée indéterminée conclu à compter du 1er juin 2009, a bénéficié du dispositif des recrutements réservés prévus par la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 dite Sauvadet et a, ainsi, été reclassé à l'échelon de ce grade et vu fixer sa rémunération dans les conditions prévues à l'article 16 du décret n° 2012-1293 du 22 novembre 2012 pris pour l'application de cette loi. Par suite, dès lors que le requérant n'a pas été recruté dans le grade de technicien territorial, après inscription sur une liste d'aptitude, dans l'une des hypothèses prévues par l'article 3 du décret n° 2010-329 du 22 mars 2010, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles 14 et 23 de ce décret relatives aux conditions de prise en compte des services accomplis en tant qu'agent non titulaire pour le reclassement dans l'échelle indiciaire du grade de recrutement et de maintien de la rémunération versée à ces agents dans le cadre de leurs précédentes fonctions à l'encontre de la décision implicite de rejet, née le 7 mai 2023, sur sa demande tendant à la reconstitution de ses droits à avancement, rémunération et à la retraite à compter du 1er avril 2014. Par suite, et en tout état de cause, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de cette décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. D'une part, le présent jugement implique seulement eu égard aux motifs d'annulation des décision et arrêté des 16 septembre et 16 août 2022 ci-dessus retenus, d'enjoindre au président du conseil communautaire de la CCTC de réexaminer la situation de M. B au regard de ses droits à percevoir l'ISS et la PSR en application de la délibération du 18 juillet 2016 pour la période courant à compter de la date d'entrée en vigueur de cette délibération jusqu'au 31 août 2022 et de ses droits à percevoir l'IFSE en application de la délibération du 30 juillet 2020, après l'avoir classé au sein du groupe de fonctions 2 pour la période du 1er septembre 2022 au 31 mai 2024, et de procéder au versement des sommes dues dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. D'autre part, le présent jugement qui rejette les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet, née le 7 mai 2023, sur sa demande tendant à la reconstitution de ses droits à avancement, rémunération et à la retraite à compter du 1er avril 2014, n'appelle aucune mesure d'exécution à ce titre.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la discrimination résultant de la privation de régime indemnitaire sur la période du 1er juin 2009 au 18 juillet 2016 :

S'agissant de l'exception de prescription :

16. Aux termes de l'article 7 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " L'action en réparation du préjudice résultant d'une discrimination se prescrit par cinq ans à compter de la révélation de la discrimination. / Ce délai n'est pas susceptible d'aménagement conventionnel. / Les dommages et intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée. ". L'introduction, par le législateur, de telles dispositions instaurant un régime de prescription spécifique aux recours indemnitaires fondés sur l'existence d'une discrimination exclut l'application de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 de portée générale relative à la prescription quadriennale des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics dont la CCTC n'est donc pas fondée à se prévaloir en défense.

S'agissant de la responsabilité :

17. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime de discriminations ou d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'une telle discrimination ou d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les discriminations alléguées ou les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

18. M. B soutient qu'en raison de ses fonctions de secrétaire de la section SUD-SIFP et représentant du personnel au sein de diverses instances rattachées à la CCTC ou au centre de gestion dont elle relève il est le seul agent, non titulaire du 1er juin 2009 au 31 mars 2014, puis titulaire du cadre d'emplois de technicien territorial du 1er avril 2014 au 18 juillet 2016, à ne pas avoir bénéficié de régime indemnitaire alors que la délibération du 3 avril 2002 qu'il produit a instauré diverses primes et indemnités au bénéfice des agents contractuels, stagiaires et titulaires de la CCTC, et notamment l'ISS et la PSR pour les agents contractuels assimilés ou stagiaires et titulaires relevant du grade de technicien territorial, de la même façon que l'a jugé le tribunal administratif de Nîmes puis la cour administrative d'appel de Toulouse dans les décisions susvisées pour la période du 18 juillet 2016 au 18 juillet 2022 suite à l'adoption de la délibération du 18 juillet 2016 modifiant le régime indemnitaire du personnel de la CCTC. Il résulte de l'instruction, et notamment du tableau comparatif produit par la CCTC que, contrairement à ce que celle-ci fait valoir, M. B a effectivement été le seul agent du cadre d'emploi des techniciens territoriaux dans lequel il a été nommé stagiaire à compter du 1er avril 2014, puis titulaire à compter du 1er octobre suivant, à ne bénéficier d'aucun régime indemnitaire sur les années 2014, 2015 et 2016. En outre, l'administration, qui se borne à se prévaloir de l'absence de droit à régime indemnitaire de l'intéressé, ne produit aucun élément de nature à contredire les affirmations du requérant, corroborées par ce tableau pour les trois dernières années de la période en litige, selon lesquelles il n'a bénéficié d'aucun régime indemnitaire les années précédentes et depuis sa prise de fonctions au sein de la CCTC en tant qu'agent contractuel de droit public à compter du 1er juin 2009 alors que son contrat prévoyait expressément qu'il percevrait le cas échéant les primes et indemnités instituées par l'assemblée délibérante pour les agents non titulaires de droit public. Enfin, les seuls bulletins de paye produits en défense concernant trois autres agents contractuels n'ayant perçu aucun régime indemnitaire portent sur des années postérieures à la période en litige. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'il a été victime, pour la période du 1er juin 2009 au 18 juillet 2016, d'un traitement discriminatoire du fait de la privation de tout régime indemnitaire, non motivée par des considérations objectives, alors que tant son contrat que son statut d'agent stagiaire, puis titulaire du grade de technicien territorial, lui ouvraient droit au bénéfice de celui-ci, et que cette faute est de nature à engager la responsabilité de la CCTC pour l'ensemble des préjudices qui y sont consécutifs.

S'agissant des préjudices :

19. Il résulte de l'instruction que, du fait de la discrimination fautive dont il a été la victime, M. B a subi une perte de rémunération du fait de l'absence de versement des primes d'ISS et de PSR sur la période allant du 1er juin 2009 au 18 juillet 2016. Sur la base du montant le plus bas du régime indemnitaire versé aux agents relevant du même cadre d'emploi au titre de l'année 2014, la plus ancienne retracée dans le tableau comparatif produit par la CCTC, soit 83 euros par mois, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction ni qu'il aurait dû bénéficier d'un montant inférieur compte tenu des critères d'attribution de ces deux primes ni qu'il aurait pu prétendre aux taux maximums prévus par la délibération du 18 juillet 2016, au demeurant, non applicable sur la période en litige, le montant de la réparation du préjudice matériel certain subi par M. B sur les quatre-vingt mois en cause doit être fixé à la somme de 7 055 euros.

20. Il résulte de l'instruction que M. B qui, du fait de la discrimination fautive dont il a été victime, qui a notamment conduit à l'évincer de tout régime indemnitaire et à réduire en conséquence sa rémunération mensuelle durant sept années, a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence dont il sera fait une juste appréciation en fixant à 7 000 euros le montant de sa réparation.

En ce qui concerne la fixation illégale et discriminatoire de son régime indemnitaire à compter du 18 juillet 2016 :

21. Le requérant qui, du fait de l'injonction prononcée par le présent jugement en conséquence de l'annulation des décision et arrêté des 16 septembre et 16 août 2022, percevra les montants dont il a été illégalement et fautivement privé au titre de l'ISS et de la PSR sur la période du 18 juillet 2016 au 31 août 2022 et de l'IFSE à compter du 1er septembre 2022 ne justifie pas de l'existence du préjudice matériel dont il demande réparation sur le fondement de ces illégalités fautives et de la prétendue persistance d'une discrimination qu'elle révèleraient. Les conclusions indemnitaires présentées à ce titre doivent dès lors, en tout état de cause, être rejetées.

En ce qui concerne les illégalités fautives commises lors de sa nomination dans le grade de technicien territorial en avril 2014 :

22. M. B, pour les motifs énoncés au point 14, n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite née le 7 mai 2023 refusant sa demande de reconstituer ses droits à avancement, à rémunération et à la retraite à compter du 1er avril 2014 serait entachée d'illégalité et constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la CCTC. Les conclusions indemnitaires qu'il a présentées à ce titre doivent, dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la CCTC demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la CCTC une somme de 1 200 euros à verser à M. B sur le fondement des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 16 septembre 2022 du président du conseil communautaire de la CCTC en tant qu'elle fixe les montants de l'ISS et de la PSR dus à M. B pour la période du 18 juillet 2016 au 31 août 2022, ainsi que la décision du 4 janvier 2023 rejetant son recours gracieux formé contre celle-ci sont annulées.

Article 2 : L'arrêté du 16 août 2022 en tant qu'il fixe le montant annuel de l'IFSE dû à M. B à compter du 1er septembre 2022, après avoir classé son emploi au sein du groupe de fonctions 3, ainsi que la décision du 4 janvier 2023 rejetant son recours gracieux formé contre celle-ci sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au président du conseil communautaire de la CCTC de réexaminer la situation de M. B au regard de ses droits à percevoir l'ISS et la PSR en application de la délibération du 18 juillet 2016 pour la période courant à compter de la date d'entrée en vigueur de cette délibération jusqu'au 31 août 2022 et de ses droits à percevoir l'IFSE en application de la délibération du 30 juillet 2020, après l'avoir classé au sein du groupe de fonctions 2, pour la période du 1er septembre 2022 au 31 mai 2024, et de procéder au versement des sommes dues dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 4 : La CCTC est condamnée à verser à M. B la somme de 7 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existences du fait de la privation discriminatoire de régime indemnitaire sur la période allant de juin 2009 à juin 2016.

Article 5 : La CCTC versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes Terres de Camargue.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025.

La rapporteure,

S. VOSGIEN

Le président,

G. ROUXLe greffier,

F. GUILLEMIN

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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