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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301400

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301400

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301400
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantBERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Laroche, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Nîmes à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral résultant du décès de sa mère lors de sa prise en charge dans cet établissement.

Elle soutient que :

- l'infection nosocomiale subie par sa mère, Mme C, à l'origine d'une perte de chance d'éviter son décès le 10 novembre 2019, ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale ;

- elle est fondée à solliciter la somme de 1 500 euros, soit 30 % de son préjudice total qu'elle évalue à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, le centre hospitalier universitaire de Nîmes, représenté par son directeur en exercice, ayant pour avocat Me Berger, demande au tribunal de mettre en cause l'office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requérante n'a pas effectué de demande préalable et que les conditions d'engagement de sa responsabilité ne sont pas remplies.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2024, l'office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par son directeur en exercice, ayant pour avocat Me Fitoussi, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, à limiter sa condamnation à hauteur de 30 % du préjudice total, soit 1 500 euros.

Il soutient que :

- à titre principal, Mme B n'apporte pas la preuve du caractère nosocomial de l'infection de Mme C ;

- à titre subsidiaire, l'indemnisation doit être limitée à 30 % du préjudice total au regard de l'état antérieur de la patiente évalué à 70 %.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les litiges énumérés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 3 décembre 2024 :

- le rapport de Mme Chamot, présidente,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

-les observations de Me Gaborit, substituant Me Berger, représentant le centre hospitalier universitaire de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, atteinte d'insuffisance rénale, a développé, le 8 novembre 2019, au cours d'une séance d'hémodialyse dispensée au sein du centre hospitalier universitaire de Nîmes, des signes infectieux qui se sont aggravés en choc septique. Le 10 novembre 2019, la patiente est décédée des suites de cette infection. Mme B, sa fille, a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'une demande de réparation en sa qualité d'ayant droit de Mme C, qui a été rejetée par un avis du 31 mars 2022. Par un courriel du 20 octobre 2022 reçu le 16 décembre 2022, Mme B a saisi l'ONIAM d'une demande d'indemnisation amiable, qui a été rejetée par une décision du 3 janvier 2023. Par la présente requête, Mme B sollicite la condamnation du centre hospitalier universitaire de Nîmes à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral. Le tribunal a, d'office, appelé l'ONIAM à la cause.

Sur la mise hors de cause du centre hospitalier universitaire de Nîmes et l'obligation de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. Toutefois, aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ".

4. Il résulte de ces dispositions que les établissements, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. Toutefois, les dommages résultant d'infections nosocomiales correspondant à un taux d'atteinte à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 %, ainsi que les décès provoqués par des infections nosocomiales, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 21 juillet 2021, que l'infection à staphylococcus aureus dont Mme C a été victime est apparue au cours de la séance d'hémodialyse effectuée au sein du centre hospitalier universitaire de Nîmes au moyen d'un cathéter tunnélisé jugulaire droit, dit D, implanté en 2017 et laissé en place pour les besoins de l'hémodialyse. Ce dispositif ayant constitué la porte d'entrée du germe dans l'organisme de la victime, l'infection, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait une origine autre que la prise en charge, doit donc être regardée comme étant survenue au décours de la prise en charge assurée par le centre hospitalier universitaire de Nîmes. Il n'est pas sérieusement contesté que cette infection généralisée a été à l'origine d'un choc septique ayant conduit au décès de Mme C. Par suite, les conséquences dommageables en résultant doivent être indemnisées par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale et le CHU de Nîmes est fondé à demander sa mise hors de cause.

Sur les préjudices :

6. Dans le cas où une infection nosocomiale a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise susmentionné, que l'état antérieur lourd de Mme C, marqué par un diabète et des antécédents récents d'infection, constituait un facteur aggravant de risque de sepsis sévère. Dans ces conditions, l'infection nosocomiale dont a été victime Mme C doit être regardée comme lui ayant fait perdre une chance d'éviter le décès de 30%.

8. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme B, fille de Mme C, en l'évaluant à la somme de 5 000 euros. Toutefois, l'indemnité due par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale doit être réduite à 30 % de ce montant, soit 1 500 euros.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le CHU de Nîmes, que Mme B est fondée à obtenir la condamnation de l'ONIAM à lui verser une somme de 1 500 euros.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme B qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Nîmes est mis hors de cause.

Article 2 : L'ONIAM est condamné à verser la somme de 1 500 euros à Mme B.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au centre hospitalier universitaire de Nîmes et à l'office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

La magistrate désignée,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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