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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301857

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301857

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301857
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantMENESTRIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a condamné la société Neotravaux à indemniser la société GRDF pour l'endommagement d'un branchement de gaz survenu lors de travaux publics réalisés pour le compte de la commune d'Avignon. La responsabilité sans faute de l'entreprise de travaux publics a été retenue, celle-ci n'ayant pas démontré que le dommage résultait d'une faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Les arguments de la société Neotravaux, notamment l'absence d'affleurant visible et l'erreur sur la profondeur du réseau, n'ont pas été jugés suffisants pour l'exonérer de sa responsabilité. La décision s'appuie sur les principes de la responsabilité des constructeurs en matière de travaux publics et sur les dispositions du code de l'environnement et de l'arrêté du 15 février 2012.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 23 mai 2023 et le 14 octobre 2024, la société Gaz Réseau Distribution France (GRDF), représentée par Me Rubin, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Neotravaux à lui verser la somme de 9 959,31 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 octobre 2022, en indemnisation du préjudice résultant de l'endommagement d'un branchement de gaz ;

2°) de mettre à la charge de la Société Neotravaux la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que l'ensemble des dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaitre de ce litige ;

- la responsabilité sans faute de la société Neotravaux est engagée du fait de l'exécution de travaux publics pour le compte de la commune d'Avignon ;

- la société Neotravaux ne rapporte pas la preuve qu'elle a mis en œuvre les précautions élémentaires avant l'entame des travaux et engage ainsi sa responsabilité de ce fait ; en effet, l'usage d'un engin mécanique de plusieurs tonnes à proximité d'installations de gaz naturel est proscrite, or la société Neotravaux disposait de l'ensemble des informations de nature à lui permettre d'identifier précisément l'emplacement de l'ouvrage endommagé dès lors qu'elle était en possession d'un récépissé de DICT, des recommandations techniques, qu'un coffret était situé à proximité de l'ouvrage, et que ce dernier était doté d'un grillage avertisseur ;

- la profondeur du réseau principal n'a eu aucune incidence sur la survenance de l'accident et l'affleurant n'est absolument pas éloigné de l'ouvrage, il est au contraire situé à une distance parfaitement acceptable dans la zone d'incertitude.

- la distance de 4 mètres entre le coffret et le dommage ne signifie pas pour autant que l'entreprise travaillait en dehors de la zone de précaution.

- le préjudice résultant directement du dommage s'élève à la somme de 9 959, 31 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la société Neotravaux, représentée par Me Menestrier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- l'utilisation d'une pelle mécanique était autorisée au moment du dommage puisque celui-ci est survenu à 4 mètres d'un affleurant, alors que l'interdiction ne s'applique qu'à une distance d'un mètre de part et d'autre d'un affleurant ; elle ne pouvait donc pas se douter de l'existence d'un branchement à l'endroit de l'incident puisque celui-ci était dépourvu d'affleurant visible ;

- en effet, les plans qui lui ont été transmis par la société requérante étaient erronés dès lors qu'ils mentionnaient la présence d'un réseau à 1,70 mètre de profondeur, alors qu'il se situait en réalité à 0,40 mètre de profondeur ; cette faute est de nature à l'exonérer de sa responsabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 15 février 2012 pris en application du chapitre IV du titre V du livre V du code de l'environnement relatif à l'exécution de travaux à proximité de certains ouvrages souterrains, aériens ou subaquatiques de transport ou de distribution ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Joel Baccati, rapporteur public,

- les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 septembre 2022, un branchement de gaz situé 38 avenue de la Cabriere à Avignon a subi un dommage alors que la société Neotravaux effectuait des travaux de terrassements pour le compte de cette commune. Par un premier courrier du 26 octobre 2022, la société Gaz Réseau Distribution France (GRDF), concessionnaire de ce réseau, a adressé une demande indemnitaire à la société Neotravaux. En l'absence de réponse, la société requérante a adressé à la société Neotravaux une lettre de mise en demeure le 3 janvier 2023 et une seconde réclamation le 15 février 2023. Par la présente requête, la société GRDF demande la condamnation de la société Neotravaux à lui verser la somme de 9 959,31 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de ces travaux.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la société Néotravaux :

2. Une entreprise est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que l'exécution des travaux publics dont elle est chargée pour le compte d'une collectivité publique peut causer aux tiers. Elle ne peut dégager sa responsabilité que si elle établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure.

3. Il résulte de l'instruction, en particulier du constat contradictoire signé par les parties le 22 septembre 2022, que la société Neotravaux a endommagé un branchement du réseau de la société GRDF, de sorte que les dommages sont en relation avec un fait qui lui est imputable, ce qu'elle ne conteste pas. Dès lors, même en l'absence de faute de sa part, la société Neotravaux est responsable vis-à-vis de la société GRDF, tierce aux travaux publics, des dommages que ces derniers lui ont causés, à moins qu'ils ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.

En ce qui concerne l'existence d'une faute de la société GRDF :

4. Aux termes de l'article R. 554-25 du code de l'environnement : " I. - L'exécutant des travaux adresse une déclaration d'intention de commencement de travaux à chacun des exploitants d'ouvrages en service mentionnés à l'article précédent et dont la zone d'implantation est touchée par l'emprise des travaux () ". Aux termes de l'article R. 554-26 de ce code : " I. - (). La réponse, sous forme d'un récépissé, est adressée à l'exécutant des travaux qui a fait la déclaration. Elle lui apporte toutes informations utiles pour que les travaux soient exécutés dans les meilleures conditions de sécurité, notamment celles relatives à la localisation des ouvrages existants considérés, à une échelle et avec un niveau de précision appropriés, et celles relatives aux précautions spécifiques à prendre selon les techniques de travaux prévues et selon la nature, les caractéristiques et la configuration de ces ouvrages. Elle indique, le cas échéant, la référence des chapitres applicables du guide technique mentionné à l'article R. 554-29 relatifs aux travaux effectués à proximité d'ouvrages spécifiques et les moyens de les obtenir. Elle signale, le cas échéant, les dispositifs importants pour la sécurité qui sont situés dans l'emprise des travaux. () II. - L'exploitant peut, à son initiative ou en application de l'arrêté prévu au V du présent article, apporter tout ou partie des informations nécessaires, notamment celles relatives à la localisation de l'ouvrage, dans le cadre d'une réunion sur site. (). ". Aux termes du I de l'article R. 554-27 de ce même code : " Pour chacun des ouvrages souterrains en service identifiés, le responsable du projet procède ou fait procéder, sous sa responsabilité et à ses frais, à un marquage ou un piquetage au sol permettant, pendant toute la durée du chantier, de signaler le tracé de l'ouvrage et, le cas échéant, la localisation des points singuliers, tels que les affleurants, les changements de direction et les organes volumineux ou présentant une sensibilité particulière. (). ".

5. En outre, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 février 2012 pris en application du chapitre IV du titre V du livre V du code de l'environnement relatif à l'exécution de travaux à proximité de certains ouvrages souterrains, aériens ou subaquatiques de transport ou de distribution : " Les définitions suivantes s'appliquent, au sens du présent arrêté, en complément des définitions de l'article R. 554-1 du code de l'environnement : 1° Ecart en position : distance entre la position d'un point selon des mesures effectuées en application du présent arrêté et la position de ce même point selon des mesures de contrôle effectuées conformément au guide technique approuvé prévu par l'article R. 554-29 du code de l'environnement ; 2° Incertitude maximale de localisation : seuil à ne pas dépasser par les mesures d'écart de position ; l'incertitude maximale de localisation est par défaut celle de la classe de précision de l'ouvrage ou du tronçon d'ouvrage correspondant ; toutefois, une valeur plus faible peut être utilisée si elle est garantie par des résultats de mesures effectuées par un prestataire certifié conformément à l'article R. 554-23 ou l'article R. 554-34 du code de l'environnement, ou sous la responsabilité directe de l'exploitant ; 3° Classes de précision cartographique des ouvrages en service : ' classe A : un ouvrage ou tronçon d'ouvrage est rangé dans la classe A si l'incertitude maximale de localisation indiquée par son exploitant est inférieure ou égale à 40 cm et s'il est rigide, ou à 50 cm s'il est flexible ; l'incertitude maximale est portée à 80 cm pour les ouvrages souterrains de génie civil attachés aux installations destinées à la circulation de véhicules de transport ferroviaire ou guidé lorsque ces ouvrages ont été construits antérieurement au 1er janvier 2011 ; () ".

6. Il résulte de l'instruction qu'en réponse à la déclaration d'intention de commencement des travaux d'assainissement que la société Néotravaux lui avait adressée, la SA GRDF lui a communiqué un récépissé enjoignant de ne pas employer de pelle mécanique dans le fuseau d'incertitude des ouvrages et a fourni un plan mentionnant la présence du réseau de gaz et des branchements situés au droit du n°38 de l'avenue de la cabriere à Avignon, lieu d'intervention de la société Néotravaux. Il n'est pas contesté que la SA GRDF a également transmis à cette dernière les références figurant au guide technique relatif aux travaux à proximité des réseaux et correspondant aux indications à suivre en l'espèce.

7. Le guide technique " Lire et comprendre un plan GRDF - réglementation travaux ", fourni par la SA GRDF à la société Néotravaux en annexe du récépissé de la déclaration d'intention de commencement de travaux (DICT), précise que " tous les branchements présents dans l'emprise des travaux sont rattachés au réseau principal représenté et pourvus d'affleurants (coffrets ou regards [bouches]) visibles depuis le domaine public. S'ils ne sont pas cartographiés, les branchements se situent dans un fuseau inférieur ou égal à 1 m de part et d'autre par rapport à l'axe de l'affleurant identifié en direction de la canalisation. S'ils sont cartographiés, ils sont dans une bande de 1 m de part et d'autre du tracé () ". Il résulte de la cartographie du réseau fournie par la SA GRDF à la société Néotravaux que le branchement endommagé était signalé sans mention d'une quelconque classe de précision. Les mentions portées au constat contradictoire par le représentant de la Société Néotravaux signalent également que le branchement était cartographié et qu'était visible à une distance d'environ 4 mètres de la conduite endommagée, un coffret. Dans ces conditions, la société Néotravaux devait s'attendre, nonobstant la profondeur d'enfouissement du réseau principal, à ce qu'une conduite soit enterrée dans un fuseau d'un mètre de part et d'autre d'un axe allant du coffret à la canalisation du réseau de distribution de gaz. En outre, il ne résulte pas de l'instruction et n'est d'ailleurs pas soutenu par la défenderesse que ce branchement aurait été situé à une distance supérieure à celle ainsi attendue. Or, il est constant que la société Néotravaux a, contrairement aux recommandations qui lui avaient été faites, fait usage d'une pelle mécanique dans cette zone d'incertitude à proximité de la présence d'un branchement. Par ailleurs, en se bornant à soutenir que les plans transmis par la SA GRDF étaient erronés en ce qu'ils mentionnaient la présence d'un réseau à une profondeur de 1,70 mètre, alors que le dommage est survenu à une profondeur de 0,40 mètre, la société Néotravaux ne démontre pas que l'absence de ce défaut d'information aurait été de nature à éviter le dommage ou à en réduire l'ampleur. Par suite, la société Néotravaux n'est pas fondée à soutenir que le dommage résulte d'une faute de la SA GRDF de nature à l'exonérer de sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

8. A l'appui de ses conclusions indemnitaires visant au remboursement des travaux effectués pour remettre en état la canalisation endommagée, la SA GRDF produit une facture détaillée ainsi qu'une fiche de suivi des dommages aux ouvrages, un tableau répertoriant le détail des heures effectuées par ses agents et le matériel utilisé pour la remise en état du branchement. Ce faisant, la SA GRDF justifie suffisamment des coûts, qui ne sont au demeurant pas utilement contestés et qui s'élèvent à un montant de 9 959, 31 euros.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi par la SA GRDF en condamnant la société STPL à verser à celle-ci une indemnité de 9 959, 31 euros.

Sur les intérêts :

10. La SA GRDF a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 9 959, 31 euros à compter du 3 janvier 2023, date à laquelle sa demande de mise en demeure a été présentée à la société Néotravaux.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la société Néotravaux une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la SA GRDF et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la SA GRDF, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la STPL demandé au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

12. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par la SA GRDF doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La société Néotravaux est condamnée à verser à la SA GRDF la somme de 9 959,31 (neuf mille neuf cent cinquante-neuf euros et trente-et-un centimes) euros. Cette somme portera intérêt à compter du 3 janvier 2023.

Article 2 : La société Néotravaux versera à la SA GRDF une somme de 1 200 (mille deux cent) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SA GRDF et les conclusions de la société Néotravaux présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Gaz Réseau Distribution France et à la société Neotravaux.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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